gruyeresuisse

23/11/2018

Renate Buser : dialectique

Buser.jpgRenate Buser, "Echo - Renate Buser", CACY, Yverdon les bains, à partir du 24 novembre 2018.

Renate Buser lie à ses photographies l’architecture moderniste et brutaliste. Plus largement son approche part d’éléments de constructions afin de réaliser de grandes installations. Au CACY elle pousse ses investigations un peu plus loin en un lieu ancien (l'ancienne halle aux grains du XVIIIe siècle) où se mêlent des structures contemporaines. Ce rapport permet tout un questionnement sur le réel et sa vision.

Buser 3.jpgSur grands panneaux l'artiste suggère des vertiges visuels faits de renversements d'images ou d'échelles. La spatialisation crée un système d'échos qui renvoie du passé au présent, du réel à l'imaginaire, de l'architecture à ce qu'elle cache. De telles emprises et les enjeux d'une telle démarche bouleversent notre perception. L'artiste s’emploie à faire une table rase du paysage urbain en vue de sa réinterprétation.

Buser 2.jpgExiste une dialectique entre l’espace réel et son reflet « remonté ». Renate Buser à travers ses lignes de force, ses perspectives et leurs ouvertures permettent de confondre la transparence des supports et l'opacité des bâtiments. L'artiste anime l’architecture via ses photographies, leurs jeux d’angles et ouvre à un champ d’expérimentation à la photo comme à l'architecture là où la 2D de la première "répond" à la 3 D de la seconde.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/11/2018

Gabrielle Le Bayon à Lausanne aussi garde ses ailes

Bayon 3.jpgPhotographe et vidéaste (entre autres) Gabrielle Le Bayon  fait gesticuler les images à travers de subtils mixages de genre et de temps. Tout est impeccable et ne manque pas d’humour. La plasticienne observe le monde et elle-même par un étrange trou de la serrure dans un courant d’énergie qui entraîne vers des découvertes.

Bayon 2.jpgGabrielle Le Bayon crée un lien ténu avec divers espaces et temps, qu’ils soient représentés, saisis, mémorisés ou réappropriés. L’artiste crée des images mentales et l’activité de la mémoire reste souvent la matière première de ses recherches afin de poser et/ou décaler un regard sur le paysage, l’urbain, l’espace public ou privé voire l’intime. Son opiniâtreté poétique crée bien des tourbillons d’espaces quasi psychiques.

Bayon.jpgPar de telles confrontations toute une gamme de sentiments s'expriment : il s'agit d'une sorte de galerie de « portraits » voire de manteaux de vision. L’artiste y invente ses propres codes et un univers qui suscitent une suite de ponts suspendus sur le monde, l’art et le temps. De tels « montages » permettent de  découvrir pourquoi nous aimons ce que nous aimons et nous propose de nouvelles images. Elles pourraient nous accompagner et nous pourrions leur demeurer fidèles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gabrielle Le Bayon, « The Owls are not what they seeim », avec Elisabeth Llach  Inner Light , Sebastian Stadler, David Weishaar,  Galerie Heinzer Reszler, Lausanne du 1er décembre 2018 au 19 janvier 2019.

20/11/2018

André Kasper : farces et attrapes

Kasper.JPGAndré Kasper, « peinture fraîche », Galerie Humus, Lausanne, du 30 novembre 2018 au 18 février 2019

André Kasper ne renonce en rien à ses longues déambulations. Mais pour son exposition chez Humus il a créé de petits formats : « ça me change, et en fait il est très stimulant de mettre en place une scène en quelques coups de brosse, sans ces heures d'enduit » voire d’ennui. Bref l’artiste feint le quasi-dilettantisme.

 

 

 

Kasper 2.JPGQu’on ne s’y trompe pas toutefois : Kasper retient et détourne l’essence des narrations picturales. Plutôt que de redéfinir ou de faire le point sur l’état de la peinture il le réinvente en des sortes de voyages mémoriels mais où l’histoire de l’art possède bien des trous (que le peintre est prêt à combler). A l’aide d’œuvres anciennes et de « choses vues » il dresse une symbiose entre son langage et divers contextes.

Kasper 3.JPGL’humour est là. Mais c’est chaque fois pour un double effet pervers : montrer ce que la peinture feint de cacher sous feinte de chasteté. Pour autant Kasper n’en fait pas une doxa. Nulle prétention dans ses revues de détails qui remettent non « les » mais « la » chose à sa place centrale. Qu’on le veuille ou non, elle permet au discours et à la vie de la peinture de se poursuivre au sein de ce qui est pris pour un labyrinthe optique mais qui permet de s’inscrire en faux contre l’idée que « l’art d’aimer reste introuvable ».

Jean-Paul Gavard-Perret