gruyeresuisse

28/06/2018

Nostalgia : Elger Esser

Esser.jpgA sa manière Elger Esser est un « peintre »paysagiste. Fasciné par des cartes postales vintage qui saisissent des lieux « au milieu de nulle part » comme il l’écrit, il poursuit cette même ambition en saisissant des paysages campagnards largement imprégnés de présences aquatiques (lac, mer, fleuve) où la palette du photographe transforme le réel en rêverie non sans références à Monet ou Proust et en passant du réalisme à un impressionnisme particulier.

Esser 2.jpgSans perdre les références véristes du réel, Elger Esser leur donne une vision afin que de l'œil au regard s'instruise un glissement. Le photographe fissure énigmatiquement les certitudes acquises de la contemplation fétichiste ou de la possession carnassière des apparences.

Esser 3.jpgPour faire « parler » la campagne, Esser sélectionne un mode de regard qui à la fois répond et devance les aspirations d’une époque influencée par un retour à la nature en ses variations lumineuses. Le photographe les révise et soudain le royaume du réel se gonfle de multiples facettes parfois presque improbables mais bien réelles quoique poétiques. Preuve que la poésie n’est pas « la privation du réel » dont parlait Minkowski.

Jean-Paul Gavard-Perret

(L'artiste expose actuellement à la Rose Gallery de Los Angeles)

 

 

Viviane Sassen : phasmes et fastes

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Viviane Sassen ouvre la photographie par ses montages, démontages et parfois collages. Au réalisme fait place un surréalisme « paysager ». Un genou de femme devient totem chez celle qui traverse le monde non en reporter mais pour donner accès à une autre vision ou apparition.

 

 

 

Sassen 3.pngUne telle ouverture reste par essence paradoxale puisqu'au moment où la photographie découvre elle induit (et enduit) "une dissimulation". Mais c'est à travers elle que l’artiste hollandaise donne accès - par exemple avec l’ensemble « Hot Mirror » - à l'envers du monde, à ce qui en lui est la région de la dissemblance.

 

 

Sassen 2.jpgNéanmoins, en leurs écarts, de telles images nous regardent et touchent sans que nous en saisissions les tenants et les aboutissants. Cela tient du rêve plus que du cauchemar même si certains linceuls inquiètent. S’y tisse en secret l'ombre de l'ombre. Fidèle à de telles images nous pouvons parfois nous estimer coupables de fautes énormes que nous n'avons pas commises. Sans doute parce que la photographie - dans ses fragmentations et ses déplacements - nous laisse orphelin autrement an cachant des destins qui restent des énigmes.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/06/2018

Claude Nori : Capri c'est pas fini

Nori Bon.jpg"Contrejour" réédite l'album de délice et de sensualité "Vacances en Italie » (épuisé depuis 30 ans mais enrichi d’inédits) de Claude Nori enrichi. L’artiste a photographié depuis 19882 Capri, Naples, Portofino, San Remo, Stromboli, Viareggio qui furent autant de décors de films que de vacances. Là comme ailleurs les Italiens ont su créer une dolce vita où les jeunes femmes font assauts de leurs charmes et les jeunes hommes montent à l’abordage.

Nori.jpgPlusieurs photographies rappellent des films de Dino Risi ("Le fanfaron"), d’Antonioni "(L’Avventura)", Zurlini ou encore des « Vacances romaines » plus américaines. Certes celles que Nori photographie ne sont pas toutes des Monica Vitti ou Claudia Cardinale. Et les hommes rarement des Vittorio Gassman ou des Marcello Mastroianni .La beauté est plus approximative et canaille.

Nori 2.jpgMais c’est ce qui fait le charme de couples provisoires pris devant des arrières plans jamais anodins. En noir et blanc ou en couleur, le photographe offre son propre cinéma néoréalisme ou en cinémascope. Il joue les observateurs amusés (mais pas que) à une époque où il était possible de photographier la rue à la volée et où les selfies n’étaient pas de mise au sein d’un auto-contentement organisé.

Jean-Paul Gavard-Perret