gruyeresuisse

12/09/2019

Flora Mottini : odyssée de l'espace

Mottini.pngFlora Mottini, "Sortie astrale", Quark, Genève, du 12 septembre au 26 octobre 2019.

Par des sortes d'empreintes, du tachisme et différents types de reports et transferts Flora Mottini remplace le chaos en fêtes colorées. D’étranges mixions, structures et incidentes deviennent des sarabandes. Les formes y sont hallucinées et grouillantes. L'artiste en appelle au choc sensoriel mais pas seulement. L'oeuvre devient l’expédient ni des enfers ni des paradis mais d’un territoire où se desserre le carcan de la représentation au profit d’un langage enjoué et ludique - mais pas seulement. Existe une perspective particulière fruit d’une réflexion libératrice autant esthétique que philosophique.

Mottini 2.pngAtteindre le ciel ne passe pas par "du" paysage mais par la peinture elle-même. L’œuvre la développe dans l’idée que toute représentation du monde est une construction avec ses codes propres. Loin de tout effet miroir et contre l’illusion  réaliste l'artiste préfère un signifiant au signifié. Le premier est ici entretenu comme quelque chose de transcendant quoique "matériel" afin que la peinture fasse fonction de labyrinthe oculaire. C'est en ce sens qu'il faut considérer une telle traversée des apparences. Elles sont remplacées par torsions et assomptions dans la pentecôte des couleurs.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/09/2019

Francine Wohnlich voyageuse immobile

Wonlhich.jpgFrancine Wohnlich, "Vivants", Art & fiction, Lausanne, 2019, 216 14,90 CHF.

Née à Genève et après une formation de comédienne à Montpellier, Francine Wohnlich est revenue en Suisse pour écrire et jouer plusieurs pièces - "Liqueurs de sel" entre autres - et écrire plusieurs fictions courtes ("Absence Prolongée") et des romans ("Larsen"). Dramaturge pour le Théâtre St-Gervais à Genève, elle a délaissé progressivement  ce métier pour la littérature tout en devenant codeuse-interprète auprès d’enfants et de jeunes adultes sourds en milieu scolaire.

Wonlich.jpgAvec "Vivants",  à partir d'un point de départ précis (enfin presque) : "C’était l’hiver, mon père nous avait quittés en toute brutalité et j’éprouvais le besoin de m’intéresser aux autres, de raconter des récits auxquels je n’appartenais pas", Francine Wohnlich a décidé d'aller à la recherche d'inconnus pour offrir chaque fois un portrait écrit et dessinée par lequel Francine elle repousse ses limites pour octroyer à chacun de ces instants un moyen de goûter un temps parfois absolu ou parfois déceptif.

Wonlich 3.jpgPour chaque portrait un contact est pris et une seule rencontre s'organise. L'auteure écoute sans chercher à orienter le propos. L'inconnu parle aves ses mots, ses attitudes, ses gestes, ses silences. Francine Wohnlich n'est pas pour autant neutre : elle met toute son énergie dans ce moment où se mêle - suivant les cas - attirance, complicité mais aussi parfois lassitude ou exaspération. Se retrouvent ici des visions à la Charles Juliet chez celle qui sans se chercher à se débarrasser d'elle-même pactise un temps avec les sentiments de l'autre, à savoir  ceux qui lui permettent ou à l'inverse l'empêchent de vivre. Il se peut qu'en retour l'écriture et le dessin lui servent à se frayer un chemin comme pour chaque lecteur des heures d'un tel voyage immobile.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/09/2019

Martin Fuster : foule sentimentale (ou presque)

fuster 2.jpgDes traits de Martin Fuster tout peut être attendu. Le sourire en premier. Mais dans les fantaisies d'un tel artiste rien n'est jamais gratuit et il n'est pas jusqu'aux diagonales du fou trahi sur un échiquier fracturé de tomber dans l'abîme. Et si le dessin montre l'être c'est en passant par les gouffres sans néanmoins que la moindre souffrance soit émise.

En de telles oeuvres les narrations intempestives, en absence de titres, laissent au regardeur le choix de les interpréter. Tout est ici de l'ordre et de la cassure mais demeure dressé dans une impeccabilité graphique. Fuster.jpgLes petits traits précis comblent autant les vides que le regard. Ce dernier s'abandonne aux ravissements de l'investigation que chaque dessin mérite.

Il y a du Mozart dans les petites pièces que Martin Fuster crée : son langage tranperce, ramasse, pénètre, glisse là où des êtres ronflent sans dormir ou dorment sans fermer les yeux. La foule parfois s'amasse. Mais personne ne parle à son voisin. De quoi rassurer Souchon ou donner les boules à Nougaro s'il était encore des nôtres. En tout état de cause plutôt que d'initier des marches au supplice, l'artiste hache le plaisir parfois en mâchant son crayon ou sa plume.

Jean-Paul Gavard-Perret

L'oeuvre du jeune artiste reste encore méconnue, certains de ses dessins sont publiés dans la revue Folazil (Grenoble).