gruyeresuisse

05/04/2019

Les doubles postulations de Dorothée Thébert

Thébert.jpgDorothée Thébert, "Thérèse et la Chèvre", coll. Shusslarry, art&fiction, Lausanne, 14,90 CHF., 188 p. A paraître le 1er mai.

 

Photographe généralement de scène Dorothée Thébert vit et travaille à Genève. Elle a développé aussi des créations de leurs écritures jusqu'à leur mise en scène. Depuis une dizaine d'année le livre lui sert de nouvel espace et elle s'oriente  vers la littérature par étapes. Après et pour la Bibliothèque des femmes, un projet d’écriture collective de Julie Gilbert où elle dresse le portrait de la poétesse américaine Audre Lorde elle a entrepris un projet plus ambitieux.

 

Thebert 3.jpgSon récit mélange à la fois deux temps et deux formes. Et ce à partir des deux premiers films que la future créatrice vit avec ses parents : Thérèse d’Alain Cavalier et La Chèvre de Francis Veber. Quoi de plus différents que le langage de ces deux films ? D'un côté le radicalisme au service du portait d'une sainte, de l'autre la comédie (au demeurant réussie) au service d'un lunaire désopilant.

 

Thébert 2.jpgL'artiste s'y est trouvée soumise à deux postulations contradictoires et qui l'habitent. D'un côté la recherche d'un langage poétique aride, juste, ambitieux quant au sens. De l'autre le désir de ravir et de donner une joie communicative par une forme plus souple  mais qui possèdes des qualités intrinsèques. Le livre répond en son fond et sa forme à ces deux perspectives. Il en devient l'espace. Sur la page de gauche : le récit de l’anecdote et de ses échos sur la page de gauche. À droite, le scénario d’une possible mise en situation de deux corps : de Thérèse et de la Chèvre. La créatrice trouve là le lien à la dimension passée de son travail et à celle qu'elle est entrain de créer sans que pour autant aucune page se tourne. Au contraire.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Redécouvrir l'oeuvre de Lili Erzinger

Erzinger.pngLili Erzinger, "De la collection", M.B.A.L., Le Locle, du 16 février au 26 mai 2019.

Lili Erzinger (1908 - 1964) resta à la recherche de l'épure et de l'intériorité dans un travail vers - via les portraits et les paysage - l'abstraction et d'analyse pour aller vers une image nouvelle en particulier sous l'influence de Fernand Léger et de Kandinsky. Elle découvre peu à peu une science du rythme et de la «résonance intérieure». Grâce à Jean Arp (avec lequel elle travailla) elle découvrit une avancée supplémentaire vers la simplification des formes qui se retrouve dans son époque des années 40.

Erzinger 2.jpgElle passe ensuite à une abstraction géométrique parfois en formes souples et parfois en lignes plus droite chère aux constructivistes d’Allianz de Zurich et de l’art concret. Peu à peu la ligne colorée isolée ou en gerbes habillent les surfaces avec toujours un souci qui ne quitta pas le créatrice : l'émotion et le rythme des choses initiés par une abstraction tirée non d'une vision métaphysique mais des figures du réel.

 

 

Erzinger 3.jpgCe qui semble sinon informe du moins brut fut de plus en plus puissant eu moment où l’âge de l’anxiété fait bifurquer la peinture vers des résonnances de plus en plus profondes comme si elles venaient d’une autre "vallée". Mais si l'angoisse ne manque pas, mais elle ne prévaut pas. Ce qui domine reste l'émotion particilière insécable d'une recherche qu'une telle exposition permet de redécouvrir. Chez Erzinger le présent de l'art ne se déduit plus du passé. Une montée engendre un recueillement, une attente et un absolu plus terrestre qu'éthéré.

Jean-Paul Gavard-Perret

04/04/2019

Yves Hänggi : épilogues

Hänggi.jpgYves Hänggi est proche à la fois de l'art brut et du pop art : pas de place pour le blanc du support. Le graphisme (encre, feutre, etc.) remplit l'espace, évoque des vieux songes qui reviennent frais comme des gardons. Mais il met à jour aussi le temps et les pays que l'artiste a rencontré lors de ses voyages. Nul réalisme ici mais une manière d'évoquer ce qu'il pransmet entre tristesse, satiété et mystère.

 

Hanggi 3.jpgLe dessin devient  une suite de zébrures souvent mordantes et toujours décalées. Se distingent des monstres ou des grands damnés là où le noir inscrit des cicatrices de la foudre. La tension semble parfois irrespirable, parfois légèrement plus aérée. Le regard ne cesse de monter de descendre, de piétiner.

 

Hanggi 2.pngCe qui se déplie canarde dans le noir. Celui-ci  reste l'inverse de l'ombre. Les contours permettent de voir ce qui se passe dans les interstices où tout lâche. Les formes deviennent des insectes dont l'artiste anime des conduites forcées en saccades, mouvements, imbrications, intrigues sur la "soie" du support. Hänggi se moque des lois du dessin. Celui-ci devient hors limites. Contre l'étouffement. Pour le retourner de dedans. Et voir ce qui en tombe, chuinte ou se retient. "Bon appétit Messieurs" comme disait Ruy Blas.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Yves Hänggi, La Sonette, Lausanne, avrl 2019.

08:47 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)