gruyeresuisse

15/03/2016

Léonore Baud : "la photographie est une absence" (Dina Vierny)

 

 

Baud 2.jpgLes photographies de Léonore Baud sont moins "du" paysage qu'un regard, une pensée, une filature à partir de la nature (Lac Lémenc), de lieux architecturaux en construction (campus de Lausanne). L'objectif est d'introduire non le mais du motif dans une langue plastique qui permet de se trouver elle même par ce qu'elle creuse.

Baud 3.jpgAux lieux premiers succèdent sa poésie qui n'a rien de forcément romantique même s'il arrive que Léonore Baud transforme la littéralité et le trivial en des espaces étranges et poétiques. Existe un franchissement de la frontière du réel au moment où tout est en suspens par l'épreuve de la météorologie comme du travail des hommes.

Baud.jpgL'affirmation de la postmodernité est liée ici à une civilisation technique, industrielle et urbaine comme aux espaces naturels montagnards et lacustres. Léonore Baud réussit à créer un langage photographique à la fois atonal mais envoûtant. Elle permet de découvrir et d’explorer l'alchimie d'une photographie capable de fixer par l'éphémère des instants parfois réalistes parfois oniriques dont le langage particulier n’offre que peu de prise à la récupération.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Fred Hunig : le privé et le publique

Fred Hunig, « Einer, zwei, drie »

 

Hunig.pngChaque photo de Fred Hunig est un mini-scenario que le regardeur doit compléter. L’artiste y interroge l’identité : autant d'une mère et de son enfant que  - antérieurement - d'une adolescente en mal de construction psychique conduite  jusqu’au suicide (« Canadian Girl »). Certaines postures peuvent laisser a priori perplexe. Néanmoins l’artiste y capte une incroyable intimité qui prend valeur universelle car chacun peut s’y reconnaître dans le cours de la vie.

Hunig 2.pngL’artiste joue parfois d’un certain baroque et d’une forme de maniérisme humoristique ou romantique dans ses prises. Il trouve son inspiration autant dans la vie que dans les mediums. Tout y joue d’un côté de « l’instantané » et de l’autre de « l’éternité » que cristallisent les prises. Un amoncellement de pensées ou d’émotions y défilent.

Hunig BON.jpgFred Hunig aime les angles et les poses qui saisissent le regardeur. Il s’interroge sur la puissance des images en ne cessant d’appuyer sur les ambiguités que les siennes induisent. L’homme et la femme leurs enfants sont là pour en suggérer et magnifier le mystère précieux et toujours fragile de le vie. Nous sommes projetés dans un univers de l'intime sans que nous sachions si nous sommes en dedans ou dehors. Le doute est toujours de mise au sein de portraits que ne renierait pas un Lynch. L’œuvre reste toujours ouverte aux interprétations dans son aspect aussi familier qu’étrange mais toujours lumineux.

Jean-Paul Gavard-Perret

07:51 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

13/03/2016

Les fugues d’Amanda Charchian

AACC.jpgLes égéries d’Amanda Charchian s’intègrent aux paysages sans pour autant s’y fondre. Elles en défont les contours codés et remettent en jeu la vie. Chaque photographie emporte la nuée des figures en un labyrinthe optique afin que le mimétisme soit mis en abîme. La femme est autant odalisque hiératique que temple d’un monde idéal sophistiqué et minéral. Non sans humour l’artiste fait tomber au fur et à mesure bien des illusions affectives. A cela une raison majeure : le goût des mises en scènes et des fantasmagories.

AACC2.jpgAmanda Charchian remplace les artifices rhétoriques afin d’en créer d'autres - décalés et opposés aux rituels constitutifs du culte de la femme conjugué par les mâles. Elle offre à l’image féminine un passage étranger en ce qui tient de la fugue : le corps reste autant lié à son départ qu’à son arrivée. Au regardeur de se frayer un chemin là où les images relient, divisent des scènes parfois étranges où le tellurique remplace l’évanescence. C’est la marque jusque là manquante du mystère.

Jean-Paul Gavard-Perret