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17/02/2016

David Hominal et les paradoxes de l’estampe

 

Hominal.jpgDavid Hominal, Musée Jenisch, Vevey, du 4 mars au 15 mai 2016.

David Hominal est un artiste interdisciplinaire (peintre, illustrateur, sculpteur, musicien entre autres). Son exposition au Musée Jenisch tourne autour de l’estampe, ses éléments, ses sources, ses diverses techniques et le prolongement de la peinture que le genre propose. L’artiste tire sa matière d’éléments personnels et ordinaires et profite de chaque commande pour approfondir les techniques de la gravure. A l’inverse de la peinture qui impose chez Hominal la rapidité d’exécution, celle-là l’oblige un travail de reprise, d’attention et de précision.

Hominal 3.jpgSes xylographies sont un modèle du genre. Au sein de lettres sorties du bois, l’artiste décline le mot « deadline » en diverses planches qui approfondissent le sens du mot, de l’image et de la métaphore que cette dernière produit. Mais la lithographie n’est pas en reste : Hominal a recyclé des pierres portant des étiquettes de vin pour sa série hommage à Billie Holiday (« Lady singing the blues ») et y proposé son chant des âmes. Quant à la sérigraphie elle offre une suite à l’abstraction géométrique dans l’esprit de l’école de Zurich.

 

Hominal 2.pngChaque œuvre joue de la complexité. Le langage s'affranchit des cloisonnements académiques et reste la conquête d’« une dimension cachée » chère à Beuys. Les divers systèmes de gravures sont moins un processus de duplication que le moyen de scruter les images dont chaque tirage est forcément différent dans l’"infra mince" où se déploient subtilité et richesse lors des passages sous la presse. Les estampes témoignent donc moins de la nostalgie que de la volonté de créer. Elles transforment des « reliques » à travers la force de l’imaginaire : il fait bouger les lignes, les objets et le monde.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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14/02/2016

Cratères et affleurements d’Anaelle Clot

 

Clot 2.jpgAnaelle Clot, « Entre les fissures », galerie Kissthedesign, Lausanne. jusqu'au 24 mars.

 

Anaelle Clot réorganise le monde pour qu’en émerge des profondeurs au dessous de son écorce. Chaque ogive de la créatrice crée des songes au sein même de paysages, de personnages et animaux propres à fomenter une féerie d’un nouveau genre. La lumière jaillit par le jeu d’un dessin parfait. Tout se passe comme si l’artiste déchirait un rideau d’apparence afin  que jaillissent des courants, des mouvements, des grouillements en des narrations drôles, imprévues, poétiques, envoutantes.

 

Clot.jpgPar le quasi monochrome des abîmes s’allument, un bestiaire s’anime.  Des fables aussi. Restent des cratères d’éruption où germent des constellations. Le ver n’est plus forcément dans le fruit. Il est sur la tête et la rend bien pleine d’humour, de vie, de splendides et subtiles digressions ou transgressions. L’éternité d’histoires inédites se convulse ou se dépose doucement comme un oiseau afin que le dessin s’envole. Au passage il ronge le mystère, maraude une vie inconnue. C’est pourquoi les corbeaux se mêlent aux esprits célestes. Au besoin l’artiste les épingle sur diverses boîtes dont la crânienne. Mais on ne sort pas du monde : il se pénètre. C’est une réussite superbe.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

La Suisse fantastique de Werner Bischof

 

Bischof.jpgWerner Bischof, "Hevetica", Coll. "Musée de l'Elysée, n°1", Musée de l'Elysée, Lausanne. Les éditions Noir sur Blanc, 2016, 158 p., 35 E..

 

 

"Helvetica" de Werner Bishof transforme la Suisse en un temple hybride au sein de temporalités revisitées. Les formes (objets, paysages, personnages) se gravent le plus souvent de manière solennelle et parfois hallucinée- ce qui n'exclut pas ça et là humour. La plénitude et la fragilité de même que la familiarité avec l’émoi demeurent présents à travers des espaces hétérogènes : abstraction, nus, travailleurs, eau, montagnes, enfants, PTT, CFF, chaussures, plantes, sports d'hiver, etc..

 

Bischof 3.jpgLes photographies captent l'esprit du pays loin des idées reçues. Surgissent l’envers, l’en-deçà, le mystère des lieux et des êtres. La lumière circule à travers leurs bordures mais aussi en dedans. L’ombre bouge selon différents filets ou rainures. Contre ce qui s’engloutit Werner Bischof impose ce qui bouge. Il éloigne le monde pour le ressaisir. Chaque photographie fascine. S’y goûte une soif autant de proximité que d’étrangeté.

 

Bischof 4.jpgLa photographie refuse l’affût de la soustraction : l’obscur devient clair. Les personnages comme les arbres ou les torrents semblent appeler le regard dans un monde sensible. Chaque image est un écart contre l’oubli. Des formes larvées, intestines apparaissent. Une inépuisable invasion se donne en partage entre sérénité et inquiétude. Bischof force le cachot des images. Et certains « paysages » nous gardent dans leurs plis d’eau. Le tellurique y aborde l’éther. La photographie devient une leçon du paysage comme de l'être Et s’il n’existe pas de délivrance il y a sa semence. Il faut que la vue et la vie sans cesse recommencent.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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