gruyeresuisse

15/02/2017

Klara Ianova et le corps des femmes

Ianova.pngIl existe dans les œuvres de Klara Ianova une tension entre les formes biomorphiques et l'orthogonalité du format. Le tracé peint courbe l'espace. Comme si chaque tableau devait à chaque fois être à nouveau le ring où s'affrontent la géométrie du code (le cadre, le format, la surface) et la distorsion sinueuse du corps. Invisible autrement il ne saurait figurer que par cette courbure distordue dans l'ordonnancement symbolique des abscisses et des ordonnées.

 

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Parfois un tremblé vaporeux fait nimbe autour de la sévérité du tracé. Le cerne des formes vacille mais tient. Parfois le corps se creuse, se projette vers nous de manière grave, discrètement érotique ou ironique. Le plus près impulse. Ianova 2.pngQuelque part entre la tentation du toucher (réel) et la résistance à ce toucher (l’interdit), dans une sorte d’asymptote méticuleuse de fragments de volupté à peine suggérée. Le relevé fait sublimation, l’amour du corps des femmes s’y inscrit sans falbala.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/02/2017

Peinture et polémologie : Alexandre D’Huy


D'Huy2.pngAlexandre D’Huy – « Impact », Vernissage le 20 janvier, Analix Forever & Garage du Cirque, Genève.

 

BarbaraPolla présente la première exposition en Suisse d’Alexandre D’Huy. Il existe dans ses paysages le froid de la neige et celui des blindés qui - quoique de couleur sable - provoquent un frisson : « Même le jaune est froid ici » écrit la galeriste face à ce qui pourrait presque se qualifier de peinture de guerre qui se partage entre différentes cartes et machines. Les premières balisent les secondes ou les transforment en cibles potentielles.

D'Huy.pngL’effet de réalité, lorsque le regardeur se rapproche des oeuvres, donne une sensation de peau épaisse. Des carapaces propres à affronter la guerre jaillissent à travers entre autre la série aux grands formats de  cadrages serrés : les masses y sont encore plus impressionnantes et déshumanisées. Aux plans rapprochés font échos des toiles pixélisées. Il s’agit de vues du ciel par l’œil de la technologie, prises par des drones ou des satellites d’observation. L’œuvre ramène à une image de guerre qui s’oppose à celles des jeux vidéos du genre. Il n’existe plus de présence humaine. La chair à canon est effacée moins par pudeur que pour signifier que les guerres postmodernes sont d’un « art nouveau » qui échappe à l’artisanat humain.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/02/2017

Rita Lino : poses et pauses

Rita Lino 7.pngRita Lino accorde un potentiel poétique à un érotique presque (le presque est très important) hard-core mais qui joue tout autant de la caresse. Le corps devient un reliquaire blasphématoire. Il met l'accent sur les avatars voire les pressions que subit la féminité. Souvent avec drôlerie et de manière « réaliste ». Le corps n’est pas traité comme un objet magique même si une sorte d’incantation paradoxale est présente dans les « parades » (au sens théâtral) que l’artiste propose à travers sa propre scénarisation dégingandée : les culottes sont trop hautes, les soutiens gorges trop larges.

Rita Lino 4.jpgSurdouée Rita Lino feint la négligence mais elle permet de triompher d'obstacles en apparence infranchissables. D'un hasard qui n'est pas - mais que l'artiste fait prendre pour tel - naît un monde ou le fétiche est détourné. Il donne accès à un royaume où le corps propre de l’artiste est revisité selon une forme de "nécessité naturelle" des choses d’où naît parfois le charme au sens premier du terme et qui se moque des maquillages en tout genre. Se découvre toujours ce qui n'est pas attendu. L’humour en premier. Chaque œuvre possède son ombre mais grâce à lui elle n’est possédée par celle-ci.

Rita Lino 6.jpgLa déstructuration de l’éros fait passer outre toute navigation habituelle de regard. Il est mis en contact avec un univers habité par un jeu des forces et de farces nouvelles. Le voyeur éprouve un trouble comme si les images présentées n’étaient pas « les bonnes ». Cela permet à la femme de reconquérir liberté qui peut s'incorpore au désir mais ne fait pas participer le voyeur au rêve "étrange et pénétrant" cher à Baudelaire.

Jean-Paul Gavard-Perret