gruyeresuisse

28/06/2016

Sécessions du portrait : Felipe Alonso

 

Alonso.jpgParfait iconoclaste Felipe Alonso se bat avec le tableau pour qu’en jaillisse un théâtre particulier. Tel un Rustin - mais plus enclin aux hybridations – il donne au portrait humain ou animalier une perspective sidérante autant par effet de matière que de pose. Chaque œuvre (en particulier ses peintures) crée une lumière étrange sur des morceaux de corps. Une convulsion implicite mêle l’horreur à l’extase. Un mystère en jaillit entre éros et thanatos. Les fragments épars et les hybridations construisent un ensemble cohérent mais énigmatique. De lèvres ouvertes jaillissent des « déjections » qui rapprochent l’artiste d’un Goya.

Alonso 3.jpgDes masses lourdes flottent, pareilles à ce qu’il y a paradoxalement de plus léger. L'oeuvre « dit » l’angoisse, l’attente. Elle se fiche des débats actuels et théoriques sur la représentation et montre ce qui se passe « lorsque les mots vous lâchent (Beckett). Là la seule voie loin de toute censure. Alonso peint contre la fixité.. La peinture «oublie» son projet, l’efface selon des perspectives profondes pour que la réalité soit plus sourde. Entre fixité et errance, la trace dans l’espace réduit du tableau fait que quelque chose de neuf se passe et passe

Jean-Paul Gavard-Perret

27/06/2016

Ben à Montélimar : de Nostradamus au Cluedo

 

Ben.jpgBen, "Je suis ce que je suis", Musée d'art contemporain Saint Martin, Montélimar, 25 juin - 31décembre 2016.

C'est depuis un camping que Ben a préparé son exposition au pays du nougat. Et qu'importe si ceux qui n'incitent ne comprennent pas son discours occitan : il se sent bien parmi ses pièces choisis dans les Fracs et bien encadrées pour cet exposition (elle jouxte celle des Halbert et leur machine à rire).

Pour celle-ci Ben a écrit un petit texte assez pessimiste puis est allé visiter L’Emmaüs de Montélimar "pas aussi fou que celui de Nice où Jai trouvé pour 45 euros le lit de Duchamp Et deux draps pour 10 euros". Ben est fier d'exposer dans cette ville son œuvre « je pédale dans la semoule » dont le responsable de l'expo est chargé de fournir la matière première. Sous l'excitation et au delà des postures Ben reste celui qui doute et reste en éveil face à la muraille des satisfécits où le chasseur d'image peut devenir lapin.

Dans ce qu'il nomme "le marécage de l’art" il se sent "grenouille de Dutronc qui croasse : et moi et moi et moi". Ce qui ne l'empêche pas de poursuivre son marathon plastique. Pour permettre à son art de se poursuivre il fait la liste des femmes qu'il aimerait peindre nues même si ajoute-t-il "les petits vieux comme moi n’ont pas le droit de se faire des illusions". Mais tout en caressant le songe d'être plus dans les bras d'une égérie de Maillol que de Renoir. Preuve que tous les goûts sont dans la nature (de l'art).

Jean-Paul Gavard-Perret

26/06/2016

Dominique Marie Dejean : les émaux de la faim

 

AAAAD2.jpgL’érotisme habille plus qu’il ne déshabille. Mais pas de la « bonne » façon. Dominique Marie Dejean le sait : elle le cultive au sein de la sophistication et dans un humour que nécessite tout jeu surtout lorsqu’il est voluptueux et dangereux. La langue (plastique ou poétique) pointe entre les lèvres qui conservent la chaleur du foyer. Le corps sort de sa solitude même si parfois il est seul à l’image comme dans le cadre du texte.

AAAAD4.jpgDominique Marie Dejean rappelle de facto que certains mots ne s’écrivent pas vraiment et que les jardins des délices doivent rester invisibles - du moins en leur totalité. Les deux approches mettent en l’état d’écoute. Ils parlent à notre place car ils savent ce que nous ignorons et que nous sommes là réduits à l’état de voyeur donc de souris avec laquelle celle qui se nomme aussi Myss Do joue les chattes perverses.

AAAAD5.jpgTout son travail crée le court-circuit du mental. Mais en partie seulement : car les histoires de l’Eros passent par la tête. Les mots y deviennent images et les images mots sourds. Ils n’ajoutent rien mais ne retranchent pas plus de l’affolement que la créatrice propose. Ses nouvelles feignent de garder le secret du féminin intact mais afin que les certitudes d'un mâle réduit à l’état de bois flotté s’y lézardent.

Dominique Marie Dejean , « Emois et volupté », Les presses Littéraires, 12 E.
Voir : Site Myssdo.

Jean-Paul Gavard-Perret