gruyeresuisse

15/11/2015

Thibault Brunet : après les séismes

 

 

Brunet 2.jpgThibault Brunet, « Typologie du virtuel », 20 novembre au 23 décembre 2015, Galerie Heinzer Reszler, Quartier du Flon, Lausanne.

 

Thibault Brunet crée des paysages physiques aussi bien que mentaux : empreintes des genèses arides d'un monde à venir, lisières, rives au tain usé. Rothko et Baudelaire ne sont pas loin mais tout aussi  les Adam et Eve d'un Matrix en gestation. Du sablier retourné s'écoulent tes images "maigres" mais signifiantes dans leurs tracés en finesse là où Brunet supprime le leurre et l'appât afin que la vue joue plus âpre là où les structures sont des silhouettes immobiles au milieu du vide. L'espace de l'œuvre résonne de son silence.

 

Brunet 3.jpgL'horizontalité maîtrise la hauteur et emporte le "paysage" au delà de lui-même     non sans mystère et douceur d'une  science-fiction. Elle "parle" ce qui nous traque. La lumière est parfois caverneuse mais elle induit une aube - et plus rarement elle la décourage. Chaque pièce est un atelier de gestation et de découverte, les motifs architecturaux font le lit d'un mince espoir . Quelque chose suit son cours au delà des possibles.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

14/11/2015

Axelle Snakkers entre la ténèbre et l’éther

 

Snakkers.jpgAxelle Snakkers : « intermezzo » exposition collective  , Curatrice Françoise Mamie,  Le Salon Vert, Carouge, 15 novembre 2015 - 16 janvier 2016

 

 L’art expressionniste abstrait d’Axelle Snakkers est d'un tachisme  fluide et composite. Les formes nagent ou s'envolent sans la moindre condescendance à un ordre réglé. La joie se mêle à la tristesse  non sans un culte rendu à la beauté au sein d’impressions ressenties dans le spectre amoureusement mis en valeur d’obsessions soigneusement cultivées ; certaines ont été réalisées à toute vitesse, d’autres au ralenti ; avec ou sans musique, à l’intérieur ou dehors, sous lumière artificielle, en lumière naturelle. Axelle Snakkers ouvre un univers d’émotions en maintenant le cap au delà de l’écume des apparences Il faut du temps parfois pour que la surface apparaisse sous formes de flaques ou de petites formes obscures.

Snakkers 2.pngLa peinture se vit légère tant que faire se peut dans un effet de  broussaille. Dans ce retournement de la profondeur, la surface dégrade, esquive le support mais aussi le « complémente ». Sur lui le jus de la matière « ouvre » des formes. Elles passent les unes par-dessus les autres, s’entrecoupent, s'entrecroisent, se frottent à la lumière ou fuient dans la profondeur pour s'esquiver ou faire face au sein de lumières diffuses. Chaque oeuvre propose moins un brouillage qu’une dissolution partielle des réalités ou des références soit par débordement ou «évaporation ». Une forme de liberté et une remise en cause de la représentation sont atteintes. Au faste de l’ornemental fait place la capacité de vibration et d’écho. Elle atteint le silence au fond de l’amenuisement des éléments du réel. C’est un bouquet irrationnel, un défaut dans la cuirasse des apparences. S’en suivent les remous d’effusions poétiques.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/11/2015

Le « ça voir » de la jeune photographie suisse

 

Suisse photo.jpg« UPHO by night !  – Jeune photographie suisse », LAC Local d’art contemporain Anciens Fossés 8, Vevey

 

La jeune photographie suisse à travers le collectif PHO (7 artistes de l’ECAL dont Anaïs Boileau) casse la certitude des limites du réel : des désirs de voir peuvent partir  dans des directions inconnues. Certes – et c’est rassurant - tous les créateurs ne mettent pas ici leurs pieds sur les mêmes plans ou « sabots » (dont parfois peuvent surgir le bout de l'orteil). Une femme dore au soleil sur un drap de bains qui devient un grill. Que voyons-nous en de tels segments sinon la perte de commande des êtres sur leur vie au sein d’enquêtes filées mais dont la trame s’effiloche ?

 

Suisse photo 2.jpgLoin de la nostalgie, l’absence est questionnée dans la photographie et son “ ça voir ”. Le réel est en reprise parce qu’il n’est d’une certaine manière toujours et forcément qu’effleuré, approximatif même si les photographes suisses sont dedans et ne s’en remettent pas – d’où leur insatisfaction et leur nécessité de créer. Ni déniée, ni réfutée la réalité surgit en sur-vivance - ce qui ne représente pas pour autant un nouvel âge mais un approfondissement. La photographie s’implique comme l’absente, la retirée, l’endeuillante qui tente pourtant de reconstituer un “ ensemble ”. Elle est ici insolente mais ne desserre pas les dents : elle ne met rien dans les mots, elle n’en n’éprouve pas le besoin puisqu’elle « parle » d’elle même.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

08:56 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)