gruyeresuisse

03/05/2019

Maxime Genoud el les bijoux ravis

Genoud.jpgMaxime Genoud, "The Weirdest Boner", Photographies, Exposition dans le cadre de la septième édition de la Fête du Slip, Festival des sexualités, Lausanne, mai 2019.

Pour le plaisir comme disait Herbert Leonard, Maxime Genoud a parcouru les stands et allées de l’AVN - "Adult Entertainment Expo" - de Las Vegas en janvier 2019. Et c'est occasion de rappeler combien dans le cochon tout est bon - même lorsqu'il est humain. Il en va de même avec la charcutière et l'homme qui tient la caisse.

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Le photographe a donc suivi consommateurs et commerciaux de l'industrie érotique voire pornographique. Il fait preuve d'une vision distanciée : à la fois ironique mais précise quant à une production qui bascule de la libéralisation des corps à un money making system porté à la perfection.

 

Genoud 3.jpgMaxime Genoud s'amuse une nouvelle fois avec des postures et impostures voire une "furor vacui" dont il n'est jamais dupe. Une forme de prostitution institutionnelle prend le haut du pavé. Mais pas question pour lui de s'en offusquer : mieux vaut jouer avec de tels stéréotypes  de spéléologies  plus ou moins spécistes pour les annihiler.

Jean-Paul Gavard-Perret.

02/05/2019

Barbara Polla : après Weinstein

Polla.pngPolla 2.jpgDans son nouvel opus, sorte de suite à "Femmes hors normes, Tout à fait femme, Tout à fait homme", la genevoise Barbara Polla examine les nouvelles donnes du féminisme : intersectionnel, LGBTIQA, pro-sexe, pro-désir, antipsécisme, entrepreneurial, etc.. Chaque fois avec clarté l'auteure fait un point précis des nouveaux enjeux, leurs espoirs mais aussi leurs risques et manques afin d'éviter certaines impasses. 

La séduction et le désir y sont examinés dans les divers lieux du monde et les données inhérentes à leurs cultures. L'auteure ne tombe jamais dans le goût des dogmes ou du manifeste. Elle cultive une liberté de pensée impertinente pour dire tout ce qui ne se pense pas ou si peu en reprenant des textes majeurs : de "La nuit sexuelle" de Quignard aux livres de Maïa Mazaurette. 

Polla 3.pngSans la moindre posture face aux impostures - celle qui a appris à n'être obligée de rien ouvre des voies au sein même des corpus théoriques qui entraînent en dépit de leur propos une réduction du corps. Contre les machismes, sexismes, partiarcats, racismes, homophoblies, enfermements, etc., Barbara Polla n'oppose jamais femmes et hommes : elle sait que "balancer son porc", n'est qu'une impasse : "j'aurais préféré que l'on parle de ma dignité plus que de mon porc". D'où un appel au "nous" plutôt qu'à l'exarcerbation des "contraires". C'est par ce nous que passe toute autonomie nécessaire à une nouvelle démocratie des corps et des esprits. 

Jean-Paul Gavard-Perret

Barbara Polla, "Le Nouveau Féminisme", Editions Odile Jacob, Paris, 2019, 272 p..

 

 

Roses pourpres de Rome et d'ailleurs en noir et blanc - Paolo di Paolo.

Di Paolo Anna Magnani.jpgLe  livre de Paolo di Paolo permet de retrouver une des photographes portraitistes majeurs. Quoique a priori engagé par divers revues au fil des ans pour ses capacités de reportage, ses oeuvres ne sont pas documentaristes mais de réelles oeuvres d'art. Le monde des stars n'est en rien "paparazzé". Anna Magnani s'y abandonne à la vue de son toutou pas snob.

Di Paolo Pound.jpg

Paolo di Paolo a donc offert un univers magique : Gloria Swanson amoureuse y est saisie en torsion dans un jardin romain, Marcello Mastroianni reste songeur devant une tasse de café semble lorsqu'il est visité par une cascade de lumière. Ezra Pound sort pour quelques instants de sa cachette. Quant à Pasolini l'auteur en donne le portrait le plus significatif là où le désir et le tragique jouent à fond.

 

 

 

Di Paolo 3.jpgPhotographe de la lumière plus que de l'éclairage, Paolo di Paolo a saisi Pasolini dans un coin de l'image regardant un garçon dans l'autre angle sur la colline de Monte Dei Croci. Entre les deux Rome semble une ville ouverte ou un abîme. L'image est mystérieuse - aussi physique que spirituelle. La solitude y règne comme souvent chez le photographe sauf lorsque Giuletta Massina et Fellini s'embrassent.

 

Jean -Paul Gavard-Perret