gruyeresuisse

05/12/2017

Après la guerre : la marche forcée de Marianne Maric

MARIC bon.jpgD’origine serbe, la Française Marianne Marić s'est rendue à Sarajevo pour se confronter à son histoire, celle de sa famille et d’une de ses sœurs décédée. Cette mort engendra dans la famille un lourd silence. Pour le casser l’artiste est allée à la rencontre de femmes jeunes photographiées d’abord sans visage. Peu à peu elle arrive à le montrer comme si à travers lui, la créatrice osait rappeler la disparue.

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Par ailleurs  elle mixte le portrait à tout un processus mémoriel de représentation (images et vestiges de la guerre fratricide). Implicitement tout jusque dans la nature est marqué par les blessures du conflit où la femme fut souvent réduite à un objet. D’où ce puzzle de photographies en apparence disparate mais où il s’agit de réconcilier la femme avec son image, un pays avec ses horreurs : les stigmates sont à chaque pas d’une telle marche forcée, d’un tel voyage « initiatique » où la femme devient « symptôme » du futur - preuve qu’elle reste l’avenir de l’homme..

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Chacune ressemble à une citadelle de vie face aux creux laissés par les obus et dans les lignes de défense en désuétude. Nul ne peut dire s’il s’agit désormais d’endroits bénis ou d’enfer. Les héroïne semblent néanmoins sereines et sexy là où les cerbères rodaient : même aujourd’hui il ne faut pas s’y fier. Leurs crocs demeurent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

04/12/2017

Pierre-Yves Freund : fonds et surfaces

Freund BON.jpgDans l’œuvre de Pierre-Yves Freund semblent se retrouver des choses laissées sur le bas côté de l’existence. Cela permet de saisir quelques éléments premiers du secret de l’intime du monde. A chaque spectateur d’en faire l’usage et l’interprétation qui lui plaira. D’autant que tout se prête au doute par la variation des échelles et des matières Tout ce qu’on peut en dire : elles ne sont pas nobles. Elles génèrent ni absurde félicité ni abus de confiance, mais sidèrent là où le travail n'a plus besoin de nier ou d'affirmer.

Freund.jpgLa seule réponse est le geste qui répond au silence du monde. Il ne faut donc pas chercher ce que l’œuvre cache, mais juste se laisser prendre à perte de vue en sa propension à percer la nuit de l'être ou du monde mais sans en donner les clés. Des surfaces hantent, s’en détachent des formes étranges de suspens, de vertige. Par elles surgit l’adhérence étroite à ce qu'il en est de soi, sur ce que l’on ignore et qui n’a pas de nom en des images aussi rupestres que mystérieuses.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre-Yves Freund, « Poussière blanche sur noir », texte de François Bazzoli, Photographies Olivier Perrenoud et Pierre-Yves Freund, Editions Vol d’Image. Voir le site de l’artiste.

09:57 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

03/12/2017

Les préludes de Véronique Bergen

Bergen.jpgToute « première fois » génère une redistribution des cartes de manière si possible un peu serrée. Sans référence l’angoisse comme le plaisir joue à fond avec les plongeons et les retours que cela engage. Pour le suggérer Véronique Bergen a compris que le récit était bien plus efficient que l’essai. L’auteur est à l’aise dans les deux genres mais pour être plus près de telles situations premières la fiction offre une occasion plus pertinente de redistribuer les blancs et de lancer un suspens – fût-il d’un sinistre ou de son contraire suivant que l’on soit et - dans les cas extrêmes - victimes ou bourreau.

 

 

Bergen 2.jpgCertes les « premières fois » sont toujours en quelque sorte une trahison à différents degré ou niveau. Il y a la découverte comme la déception et peut-être "trahison empathique ». La forêt des songes devient celle des Alpes suisses ou de la Transylvanie. La donne n’est pas la même… Dans tous les cas, en de telles situations, la dimension poétique est gigantesque mais la menace préexiste peut-être déjà en nous. Le livre permet enfin d’éviter ce qui se passe le plus souvent : la reconstruction a posteriori des sensations de telles expériences. Le danger de la mise à plat est évité. L’émotion n’est pas filtrée, tamisée, amoindrie, en passant par le récit : elle est à nu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Véronique Bergen, « Premières fois », Edition Edwarda, 2017