gruyeresuisse

12/12/2015

Les « confusions » amusées d’Andrea Crespo

 

Crespo 2.jpgAndrea Crespo, « Virocrypsis », Swiss Institute, New-York, 18 décembre – 20 décembre 2015.

 

Andrea Crespo joue avec les images, les supports et leurs machineries. Ces dernières font autant l’enjeu que les premières selon une perspective que Godard avait suggéré il y a bien longtemps. Depuis le processus s’est « institutionnalisé » et la créatrice la porte plus loin dans tout un montage/montrage afin de prouver qu’il n’existe pas d'autres passages en l’art. L’image se voit en eux et eux-mêmes deviennent « images ».

Crespo.jpgExploratrice de landes ignorées dans un territoire pourtant connotée Andrea Crespo crée des hymnes à la lumière jusqu’au cœur du noir. Elle reste l’équilibriste sur un fil invisible entre l’image et sa fabrication, il y a là « l’offre » et ce qui la génère. Ce face à face permet de sortir des lieux communs dans un parcours pluriel. L’artiste dégage l’art de la nuit de songes pour que le corps se baigne dans d’autres lumières que celle des symboles. Beau programme.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:26 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

11/12/2015

Tomi Ungerer : ligne générale

 

 

 

Ungere.gifTomi Ungerer, « Elephants, Whales & Kangaroos », Nieves, Zurich

 

Avec Ungerer et dès ces premiers « sktechbooks » republiés aujourd’hui l’animal n’a plus besoin de toutes ses formes pour séduire. Le dessinateur en cultive le silence. Mais tout autant une charge et presque des odeurs dans l’air. Au cloisonnement répond l’évasion. Le monde change de formes mais il est bien là.

Ungerer 4.jpgDans une forme de légèreté et d’humour selon diverses facettes une vision fantomale recrée le réel, elle devient une note en marge d'un texte du monde presque totalement effacé. Nous pouvons plus ou moins, d'après le dessin, déduire ce qui devait être le sens de ce "texte" qu'Ungerer multiplie. L’espace est à l’intérieur de l’espace. Il n’est pas à l’intérieur des choses. C’est ce qui lui donne toute sa présence. Entre le royaume du dessin et celui de l’animal un dialogue commençait chez l’artiste dès les années 50 et 60 en des épures parfaites et audacieuses. Elles réveillaient les regards et les éveillent encore. Loin des ombres demeure l’éloge de la ligne pure.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

17:11 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

10/12/2015

Victor Savanyu : erratae du réel

Savanyu 3.jpgVictor Savanyu dans ses peintures comme dans ses photographies offre à ce qui vit sous le soleil l’immanence de l’état de rêve éveillé ou brouillé. L’évidence lumineuse d’un lieu ou d’une situation est décalée : si bien que ce que nous pensions consubstantiel à nous nous échappe. Surgit un lieu perdu qui pourrait parfois être imagé par Kafka. Existe une expérience paradoxale, intense, vorace. Les certitudes comme les apparences sont mangées afin que d’autres images nous dévorent non par effet de délire mais de transfert, d’écartement. Ce qui trompe généralement l’esprit passe de l’illusion subie à l’illusion exhibée.

Savanyu 2.jpgDes œuvres de Victor Savanyu naît un arbitraire ironique. Le spectateur tombe du réel tout en restant dedans. L’artiste devient un géomètre particulier. Il se dégage des arrêtes polies, lisses, achevées et des axiomes purs pour celles des « gargouillis » et autres phénomènes angoissants ou drôles inhérents au quotidien. L’image devient autre chose que l’indice de la possession carnassière des apparences, ou que la mimesis dans laquelle elle se fourvoie le prétendu "réalisme". Souvenons-nous de Beckett : "Qu'ils ne viennent plus nous emmerder avec ces histoires d'objectivité et de choses vues".

Jean-Paul Gavard-Perret