gruyeresuisse

07/10/2019

Philippe Battaglia : faire barrage.

Battaglia.jpgPhilippe Battaglia, "La robe de béton", Edition Gore des Alpes, Lausanne, 104 p., 2019.

"Le Gore des Alpes, c’est de l’horreur, du macabre, du funeste. C’est le verso de la carte postale idyllique que tu envoies à tes grands-parents quand tu pars en vacances. Le Gore des Alpes, c’est aussi du sexe, douleur et plaisir, fluides corporels mélangés. Le Gore des Alpes, c’est de l’humour" écrit Battaglia pour présenter son livre et ses éditions. Mais pas n'importe lequel : celui d'un mauvais genre, noir et lucide. 

 

Battaglia 3.pngSe retrouve dans ce livre le quotidien des ouvriers constructeurs  des barrage ( ici de la Grande Dixence) , monde méconnu et qui a aujourd'hui disparu. Un néo-réalisme évoque les conditions de vie effroyables des immigrés. Ils travaillaient là dans la boue, le froid et les accidents, la perte des amis et la frustration sexuelle. Battaglia crée un regard sans le moindre romantisme sur le traitement réservé aux victimes qui ont créé l'or blanc de l'arc alpin  et ceux qui le détruisent à leur profit : «Dès que quelque chose de pourri se met en place, on peut être certain que l’Asticot ne sera pas loin.»

 

Battaglia 2.jpgExiste  un hommage à la pulp fiction des années 50. L'auteur en reprend les codes et l'imagerie. Bref il faut que ça suinte. Et par tous les trous. Même ceux qu'on ajoute par couteaux ou outils. Il y a là aussi  des références aux monstres du passé comme à ceux d'aujourd'hui. Les tranches de vie sont à vif en un tel bain d'encre glacé et brûlant.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

06/10/2019

Jeux de voiles : Marja-leena Sillanpää

Silanpaa.jpgMarja-leena Sillanpää, "From air to flames, Librairie Humus, Lausanne,17, 18, 19 octobre 2019.

 

L'artiste et écrivaine finnoise Marja-leena vit et travaille à Stockholm. Son exposition à Lausanne est un jeu d'ombres et de lumières à travers le drapé. Un passé est remonté avec des fragments incomplets, des éléments trouvés et repris. Le tout sous des parties musicales qui répondent à la même esthétique du fragment. Existent divers effets de rideaux dont l'artiste tire les ficelles. La vie apparaît abstraite (par la musique) et fantomatique (par les images).

silanpaa 2.pngL’œuvre n’a en aucun cas pour but de faire lever du fantasme. Ce dernier au mieux doit s'envisager et se «dévisager» (si l’on peut dire…) en un processus de réflexion et non de pulsion. L’œuvre porte la lumière et l'ombre, l'intelligence et l'instinct, l'image et le son. Surgit paradoxalement ce qui dépasse le pur corporel, qui dépasse aussi les langages en tant qu'outil de communication. Les agrégats et la stratégie esthétiques renvoient à la métaphore agissante et obsédante de l'existence là où tout échappe au réel pour un autre inachèvement. Mais pas forcément transcendental.

Jean-Paul Gavard-Perret

05/10/2019

Patrick Rohner : surfaces non apaisantes

Rohner.pngPatrick Rohner, "La luce Alpina", Kunstaus, Saint Gall, septembre - décembre 2019. Voir aussi : Galerie Mark Müller.

 

Franchir la frontière du réel, modifier les manifestations visibles, transformer leur perception voici ce que propose Patrick Rohner. Et à travers lui une picturalité impressionniste riche d’implications terrestres et  de phosphorescences et imbrications mystérieuses où sur les ruines du réel redessinent une architecture admirable nourrie de la clarté et d'ombres.

 

Rohner 2.pngExiste tout un art de construction et de placages dans le jeu des couleurs qui permettent d'offrir  des météorologies et des lumières étranges. Se crée un jeu de proximité et de distance des plus complexe. Le travail est méticuleux. Il modèle et module joue des épaisseurs de matière afin de créer des  présences irisations entre effet de surface "à la tyrolienne", en vagues tandis que des inserts transforment dans les photographies et "installations" le paysage.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:13 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)