gruyeresuisse

08/04/2016

Celle qui n’a pas osé écrire à Dieu : entretien avec l’artiste lausannoise d'adoption Roxana Casareski

 

Casareski.jpgRoxana Casareski, Aperti Lausanne, 16-17 avril 2016.

Roxana Casareski demeure une irrégulière de la peinture : elle préfère sa liberté aux lois de l’esthétique et du marché. Sans cesse l'œuvre se libère de ses propres rets et limites. L’artiste renonce à son savoir faire afin d'évoluer ; la sauvagerie et les errements du trait demeure tant pour évoquer un anéantissement qu’une reprise vers une harmonie poétique. A ce titre elle dépasse largement les toussotements surréalistes qui trop souvent n'ont donné que des leurres d'espérance en ne dupliquant que du même sous de faux algorithmes picturaux.

 

Casareski 3.jpgQu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Savoir que les couleurs et les pinceaux m'attendent.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ? J'essaie de les réaliser.
A quoi avez-vous renoncé ? A rien... ou je suis trop optimiste.
D’où venez-vous ? D'un quartier de la banlieue de Buenos Aires.
Qu'avez-vous reçu en dot ? L'amour.
Un petit plaisir - quotidien ou non ? M'asseoir par terre dans mon atelier devant une toile.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Chaque artiste est différente... heureusement.
Quelle est la première image qui vous interpella ? Etant enfant, les murs craquelés par l'humidité de ma chambre créant des dessins.
Et votre première lecture ? Zarathoustra de Nietzche.
Comment définiriez-vous votre approche de la peinture ? Charnelle.
Quelles musiques écoutez-vous ? Rock, Jazz, pop, blues.
Quel est le livre que vous aimez relire ? « Les lettres de Théo à son frère ».
Quel film vous fait pleurer ? « Les Ponts de Madison ».
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Une femme.
A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? A Dieu.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Certain bars.
Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ? Difficile à dire, mais je me sens proche de l'art asiatique de plus en plus. Sinon c'est l'utilisation de la couleur que me fascine de certains artistes. Baudelaire pour les écrivains entre autres.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Des caresses, de l'amour ...
Que défendez-vous ? Le droit à être libre.
Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Elle est forte et dure en même temps.
Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" Woody... un poète urbain.
Quelle question ai-je oublié de vous poser ? Aucune.


Interview et présentation : Jean-Paul Gavard-Perret, le 8 avril 2016.

07/04/2016

Patricia Laguerre : exil et royaume

Laguerre 5.jpgL’exposition de Patricia Laguerre « Arbo'ville » se poursuit au musée du jardin botanique de Lausanne jusqu'au 24 avril 2016.

 

Les photographies de Patricia Laguerre gardent avant tout une force poétique Impossible de ne pas entrer en leur vibration en rebondissant sur la "peau" des écorces des arbres sur la lèpre de façades. A leurs effractions les arbres répondent. Patricia Laguerre a photographié leurs reflets, comme autant de masques ou de révélateurs d’une portion citadine. L’arbre n’est plus un corps lointain et solitaire dont l’être urbain serait séparé. Parfois il devient une silhouette géante parmi celles des lilliputiens citadins. Mais dans tous les cas son injonction silencieuse est un recours et c’est là un beau paradoxe.

Laguerre 4.jpgAutour de l’arbre louvoie toujours une forme de volupté. Et ce même ou surtout dans les villes. Lausanne ne déroge pas à la règle. Preuve que la photographe - comme elle le propose depuis 25 ans - est toujours concentrée sur le lien qui unit nature et urbanisme. L’arbre devient l’assurance baudelairienne « que le cœur d’une ville change moins vite que celui d’un mortel ». Si la trivialité positive de la première n’est pas forcément sauvée par le second, l’arbre devient l’agent d’union. Son élan vital est un refuge lorsque la ville comme ses habitants ont besoin d’assistance respiratoire pour tenir debout.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/04/2016

Caisse claire : Sawada

 

Sawada.jpgSawada, "Snare Drum Solo" en concert, Mardi 12 Avril 2016, Humus, Lausanne

Morihide Sawada est un musicien japonais: depuis 1980 il joue ses propres œuvres. Prenant la caisse claire pour glaive avec « Snare Drum Solo » il garde une âme de chevalier. Reste toujours en lui la soif de l’Aventure. Il loge l’air sous la peau d’une seule caisse pour nous séparer de notre propre pensée : la nuée se change en particules. Anges et démons ne se suffisent plus : l’artiste n’a pas besoin d’en rouler les cargaisons.

Il a d’abord étudié l’électronique à l’université avant de devenir éditeur d’un magazine de rock progressif. Après avoir travaillé comme ingénieur du son et batteur dans plusieurs groupes de rock psychédélique (dont « Marble Sheep ») il est parti en solo pour un grand tour du monde afin de présenter depuis septembre 2011 sa performance "snare drum solo».

Sawada 2.jpgSeul derrière sa caisse claire il propose en acoustique un voyage étrange. Très charpenté cette dérive laisse néanmoins place à l’improvisation. L’œuvre en perpétuel « in progress » est imbibée des traditions japonaises et africaines mais tout autant du minimalisme (Steve Reich par exemple). Surgissent des rythmes primitifs mais des approches savantes et aussi des couleurs « ambient » et minimal-techno

L’ésotérisme n’est jamais loin. Se franchit le seuil des sons connus par oscillations, révolutions et bulles. L’œuvre devient une mémoire jupitérienne : ce qui est caché en diverses cultures prend une fraîcheur nouvelle et une allégresse. L’artiste sépare et unit. Sépare pour réunir en une musique des formes et des couleurs : elles sont tenues presque comme si elles ne voulaient pas être lâchées tant une histoire veut remonter. A l’inverse dans un nuage d’ictus et de frappes elles deviennent très fortes : leur intensité accapare, déborde.

Jean-Paul Gavard-Perret