gruyeresuisse

17/06/2017

Trump le Schtropumpf

Trump.jpgCollectif, « We Need to Talk », Ed. Petzel Gallery, New-York et Hatje Cantz, Berlin, 40 p., 25 E., 2017.

La galerie Petzel n’a pas attendu l’intronisation du Dux Imperator Donald Trump pour allumer des contre feux face à lui. Depuis, elle a mis les bouchées doubles en proposant un livre au format particulier (10 posters pliés deux fois pour proposer de fait 80 pages) là où une pléiade de créateurs et non des moindres (Cecily Brown, Paul Chan, Hans Haacke, Rachel Harrison, Jenny Holzer, Jonathan Horowitz, Barbara Kruger, Robert Longo, Allan McCollum, Adam McEwen, Sarah Morris, Dana Schutz entre autres) mettent le paquet pour tenter de faire du monarque un roi nu.

Trump 3.jpgLes artistes inventent toute une calligraphie plastique. Se révèle un mouvement de désobéissance civile selon divers angles et pour casser les chorégraphies de celui qui invente sa propre narration obscène du monde. Sa théâtralité est donc mise à mal à travers diverses expériences plastiques. Le regard s’infiltre dans ce dédale. Les artistes ouvrent la voie à une vérité cachée. S’éprouve l’intimité de l’écart. Elle reste la condition exigeante de l’expression artistique. L’intelligence critique des images propose des transgressions nécessaires face à celui qui force le réel selon « la sainte concision » de vindictes et mensonges.

Jean-Paul Gavard-Perret

15/06/2017

Gregory Bojorquez : du soleil dans l’eau froide

Borjorquez.jpgLes photos argentiques de Gregory Bojorquez offre un panorama d’un Los Angeles - sa ville natale - populaire. Le tableau de la cité est éloigné des fragrances hollywoodiennes. Se substitue une vision plus profonde, lucide mais poétique. Elle ouvre d’étranges fenêtres où rouillent les épices d’une émotion médiatisée selon un envers de la société du spectacle.

Borjorquez 2.jpgL’image devient la pieuvre douce des corps et le poulpe de lueurs solaires. Des lions et des lionnes dorment ou se reposent. Au sol ou en suspens. Ils ne font rien. Juste parfois une ascension fainéante. D’autres ressemblent à des éléphants humains dont une souris tente la trompe, la grignote (joie de la flibuste).

Borjorquez 3.jpgL’ouverture d’esprit est toujours là comme lorsque le créateur s’amuse à caviarder les situations par d’habiles décadrages. Chaque image est un terrier : comme un renard Bojorquez en sort les lapins pour une nouvelle découverte, un agrandissement particulier en un jeu de déphasages.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gregory Bojorquez, « Frame Life », Galerie Bene Taschen, Cologne, du 7 juin au 29 septembre 2017.

13/06/2017

Personne n’y avait pensé avant – Histoire de la diapositive au Musée de l’Elysée

Diapo.jpg« Diapositive. Histoire de la photographie projetée », de 1er juin au 26 septembre, Musée de l’Elysée, Lausanne, Catalogue (textes de Nathalie Boulouch, Roland Recht, Olivier Lugon, Anne Lacoste, Krzystof Wodiczko, Christophe Domino). Editions Noir sur Blanc / Musée de l'Elysée, 2017, 240 p., 50 CHF.

 

diapo 2.jpgLe Musée de l’Elysée présente une des premières et rares expositions consacrées à l’histoire de la diapositive. C’est sans doute la plus importante par son exhaustivité et son intelligence. Anne Lacoste et Carole Sandrin conservatrices du Musée ont compris qu’afin de présenter cette technique, accrocher des tirages muraux trahirait l’esprit même d’une telle diffusion. La projection photographique est donc reprise « telle quelle » pour montrer comment la diapositive est à la fois la suite des lanternes magiques et constitue les prémices de tout un champ expérimental de l’art vidéo à l’installation.

Très longtemps il est vrai elle a servi de purges aux soirées familiales. Diapo 3.jpgNéanmoins, à partir du milieu du siècle dernier, des artistes s’en sont emparés selon divers registres et objectifs. L’exposition les présente en quatre axes pertinents. L’image de lumière, le dispositif, la séquence et la séance précisent astucieusement les spécificités de cette diffusion. Son rôle d’image écran a servi les amateurs comme les photographes professionnels (Alfred Stieglitz, Helen Levitt ; etc.). La technique s’est mise au service de l’éducation comme du divertissement. Elle fut intégrée dans le domaine du design populaire avec Le Corbusier et Charles et Ray Eames et devint un médias de choix chez des artistes conceptuels tels que Dan Graham, llan Sekula, Nan Goldin, Peter Fischli, David Weiss..

Diapo 4.jpgCette technique, plus qu’une autre, tient en compte ce que la hantise de l’air fomente. Des silhouettes errantes s'éloignent des berges du réel - au sein même de son apparence agrandie – afin de plonger dans un fleuve de l’imaginaire plus que dans celui de la mémoire. Fantômes que fantômes, masses mouvantes englouties : qui donc - au fond d’eux et d’elles - peut se reconnaître ? Le médium crée un effet d'écart en « réincarnant » par effluves des voyages en divers dédales au sein d’une alchimie poétique. Elle ne donne pas forcément les clés de son mystère et du secret qu’elle feint de montrer entre absence et Assomption.

Jean-Paul Gavard-Perret