gruyeresuisse

15/03/2016

Fred Hunig : le privé et le publique

Fred Hunig, « Einer, zwei, drie »

 

Hunig.pngChaque photo de Fred Hunig est un mini-scenario que le regardeur doit compléter. L’artiste y interroge l’identité : autant d'une mère et de son enfant que  - antérieurement - d'une adolescente en mal de construction psychique conduite  jusqu’au suicide (« Canadian Girl »). Certaines postures peuvent laisser a priori perplexe. Néanmoins l’artiste y capte une incroyable intimité qui prend valeur universelle car chacun peut s’y reconnaître dans le cours de la vie.

Hunig 2.pngL’artiste joue parfois d’un certain baroque et d’une forme de maniérisme humoristique ou romantique dans ses prises. Il trouve son inspiration autant dans la vie que dans les mediums. Tout y joue d’un côté de « l’instantané » et de l’autre de « l’éternité » que cristallisent les prises. Un amoncellement de pensées ou d’émotions y défilent.

Hunig BON.jpgFred Hunig aime les angles et les poses qui saisissent le regardeur. Il s’interroge sur la puissance des images en ne cessant d’appuyer sur les ambiguités que les siennes induisent. L’homme et la femme leurs enfants sont là pour en suggérer et magnifier le mystère précieux et toujours fragile de le vie. Nous sommes projetés dans un univers de l'intime sans que nous sachions si nous sommes en dedans ou dehors. Le doute est toujours de mise au sein de portraits que ne renierait pas un Lynch. L’œuvre reste toujours ouverte aux interprétations dans son aspect aussi familier qu’étrange mais toujours lumineux.

Jean-Paul Gavard-Perret

07:51 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

13/03/2016

Les fugues d’Amanda Charchian

AACC.jpgLes égéries d’Amanda Charchian s’intègrent aux paysages sans pour autant s’y fondre. Elles en défont les contours codés et remettent en jeu la vie. Chaque photographie emporte la nuée des figures en un labyrinthe optique afin que le mimétisme soit mis en abîme. La femme est autant odalisque hiératique que temple d’un monde idéal sophistiqué et minéral. Non sans humour l’artiste fait tomber au fur et à mesure bien des illusions affectives. A cela une raison majeure : le goût des mises en scènes et des fantasmagories.

AACC2.jpgAmanda Charchian remplace les artifices rhétoriques afin d’en créer d'autres - décalés et opposés aux rituels constitutifs du culte de la femme conjugué par les mâles. Elle offre à l’image féminine un passage étranger en ce qui tient de la fugue : le corps reste autant lié à son départ qu’à son arrivée. Au regardeur de se frayer un chemin là où les images relient, divisent des scènes parfois étranges où le tellurique remplace l’évanescence. C’est la marque jusque là manquante du mystère.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

 

12/03/2016

Maya Zeller : passacailles



AAZeller.pngMaya Zeller, « Station Show », Lausanne, 29 février - 17 avril 2016.

Le travail de Maya Zeller donne le beau rôle à l’intelligence comme à l’émotion. L’artiste invente une légèreté qui détache les apparences. Existe un retour à une forme de simplicité où en filigrane se retrouve un sensibilité en fragrances. Tout est subtil dans les jeux que l’artiste propose au sein de ses projets "poétiques". La créatrice repose la question récurrente : l’idée que l’on se fait du monde est-elle la bonne ? Maya Zeller y répond sobrement mais de manière complexe en mêlant figuration et une forme d’ « abstraction » ou de stylisation.

AAZeller 2.pngL’art n’est plus un objet : c’est la vie. Il la pénètre mais avec douceur et couleurs. Le paysage semble se modifier de l’intérieur, comme si l’artiste le piratait dans un geste salvateur pour qu’on sache le voir. Elle rend à l’art ce qui lui appartient : de la légèreté apparente. Mais s’y grattent les couches de faux-semblants. Sous couverture d’imbroglio le travail de la créatrice de Vevey est un symbole de la simplicité retrouvée afin de réinventer la réalité à la façon d’un magicienne. Elle dévoile ses secrets.

Jean-Paul Gavard-Perret