gruyeresuisse

19/09/2018

Leonhard Hurzlmeier : révision des clichés

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Le jeune peintre Leonhard Hurzlmeier revisite la tradition de nu féminin à travers l’humour qui casse les clichés sociaux et plastiques. Il crée des perspectives surprenantes, fantaisistes mais plus profondes qu’il n’y paraît. Au“ C’est tout » du nu répond un moyen de le faire résonner autrement et de perdre le voyeur dans le lieu de sa voyance. La femme n’est ni sainte, ni prédatrice elle vit sa vit, se moque de ce qu’on attend d’elle.

 

 

Hurzlmeier 2.jpgSans doute la question du sexe hante l'art mais Hurzlmeier introduit l'inadéquation fondamentale de la peinture aux images classiques du féminin. L’érotisme se montre en divers écarts là où la femme semble s'offrir presque toute entière. Le corps soudain redevient le lieu du paroxysme, de la ré-énumération et non de la rémunération attendue. La femme n'est plus enclose pour n’être que le « pauvre » jouet du mâle, elle redevient magique et foudroie. Il n’existe pas des noces érotiques mais se précise une remise en jeu le désir. La femme pénètre le voyeur qui ne la pénètrera jamais. L’intime n’est qu’extime vibrionnant et enjoué.

Jean-Paul Gavard-Perret

Leonhard Hurzlmeier, « Neue Fraulen », Hatje Cantz, Berlin, 2018.

18/09/2018

Yannick Bonvin-Rey : une histoire de soupirs

Yannick Bonvin-Rey, "Peinture et encre", Galerie Marianne Brand, Carouge, du 20 septembre au 18 octobre 2018.

Bonvin.pngYannick Bonvin-Rey, à travers ses différentes techniques, crée des images qui ne sont pas que surfaces ou peaux. L’artiste entame une desquamation et un tatouage loin de toute posture psychologisante. L’abstraction tend moins vers le ciel que la terre.

Bonvin 2.pngLa créatrice y souffle le froid et le chaud. Le souffre n’y est plus mortel. Et si les images et les techniques sont choisies par souci d'économie sémantique, elles le sont aussi pour la rythmique qu’elles génèrent et les opérations qu’elles permettent.

 

 

Bonvin 3.pngSe méfiant des effets de décor dans lesquels ceux qui se prétendent des envoûteurs croupissent, Yannick Bonvin-Rey est à la fois plus humble et plus profonde. Elle tire des sépulcres  des formes en résurrection. Par souffles obscurs elles reviennent à la lumière en sortant des bouches d’ombres.


Jean-Paul Gavard-Perret

17/09/2018

La Chine de Christopher Anderson

Anderson 3.pngNé au Canada en 1970, Christopher Anderson a passé sa jeunesse à Abilene (Texas), avant de parcourir le monde et de vivre à Barcelone. Reconnu pour ses photos du sauvetage de réfugiés de bateaux haïtiens il rejoint le collectif Magnum. Pour explorer la Chine il n’a retenu que des portraits pour se concentrer sur l’expression du visage en « oubliant » tout arrière plan contextuel. La Chine prend corps avec eux.

 

 

Anderson 2.pngIl a saisi ses « modèles » pendant deux ans dans les rues de Shanghai la plus grande ville chinoise avec ses 24 millions d’habitants et de Shenzhen la Silicon Valley de nouvel empire. Les lumières gris-bleu et naturelles des deux cités donnent un caractère particulier à une Chine qui soudain se rapproche de nous par le choix du gros plans où ‘l’Autre » fait le jeu d’un « même » et rappellent combien les parties du monde se ressemblent.

 

Anderson.pngChaque portrait semble proche et lointain,  mystérieux et sensuel. Tel un Walker Evans mais en magicien de la couleur il semble se demander ce que cache les portraits de celles et ceux qui ne savent pas être photographiés et que seuls les nouveaux objectifs et le numérique ont permis de réaliser. Tout est à la fois précis, subtil, énigmatique. Anderson ne cherche pas de réponse mais juste à saisir un instant aussi fascinant et réel que poétique.

Christopher Anderson, «Approximate Joy», Stanley / Barker publishing, New York et exposition à la Danziger Gallery, New-York, 13 septembre - 20 octobre 2018.