gruyeresuisse

16/11/2015

L’active patience d’Isabelle Descartes et Virginie Jaquier

 

 

Descartes.jpgIsabelle Descartes « Paresses », fusains de Virginie Jaquier, Editions Couleurs, d’encre, Lausanne, 48 pages, 33 CHF., 2015. Double V (collectif), art&fiction, Lausanne.

 

Est-ce parce que les poèmes d’Isabelle Descartes comme les fusains de Virginie Jaquier sont apparemment simples que tout dans un tel livre en quatre mains harmoniques est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît ? Les visages qui font face au soleil « ont des airs de canaille, inoffensifs et doux ». Mais il faut se méfier des apparences. Et les « taches » d’ombre des fusains le rappellent. Les deux mondes qui se croisent forment la partition mystérieuse à double clé. L’énigme y demeure. Elle éloigne les ornières du passé en un travail virtuose aussi fragile que résistant. Entrer « en paresses » revient à pénétrer dans un sanctuaire dégagé d’une dimension mystique : seuls sont sublimés des instants du quotidien dans des nids de lumière et d’ombres et en un équilibre de forces réajustées.

 

Descartes 2.jpgLes « paresses » deviennent des absolus : elles permettent de ne plus se noyer sous le déluge de la raison que la société impose. Refusant toute trivialité les deux créatrices engouffrent le lecteur-regardeur dans l’aire de l’impalpable mais dont l’antre est chair. L’affect n’y est pas stigmatisé : pour autant il ne se porte pas en sautoir. Il sourd de l’abîme que les fusains proposent dans leurs fragments d’éternité au moment où l'âme se cherche dans le miroir des mots. C'est pourquoi deux opérations ont donc lieu en même temps : concentration ou fermeture mais aussi ouverture du champ par superpositions de plan à l’aide de cette double approche et son effet indirect de réflexion.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

15/11/2015

Thibault Brunet : après les séismes

 

 

Brunet 2.jpgThibault Brunet, « Typologie du virtuel », 20 novembre au 23 décembre 2015, Galerie Heinzer Reszler, Quartier du Flon, Lausanne.

 

Thibault Brunet crée des paysages physiques aussi bien que mentaux : empreintes des genèses arides d'un monde à venir, lisières, rives au tain usé. Rothko et Baudelaire ne sont pas loin mais tout aussi  les Adam et Eve d'un Matrix en gestation. Du sablier retourné s'écoulent tes images "maigres" mais signifiantes dans leurs tracés en finesse là où Brunet supprime le leurre et l'appât afin que la vue joue plus âpre là où les structures sont des silhouettes immobiles au milieu du vide. L'espace de l'œuvre résonne de son silence.

 

Brunet 3.jpgL'horizontalité maîtrise la hauteur et emporte le "paysage" au delà de lui-même     non sans mystère et douceur d'une  science-fiction. Elle "parle" ce qui nous traque. La lumière est parfois caverneuse mais elle induit une aube - et plus rarement elle la décourage. Chaque pièce est un atelier de gestation et de découverte, les motifs architecturaux font le lit d'un mince espoir . Quelque chose suit son cours au delà des possibles.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

14/11/2015

Axelle Snakkers entre la ténèbre et l’éther

 

Snakkers.jpgAxelle Snakkers : « intermezzo » exposition collective  , Curatrice Françoise Mamie,  Le Salon Vert, Carouge, 15 novembre 2015 - 16 janvier 2016

 

 L’art expressionniste abstrait d’Axelle Snakkers est d'un tachisme  fluide et composite. Les formes nagent ou s'envolent sans la moindre condescendance à un ordre réglé. La joie se mêle à la tristesse  non sans un culte rendu à la beauté au sein d’impressions ressenties dans le spectre amoureusement mis en valeur d’obsessions soigneusement cultivées ; certaines ont été réalisées à toute vitesse, d’autres au ralenti ; avec ou sans musique, à l’intérieur ou dehors, sous lumière artificielle, en lumière naturelle. Axelle Snakkers ouvre un univers d’émotions en maintenant le cap au delà de l’écume des apparences Il faut du temps parfois pour que la surface apparaisse sous formes de flaques ou de petites formes obscures.

Snakkers 2.pngLa peinture se vit légère tant que faire se peut dans un effet de  broussaille. Dans ce retournement de la profondeur, la surface dégrade, esquive le support mais aussi le « complémente ». Sur lui le jus de la matière « ouvre » des formes. Elles passent les unes par-dessus les autres, s’entrecoupent, s'entrecroisent, se frottent à la lumière ou fuient dans la profondeur pour s'esquiver ou faire face au sein de lumières diffuses. Chaque oeuvre propose moins un brouillage qu’une dissolution partielle des réalités ou des références soit par débordement ou «évaporation ». Une forme de liberté et une remise en cause de la représentation sont atteintes. Au faste de l’ornemental fait place la capacité de vibration et d’écho. Elle atteint le silence au fond de l’amenuisement des éléments du réel. C’est un bouquet irrationnel, un défaut dans la cuirasse des apparences. S’en suivent les remous d’effusions poétiques.

Jean-Paul Gavard-Perret