gruyeresuisse

30/03/2016

Portrait de l’artiste en Scarface : Karoline Schreiber

 

Schreiber.jpg« Karoline Schreiber avec Anders Guggisberg », Centre Culturel Suisse de Paris, Performance, le 1er avril 2016.


Atteint d'un mal étrange Karoline Schreiber brûle de tous les feux du dessin. Elle a un brasier dans ses doigts. Le nourrissant de brindilles ses flammes s’attisent pour des bûchers où les bonnes intentions ou du moins la bonne morale se réduisent à néant. L’artiste dessine tout. Elle l’a prouvé dans le même lieu il y a quelques temps en dessinant des anus…


Schreiber 2.jpgAux saints Karoline Schreiber préfèrent les seins et ceux qui les palpent comme des poulpes. Dans le jardin de sa création les êtres se livrent donc à des passions coupables et cherchent des appuis chez Arrabal et autres irréguliers ou extatiques de l’image. Il n’y a donc rien à faire que de se laisser glisser dans l’enfer pendant que l’artiste le dessine. Mais on peut le définir autant comme « paradis dionysiaque ». Pas question d’en sortir. La parade est permanente dans les zones de non droit de cette Tony Soprano d’un nouveau genre.


Jean-Paul Gavard-Perret

28/03/2016

Les « éthernelles » de Dana Hoey


DANA BON.pngDana Hoey, « Uncanny Energy », Grand Palais, Avenue Winston Churchill, 75008, Paris et Genève, à partir du 5 avril 2016, Analix Forever.

 

Chaque émissaire féminine de Dana Hoey propose une charge. Les couples deviennent des attelages particuliers. Tout portrait fait souche dans l’air par énergie douce mais provocatrice. La photographe propose des ressemblances décalées, des discordances augurales dans lesquelles l’homme n’est plus le maître et où l’érotisme n’est plus conjugué au profit du masculin.


Dana.jpgExiste tout un travail de pointe pour remettre à sa juste place celle du phallus. Parfois réduit à un os à ronger il est foudroyé avec légèreté, humour et aporie. Les femmes deviennent des éphémères d’un nouveau genre : elles appellent au futur ou à l’ « éthernité ».


Dana 2.jpgL’opacité qui est signe du réel. Celui-ci est traversé par la femme pour qu’il s’incarne à sa main contre la violence qui lui est faite et pour le désir qu'elle revendique. L’artiste transpose les pièces détachées du corps féminin pour les remonter autrement. Elle secoue les négatifs du temps passé non pour les colorer mais les charpenter afin que la femme ne soit plus vue seulement les yeux « bandés ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/03/2016

Geoffrey Cottenceau : rossinantes et avatars

Cottenceau.pngGeoffrey Cottenceau peut sembler - en ses "bricolages" créés parfois en binôme avec Romain Rousset -  un plaisantin : mais il est plus sérieux qu'il n'y paraît. Dans ces photographies et ses installations volontairement « douteuses » il est moins question de sublimation, de poétisation que de farces altières et ironiques (parfois au second degré). Par des objets de récupération l'artiste crée des bourriques qui imposent en dépit de leur matière une sorte de majesté. Et dans ces photographies de portraits plus "réalistes" il reste à peine un étroit interstice pour des échanges énergisants. Le portrait reste toujours l'en-face qui ne se laisse pas forcément saisir.

 

cottenceau bon.jpgGeoffrey Cottenceau sait faire sauter ses apparences pour les désenclore en ouvrant l'espace à des potentialités dégingandées. L'apparition-construction casse le réel : il surgit debout ou penché, de face, en plongée. Reste le surprenant de la farce ou la radicalité du portrait par les mutations des apparences, des codes et des genres. Preuve que la révélation du " réel " par la photographie peut être ironiquement bouleversante. Loin de la tentation de l’exotique, du raffiné, les multiples avatars inventés par l'artiste ne cherchent en rien le prétendu marbre de l’identité supposée mais sa terre friable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Geoffrey Cottenceau, One/Shot, Lausanne

09:11 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)