gruyeresuisse

01/04/2016

Même caché le visage s'illumine – Anne Voeffray


Veoffray 2.jpgAnne Voeffray, « Aperti X », Lausanne, avril 2016


L’autoportrait chez Anne Voeffray est toujours développé sous l’effet de l’écharpe, du voile, d’une « salissure » picturale programmée. Le geste parfait n’est plus seulement celui de la pose, de la prise mais de sa mise en forme définitive. La présence sensuelle joue de l'hallucination, du trouble de la traçabilité dans des tons de suie, de l’halètement du blanc et parfois en des jeux de couleurs.


Veoffray 3.jpgL'autoportrait offre autant la séparation que le rapprochement. Si bien que la déperdition perceptive instruit un jeu complexe entre le vide et l'évidence. L'a-jour réservé au voile se charge d'émotion ou d'interrogation par un effet de suspension qui distille néanmoins un rayonnement. Les paupières du regardeur s’ouvrent au "blêmissement" dans les limbes d'un corps qui (peut-être) se cherche lui-même.


Veoffray.jpgExistent autant une métaphorisation qu’une littéralité. L’intimité est interrogée au plus profond. Cache-t-elle « l’origine du monde » ? Non. L’artiste suggère plutôt la quête d'une identité à jamais perdue puisque cachée. Et en une époque où un érotisme sophistiqué (faussement) tient le haut du pavé, l'artiste rappelle que la féminité peut caresser (si l’on peut dire) d'autres ambitions là où se soudent l’invisible au visible, l’évidence au secret.


Jean-Paul Gavard-Perret

30/03/2016

Portrait de l’artiste en Scarface : Karoline Schreiber

 

Schreiber.jpg« Karoline Schreiber avec Anders Guggisberg », Centre Culturel Suisse de Paris, Performance, le 1er avril 2016.


Atteint d'un mal étrange Karoline Schreiber brûle de tous les feux du dessin. Elle a un brasier dans ses doigts. Le nourrissant de brindilles ses flammes s’attisent pour des bûchers où les bonnes intentions ou du moins la bonne morale se réduisent à néant. L’artiste dessine tout. Elle l’a prouvé dans le même lieu il y a quelques temps en dessinant des anus…


Schreiber 2.jpgAux saints Karoline Schreiber préfèrent les seins et ceux qui les palpent comme des poulpes. Dans le jardin de sa création les êtres se livrent donc à des passions coupables et cherchent des appuis chez Arrabal et autres irréguliers ou extatiques de l’image. Il n’y a donc rien à faire que de se laisser glisser dans l’enfer pendant que l’artiste le dessine. Mais on peut le définir autant comme « paradis dionysiaque ». Pas question d’en sortir. La parade est permanente dans les zones de non droit de cette Tony Soprano d’un nouveau genre.


Jean-Paul Gavard-Perret

28/03/2016

Les « éthernelles » de Dana Hoey


DANA BON.pngDana Hoey, « Uncanny Energy », Grand Palais, Avenue Winston Churchill, 75008, Paris et Genève, à partir du 5 avril 2016, Analix Forever.

 

Chaque émissaire féminine de Dana Hoey propose une charge. Les couples deviennent des attelages particuliers. Tout portrait fait souche dans l’air par énergie douce mais provocatrice. La photographe propose des ressemblances décalées, des discordances augurales dans lesquelles l’homme n’est plus le maître et où l’érotisme n’est plus conjugué au profit du masculin.


Dana.jpgExiste tout un travail de pointe pour remettre à sa juste place celle du phallus. Parfois réduit à un os à ronger il est foudroyé avec légèreté, humour et aporie. Les femmes deviennent des éphémères d’un nouveau genre : elles appellent au futur ou à l’ « éthernité ».


Dana 2.jpgL’opacité qui est signe du réel. Celui-ci est traversé par la femme pour qu’il s’incarne à sa main contre la violence qui lui est faite et pour le désir qu'elle revendique. L’artiste transpose les pièces détachées du corps féminin pour les remonter autrement. Elle secoue les négatifs du temps passé non pour les colorer mais les charpenter afin que la femme ne soit plus vue seulement les yeux « bandés ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret