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12/01/2017

Charles-Albret Cingria : de l’importance du chat

 

Cingria.jpgCharles Albert Cingria, « Le carnet du chat sauvage », Illustrations de Alechinsky, nouvelle édition , Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 48 p., 12 E, 2016..


Dans « Le Petit labyrinthe harmonique » Cingria rappelle avoir pleine conscience des œuvres qui le précèdent, de leur valeur et, en conséquence, il révèle une volonté première : ne pas répéter ce qui a été fait. Il désire apporter du nouveau, du différent. Dans ce but il précise : “Je pense qu’il faudrait redonner sa juste importance au chat”. Dès lors - et comme l'auteur dont il prend la place - il devient un écrivain pas forcément sympathique, capable d’être très indélicat mais plein d'un humour sarcastique.

Cingria 2.jpgComposé en "description ambulatoire", le texte s’égare, vagabonde en digressions, ronronne, griffe. Ce qui semble secondaire s'impose au premier plan. Le chat narrateur, met fin au logos ou lui donne une autre voie. Par l’animal peu domestique le Vaudois mène les lecteurs à trouver étrange le familier et vice versa en une poétique de la surprise. Devenue narratrice et philosophe la figure féline impose son « Yes we can ». Preuve que pour Cingria la bête est plus fiable que l’homme. Son miaulement raisonnant crée le charme d’un livre dont le style léger ou grave, sérieux ou badin reste un incurable délice.

                                                       Jean-Paul Gavard-Perret

10/01/2017

Aurore Claverie et Cécile Hug : Assomption


Claverie.pngLe texte d’Aurore Claverie et les photographies de Cécile Hug ne se conçoivent pas l’un sans les autres. Les deux créent l’évocation de l’abandon, de la soumission mais aussi de son contraire puisque la femme mène le jeu : “En apnée depuis des semaines elle cherche à lui décrocher le mensonge de l’amygdale. Avec un nœud, coulant, avec la nuit, le café trop amer et le sucre caché dans leur album de mariage ". Les créatrices restent des complices là où les “visages posés sur la naissance des sexes, respirent les bas ventres”. Les acteurs ne le sont pas de la seule pensée. L’érection devient un état intérieur général en un hymne acathiste.

Claverie 2.pngDe la double initiation ni rétrécie, ni brouillardeuse, jaillissent “La décoction de l’épiderme et le bruit d’une veine aspirée qui tâche la commissure des lèvres”. Des courants parfaitement tendres nourrissent l’espoir d’une fête. Le livre refuse les existences recroquevillées. Quelque chose avance : radicale par le texte, métaphorique par l’image. L’érection n’est pas seulement phallique. Elle s’associe à un acte de vie et à une manifestation du vivant insaisissable. Elle devient un point de vue non pas créateur mais instaurateur de ce qui érige. Une fois de plus ce sera “une nuit pour sauter de joie pieds liés”.

Jean-Paul Gavard-Perret

Aurore Claverie, Cécile Hug, « Le jour s’est tordu la cheville », Editions Litterature Mineure, Rouen.

09/01/2017

Francis-Olivier Brunet : la profondeur et l’ouverture


Brunet.jpgFrancis-Olivier Brunet, « Accordées aux Montagnes », Oeuvres récentes, Galerie Ligne Treize, Carouge-Genèven du 14 janvierau 10 fevrier 2017.

Francis-Olivier réapprend à ouvrir les yeux, à cesser de se taire. Par la présence des montagnes qui sont nôtres, le regard finit par les oublier. Ici à l’inverse il ne s’agit plus de se contenter de jouir dans l’aveuglement mais de retrouver celles qui reprennent une dimension prégnante loin d’une vision purement de décor.

Brunet 2.jpgL'œuvre n'est plus coupée du monde. Et il trouve soudain une autre profondeur ; car il ne s'agit plus de vivre comme le reste d’une peuplade perdue dans un temps « pur ». Le peintre rappelle que le regard est le « luxe » à s’offrir au moment où la présence du réel est habilement décalée : la loi du même est remplacée par un corps proche mais qui parle soudain une langue étrangère. Le regard devient la dupe consentante du non-dupe par reconstruction d’un imaginaire qui appelle celui du regardeur. Ça a un nom. C'est la peinture. Mais cela mérite une création convaincante comme celle de Brunet. Elle contrarie le vide et l’apparence en faisant bien plus que les combler. L’artiste refuse l’anecdotique, il le remplace par une succession d’images de l’indicible, source de la résistance à toute instrumentalisation de l’image. Une telle présence crée une légitimité particulière à la peinture par la profondeur et l’ouverture.

Jean-Paul Gavard-Perret