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12/02/2016

Nouveaux exercices de paranoïa critique : Christine Steuli

 

 

Streuli.pngChristine Streuli,“ Hello paranoia!“, Mark Müller Gallery, Zurich, 15 janvier - 27 février 2016

 

Avec Christine Streuli les couleurs et les formes claquent dans un délire organisé et une monumentalité impressionnante. Craquements, résonnances, lyrisme tout est en rang de bataille dans le vif et le vrai. Aux modalités habituelles du goût l'artiste impose les sauts polymorphes d'un langage autonome et intime. La fécondité créatrice ne cesse de créer un monde hybride et libre. Tout remue en une telle sidération loin des annonces canoniques de la postmodernité. Un néo-symbolisme sauvage est en marche. au milieu d’un fleuve plastique qui charrie divers épisodes.

 

Streuli 2.pngCouleurs et formes s’accumulent dans un mouvement labyrinthique sans jamais étouffer le regardeur. L’art l’emporte sur sa mort annoncée : il n’en est donc pas la chronique. Au temps humain succède le temps exclusif et inouï de l’image. Existe un parfum de vie dans de tels renversements. Ils permettent saillies et béances au sein de traces bouillantes et brouillantes. Elles font se redresser certains membres avant qu’ils ne durcissent sous terre. Le renoncement : jamais.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

10/02/2016

Pornostalgie de Jean Moral

 

 

Moral BON.jpgJean Moral (1914-199) fut un précurseur. Il est un des premiers à intégrer la photo dite de charme dans la publicité. Mais au même moment il expérimente des techniques d'avant-garde photographique (double exposition, solarisations, photogrammes, angles imprévus). Le nu va faire de lui un photographe de premier plan. Les dunes et plages de Lacanau deviennent des écrins pour ses égéries. Dès 1932 il collabore au magazine « Vu », et expose la même année au « Premier Salon International de Nu Photographique ». Il est aussi photographe reporter, couvre la guerre d’Espagne pour Paris Match mais reste un des grands photographes de mode de l’entre deux guerres et après : il collabore avec Harper’s Bazaar jusqu’en 1954. L’année suivante marque le début de sa vie de peintre. Il s’installe en Suisse dans le canton de Vaud : Lausanne puis Montreux où il s’éteint.

 

Moral.jpgSes photos de nu prouvent que le genre est propre à bien des variations. Elles ne s’adressent pas seulement aux roués du souffre de la chair. Mais ce qu’on prenait encore à l’époque pour l’enfer n’est que le paradis qui a changé de nom. Dans le corps d’hamsters dames bien des maris dansent. Toutefois l’artiste rappelle que le striptease ne découvre pas uniquement ce que le voyeur attend. Moral 3.jpgMais le langage photographique tord le coup à la maladie de la spiritualité et de ses illusionnistes. Les clichés montrent de bien belles filles du monde parce que chez Moral ils sont d’une technique parfaite. Présenter une photo qu’il jugeait ratée revenait pour le créateur à renoncer au plaisir de l’art. Le rencontrer c’est faire comme Judas : retrouver des amis irréprochables.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:48 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

09/02/2016

Du Haut Rhône à la Méditerranée : Bertrand Stofleth

 

sto.jpgBertrand Stofleth, « Rhodanie – du glacier du Rhône à la mer méditerranée », Centre de la photographie, Genève, du 12 février au 29 mai 2016.

C’est à partir de la grande crue du Rhône en 2003, que la catastrophe - pas si naturelle que ça - a provoqué une réflexion sur la gestion de l'ensemble du sillon rhodanien. Divers projets se sont succédés et même projets artistiques. Entre autres celui de Bertrand Stofleth. Il a photographié le fleuve en toute sa longueur, depuis sa source jusqu'à son delta. Le photographe suggère combien il faut aller chercher chaque fois un peu plus loin le paysage à travers ses clichés. Ce dernier ne se contente plus d’être le territoire de l’illusion sur laquelle du leurre vient se poser. Par ses images Stofleth propose d’autres charges et enjeux. Le médium ne se contente plus d’exhiber des équivalences figurales, il fait surgit une autre spatialité. L’œuvre devient “ morphogénétique ” dans ses ambitions.

STO 3.jpgL’artiste y dépasse toujours le propos premier et analytique. L’approche « documentariste » se double d’une ambition « Topographics » dans le droit fil des photographes américains du genre (Mitch Epstein, Joel Sternfeld). Stofleth saisit des réalités multiples avec radicalité et parfois une forme de drôlerie : se découvrent autant l'exploitation utilitariste du fleuve (usines, ponts, etc.) que la manière dont les habitants et les touristes « canalisent » le lieu pour s’en emparer. Maître des formes et des couleurs l’artiste transforme la carène du fleuve et ne l’enlise jamais dans des piétinements visuels. L’image est une poursuite de la vie. Elle se traduit par les mouvements des formes dans ce voyage jusqu’à la mer. Une telle démarche de conquête procède de mouvements de retour et de repli mais sans la défaite comme seul gain. Restent des fastes, des tumultes et des désastres qui rôdent dans les horizons d’un fleuve qui ne se laisse jamais contourner ni investir. Tout néanmoins progresse dans une aventure paysagère autant existentielle et esthétique. Jamais amorphe le Rhône demeure le lieu des métamorphoses et des paradoxes.

 

Jean-Paul Gavard-Perret