gruyeresuisse

04/12/2017

Pierre-Yves Freund : fonds et surfaces

Freund BON.jpgDans l’œuvre de Pierre-Yves Freund semblent se retrouver des choses laissées sur le bas côté de l’existence. Cela permet de saisir quelques éléments premiers du secret de l’intime du monde. A chaque spectateur d’en faire l’usage et l’interprétation qui lui plaira. D’autant que tout se prête au doute par la variation des échelles et des matières Tout ce qu’on peut en dire : elles ne sont pas nobles. Elles génèrent ni absurde félicité ni abus de confiance, mais sidèrent là où le travail n'a plus besoin de nier ou d'affirmer.

Freund.jpgLa seule réponse est le geste qui répond au silence du monde. Il ne faut donc pas chercher ce que l’œuvre cache, mais juste se laisser prendre à perte de vue en sa propension à percer la nuit de l'être ou du monde mais sans en donner les clés. Des surfaces hantent, s’en détachent des formes étranges de suspens, de vertige. Par elles surgit l’adhérence étroite à ce qu'il en est de soi, sur ce que l’on ignore et qui n’a pas de nom en des images aussi rupestres que mystérieuses.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre-Yves Freund, « Poussière blanche sur noir », texte de François Bazzoli, Photographies Olivier Perrenoud et Pierre-Yves Freund, Editions Vol d’Image. Voir le site de l’artiste.

09:57 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

03/12/2017

Les préludes de Véronique Bergen

Bergen.jpgToute « première fois » génère une redistribution des cartes de manière si possible un peu serrée. Sans référence l’angoisse comme le plaisir joue à fond avec les plongeons et les retours que cela engage. Pour le suggérer Véronique Bergen a compris que le récit était bien plus efficient que l’essai. L’auteur est à l’aise dans les deux genres mais pour être plus près de telles situations premières la fiction offre une occasion plus pertinente de redistribuer les blancs et de lancer un suspens – fût-il d’un sinistre ou de son contraire suivant que l’on soit et - dans les cas extrêmes - victimes ou bourreau.

 

 

Bergen 2.jpgCertes les « premières fois » sont toujours en quelque sorte une trahison à différents degré ou niveau. Il y a la découverte comme la déception et peut-être "trahison empathique ». La forêt des songes devient celle des Alpes suisses ou de la Transylvanie. La donne n’est pas la même… Dans tous les cas, en de telles situations, la dimension poétique est gigantesque mais la menace préexiste peut-être déjà en nous. Le livre permet enfin d’éviter ce qui se passe le plus souvent : la reconstruction a posteriori des sensations de telles expériences. Le danger de la mise à plat est évité. L’émotion n’est pas filtrée, tamisée, amoindrie, en passant par le récit : elle est à nu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Véronique Bergen, « Premières fois », Edition Edwarda, 2017

02/12/2017

Magdéleine Ferru : au nom des femmes

Magdeleine.ferru.jpgLe livre de Magdéleine "Comfort Zone" - écrit son auteure - « porte sur le corps, le respect de la femme et de son corps dans le monde actuel, et surtout, avec la montée du féminisme et des Femens, et des nombreux témoignages de harcèlements sexuels, sur les réactions que cela peut inspirer. ». L’artiste interpelle les femmes pour une réflexion sur le sens de qui elles sont, le non respect qui leur est portée même si elles, dévêtues, elles sont « objet » du désir. Elle montre aussi comment la vision du corps est le fruit d’un héritage culturel social, religieux.

Magdeleine.ferru 2.jpgEt Magdeleine Ferru de préciser la situation qu’induit la nudité : « ne peut-on pas supporter le nu sans être féministe? Ne peut-on pas être à l'aise à montrer son corps comme bon nous semble? Ou à l'opposé, puis-je me cacher, et cacher ce corps pour des raisons qui me sont personnelles ? ». La créatrice se contente de poser les questions afin de permettre aux femmes (mais pas seulement) de méditer sur une telle question par tout un jeu de montages. Dans cette traversée du féminin, la « noire sœur » (Beckett) devient un « lieu » qui reste troublant. Il y a là en son exhibition ce qui habituellement n’« appartient » qu’à l’univers érotique masculin. Mais l’artiste déplace les lignes afin d’évoquer comment se cache ou est spolié le secret de l’identification.

SMagdeleine.ferru 3.jpges portraits de femmes restent aussi énigmatiques que pudique en dépit de leur »mise à nu ». La force centrifuge de la photographie et de ses assemblages de « vignettes » n’est pas là pour soulever du fantasme. Elle rappelle la fragilité de l’existence et les forces des désirs refoulés. L’artiste mène plus loin la nudité selon des voies presque impénétrables. Un « érotisme » particulier apparaît. Il ne s’agit plus de jouer avec des images qui ne seraient que des ancres jetées dans le sexe pour qu’on s’y arrime. Magdéleine Ferru cherche moins l’éclat des « choses » visibles que l’éclat du vivant.

Jean-Paul Gavard-Perret