gruyeresuisse

18/12/2018

Leah Schrager : le voyeur pris au piège

Schrager 2.jpgArtiste Instagram, Leah Schrager modifie la "réalité" des fantasmes voyeuristes. Elle transforme l'exhibitionnistes en ligne afin d'explorer d'autres possibilités des médias sociaux. Elle les questionne tout comme ceux de la beauté féminine et des stéréotypes qui les nourrissent en présentent un point de vue féminin sur le voyeurisme et ses attentes.

Schrager.jpgEt si à l'ère du numérique plus que jamais certains fantasmes fleurissent, ils peuvent être soumis soit à une décepticité soit à un biais ironique où la fleur prend tout son sens. Leah Schrager se moque du regard masculin en offrant des images de charme qui ne répondent plus aux attentes espérées. Exhibant la sexualité elle la biaise par ses recherches plastiques et ses peintures numériques. Elles troublent le principe de visibilité basique.

Schrager 3.jpgLes selfies et autres pratiques d'ostentation de l'artiste montrent qu'il peut exister une autre voie que le simple registre de la réponse aux attentes masculines. A la"viande" nue fait place son recouvrement ou son découpage selon des critères de différenciation. Le plaisir qui fascine habituellement est remplacé contre toute attente par un autre. En un processus de reprise en main de la femme par elle-même apparaît, plus qu'une fin d'un non recevoir, une vision renouvelée aussi ironique, enjouée que poétique.

Jean-Paul Gavard-Perret

Leah Schrager, "Virtual Normality : Women Net Artists 2.0"

17/12/2018

Alexandre Léger : le droit de s'égarer

Leger.jpgMaitre de l'art singulier, agenceur au besoin d'images et de mots, Alexandre Léger poursuit un parcours loin des sentiers battus et toujours en tentatives hirsutes d'un renouveau. Le geste prime, quelquefois brutal, mais maîtrisé et toujours en quête d'une figuration dont le souci de précision semble volontairement s'éloigner pour mieux se rapprocher de nous dans divers types de biais (collages et inserts compris).

 

 

Leger 3.jpgL'artiste entrevoit dans tout, encore et toujours des bribes d'une humanité franche, quoique un peu violentée là où parfois un pistolet est prêt à faire feu de tout bois et souches. Chez lui vieilles idées se transforment sans prétention et les objets se métamorphosent. Ils s'animalisent au besoin mais comme si l'artiste semblait ne pas y prêter une attention particulière et sans heure précise. Mais à un instant particulier, émerge une réussite. Les traits créent déjà un humour particulier. Alexandre Léger les multiplie en les ajustant dans leur épaisseur, légèreté et élan.

 

Leger 2.jpgLes dessins comme griffonés semblent finalement faciles mais comme sont « faciles » les pattes de dragons, les épaves ou encore les ruines peuplées par d’étranges fougères et qui au ciel ne sont que des nuages. En créant ses dessins l’artiste semble disparaître, être absorbé comme au plus profond d’un trou aux étranges reliefs touffus. Un chantier en cours remue bruyamment. La tête et les mains affolées le graphiste brise des astres lointains et créent des vagues. Elles questionneraient bien des marins et elles opèrent dans une forme d’apprivoisement d'une gestuelle. Au fil du temps elle est devenue familière, trouble, mouvante, résolument tournée vers l'expression des profondeurs aussi drôles que cachées.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Alexandre Leger – L’oeil dans la souche
« Refuge de Mariailles », Voix Editions, Richard Meier, 2018, 20 E.

15/12/2018

Signer par Signer

 
Signer 3.jpgDavid Signer, "Roman Signer par lui-même", art&fiction, Lausanne, 2019, 17,80 CHF.

Aux fameuses « paroles gelées » de Rabelais qui éclataient à la chaleur répondent les images explosives  de Roman Signer un des artistes suisses les plus exposés dans le monde. Né en 1938 à Appenzell, il ne cesse de redéfinir la sculpture par ses "actions-sculptures". Elles font jointoyer les êtres et les objets avec des éléments premiers dans un jeu poétique et un refus de toute assignation avec merveilleux et humour.

Signer.jpgDe Saint Gall où il habite il a créé la série "Parapluies" pour cet ouvrage écrit avec David Singer - qui malgré son nom ne possède nul lien familial avec l'artiste sauf pour ceux qui voient le mal partout. Conçues comme performances et installations basées sur des processus de transformation de matières à travers l’épreuve du temps les oeuvres donnent lieu à l’enregistrement photographique et vidéographique pour une réception ultérieure. Dans ce livre l'artiste les "complète" en racontant des histoires souvent vraies; merveilleuses et humoritiques au d'entretiens qui mettent en lumière cet aspect méconnu du créateur.

Signer 2.jpgPassionnant et drôle David Signer raconte sa rencontre, lors d'un séjour en Pologne, avec sa future femme Aleksandra. Il défait dichotomies du vide et du plein par ses pas de côté et rappelle, qu'après des débuts difficiles, il connait le succès et trouve lors de ses voyages en Islande et au Japon des clés à ses interrogations. Se découvrent en ce "par lui-même" des réflexions sur sa méthode de travail, son origine et évolution, des rêves mais aussi des vaticinations pas forcément farcesques sur l'intelligence des termites, le scarabée bombardier, les bottes en caoutchouc, les boules de foudre, la musique des forêts, la nature aussi impitoyable que comique. Ce qui ravit David Signer maître de cérémonie et ethnologue spécialiste des sorcelleries des pays de l’Afrique de l’Ouest comme de celles de son homonyme.

Jean-Paul Gavard-Perret