gruyeresuisse

11/05/2018

Thomas Hauri : nexus

Hauri 3.jpg« Thomas Hauri », Ines Goldbach, Kunsthaus, Bâle

En un livre a priori sans titre ni nom d’éditeur (avant de le découvrir caché en son centre…) Thomas Hauri témoigne de tous ses mystères et ses interrogations. Le tout selon un triptyque où son interview tient une place de choix au milieu de ses œuvres. L’artiste prouve et explique comment il s’intéresse à l’architecture et ses pouvoirs. Entre autres avec son immense série « Prora » dans laquelle des différences et prouesses techniques apparaissent eu égard à l’ampleur du sujet.

Hauri.pngL’artiste crée toujours un jeu subtil et profond entre les images et leurs « peintures » en un travail in process qui implique parfois des révisions et des retours. Le tout est souvent dans la recherche d’une sorte de transparence que l’artiste préfère nommer connaissance et liberté. Les parois ne peuvent être traversées par les « passes muraille » : le détour est toujours obligé.

Hauri 2.jpgCette obligation entraine forcément le regardeur à une « promenade architecturale » qui entraine un retour non seulement sur certaines pièces exposées mais sur le visiteur lui-même en différents nœuds d’espaces et de passages pour tenter d’en trouver l’impossible centre là où c’est autant le lieu qui peint les œuvres que les œuvres endiguent l’espace dans divers effets de biffures opaques ou de translucidités.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacquie Barral : de la carte du réel au territoire de l’imaginaire

Barral.jpgA l’aide des plans rouges du ministère de l’intérieur au 1/100 000 trouvés chez un libraire, Jacquie Barral a dessiné sur ces cartes au moyen de crayons de couleurs « un monde futur, envahi d’océans, de nuages, ou de volcans…recouvrant la carte et transformant ces bouts de territoires français du siècle dernier en nouveaux continents. »L’artiste prend un malin plaisir à « embourber » le spectateur dans un flot de signes et informations visuelles troublantes et troublées. Animée d’une pulsion créatrice elle prolonge son expressionnisme et impressionnisme figuratifs. Maîtresse d’une rhétorique colorée elle crée une émotion particulière en faisant de chaque image un moment de provocation parfois subtile parfois plus fractale

Barral 2.jpgC’est sa manière de réenchanter un monde qui ne l’est pas forcément - loin de là… L’imaginaire renvoie à la réalité comme à l’histoire de l’art une fin de non-recevoir. Et le basculement dans « l’irréel » contredit la pression du réel sous lequel tant de faiseurs ploient. Les images acquièrent une propriété réversible dans de telles extensions. Ces œuvres sont nourries - comme souvent - des textes de Valentine Oncins pour laquelle « le livre d’artiste est un espace qui s’apparente à une cartographie avec des marques, des signes, des indices qui, par jointure, inventent un lieu-dit. Un espace entre texte et image  se découvre comme une terre, avec le tracé d’une topographie inconnue ». Les deux créatrices participent d’un singulier mélange entre une radicale extériorité et une sensibilité exacerbée à l’égard des relations entre cartes du réel et territoires de l'Imaginaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacquie Barral et Valentine Oncins, « Paysage vertical », Fata Morgana, Fontfroide de Haut, 2018.

10/05/2018

Les paradoxes de Tina Merandon

Merandon.jpgTina Merandon propose des suites de « scènes » avec variations. Chaque pièce devient un appareillage qui circonscrit une zone de solitude ou de rencontre. Diverses approches se succèdent  en des déclinaisons intempestives, ludiques et jouissives. La louve n’y est pas forcément romaine. D’ailleurs ses seins nourriciers deviendraient là un prétexte à des strip-teases parodiques entre dérision et tentation…

 

 

Merandon 2.jpgLes préjugés en prennent pour leur grade au profit des singularités. Les lois des genres effacent leurs marelles, des légendes roulent leurs chimères dans les aiguillages de l'insomnie. Tina Merandon offre un regard, mais autre chose qu’un regard : un rapport dans l’ordre du désordre. Il ordonne un « Défais tes liens ».

Merandon 3.jpgLa photographe ne cherche aucune dramatisation, elle se contente de montrer une symphonie. L’espace est dilué, étendu mais aussi concentré par des mises en scène parfois drôles en particulier lorsque les animaux s’y insèrent. Sous formes d’épures, des portraits « borderland » échappent à toute localisation précise et donne une sorte d’éternité à l’éphémère ouvert sur un inconnu.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tina Merandon, « Les démons de Tosca », NegPos, du 10 mai au 6 juin 2018.