gruyeresuisse

17/06/2016

« Out of the Blue » de Virginie Rebetez : défense et illustration

 

Rebetez 2.png« Out of the blue » est un projet conceptuel fondé sur une histoire vraie et tragique : la disparition d’une jeune américaine de 19 ans, Suzanne Gloria Lyall, qui n’a jamais été retrouvée. A partir de cet épisode factuel Viginie Rebetez a créé tout un travail de montage très particulier autour de la notion d’identité, de mort et d’absence.

Rebetez.pngRéorganisant et reprenant le matériel policier et familial la créatrice propose une forme de nouveau dossier de l’investigation. Images / textes semblent aller de pair au sein d’une enquête « filée » mais il arrive que ces éléments se télescopent. L’image photographique atteignant ses limites, la recherche du tangible et du matériel passe parfois par d’autres médiums. D’où la création d’un puzzle optique avec ses cavités apparentes dont l’artiste tente parfois de combler les manques par un recours à des interventions plastiques face à la neutralité des documents officiels.

Rebetez3.pngLa stratégie ouvre le champ à de nouvelles interprétations, de nouveaux indices et personnages. Elle accorde aussi un nouveau visage à Suzanne. Celui-ci n’est jamais clairement montré, reste une tache aveugle. L’adolescente semble vivre en dehors du cadre, entre les plis du livre, dans un monde invisible. Un seul portrait est réellement montré dans « Out of Blue » : celui « age-progressed composite », réalisé par un artiste « forensique » avec qui Virginie Rebetez a collaboré afin de donner une possible apparence à la Suzanne en 2015.

Jean Paul Gavard-Perret

Virginie Rebetez lance actuellement une campagne de financement participatif Kickstarter pour la publication de son projet. Nous nous permettons de la relayer afin que l’artiste vaudoise trouve la dernière partie des fonds nécessaires pour la réaliser :
https://www.kickstarter.com/projects/1819685745/out-of-the-blue-the-book-a-portrait-of-a-missing-g?ref=category_recommended

11:21 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

16/06/2016

Dada : de la Suisse à New-York


Dada1.jpg« Dadaglobe Reconstructed », Moma, New-York, 2016.

 

 

 

 

Dada 3.jpgAprès le Musée national suisse et le Kunsthaus de Zurich, le Moma rasssemble plus de cent œuvres créées pour la grande œuvre projetée (et jamais réalisée) de Tristan Tzara « Dadaglobe ». L’ouvrage aurait dû paraître en 1921. Mais à cause de difficultés financières, de reproduction et d’organisation l’auteur dut y renoncer. Cette superbe anthologie de documents dadaïstes montre comment le mouvement fut un catalyseur des arts. Depuis Zurich Tzara avait invité 50 artistes à lui soumettre des oeuvres selon quatre catégories : autoportraits photographiques, photographies d’art, dessins, photomontages ou collages. Les responsables du Moma ont reconstruit ce précieux volume qui ne fut jamais publié

Dada2.jpgL'artiste qui annonçait à sa manière la fin de l'Histoire prouve qu'il espérait malgré tout quelque chose de l'art même s'il n'attendait rien des autres activités humaines. L'art devait rappeler la vie d'avant le jour en de premiers et nouveaux langages qui trouvèrent là un moyen à la fois de renaître ou de s'élever face aux contrefaçons culturelles. Surgit une syntaxe primitive que le monde voulut ignorer. Elle glisse pourtant sans cesse vers le tronc de l'art aussi primitif que d’avant garde (collage, photographie, entre autres). Elle agite autant le plein de l'être que le vide de l’esthète gonflé de la graisse des poncifs plastiques. Tzara voulait par ce biais rappeler que l'infini n'est rien et que nul Dieu n'en sortira jamais.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/06/2016

Caisse Claire : Claude Tabarini

 

Tabarini 3.jpgClaude Tabarini, « Rue des Gares et autres lieux rêvés », Héros-Limite, Genève, 184p., 25,20 CHF, 18 E., 2016.

 

Celui qui, solitaire, se cache à côté de la gare de Genève en roulant ses cigarettes, reste néanmoins un arpenteur de sa ville dès qu’il quitte son capharnaüm. Comme dans la cité, « Toutes choses tombant à terre » ce n’est pas la peine de les ramasser pour en savourer la splendeur. Digne descendant de Rousseau quant à l’aspect promeneur, il évite jusque dans ces évocations de lieux rêvés l’abus de romantisme. Les excès, Tabarini les refuse à la littérature car on ne plaisante pas avec elle et il existe bien d’autres secteurs pour ça.

Tabarini.jpgD’une certaine manière son écriture tient de la photographie expressionniste et mentale. Elle saisit ce que le commun des promeneurs ignore. Celui qui est un batteur accompli et qui a fait ses preuves parfois dans l’indie-rock devant sa caisse clair et autres tomes entretient la forme ramassée là où tant d’auteurs délayent. A la mélodie, au discours l’auteur préfère la rythmique pour rassembler quelques fragments d’images au sein d’une errance aussi statique que pulsée.

Jean-Paul Gavard-Perret