gruyeresuisse

13/11/2017

Marcel Imsand et les accords parfaits

Imsand 2.jpgLe grand photographe suisse est décédé samedi . Il laisse une œuvre majeure constituée de milliers d’images, surtout des portraits où sont rassemblés les témoins du XXème siècles, célèbres ou inconnus. Autodidacte il s’est tourné tard vers la photographie à la recherche des visages des êtres humains. Ses séries portent souvent des prénoms : « Luigi, Paul, Clémence ». Manière de pénétrer le quotidien le plus humble tout en le transformant entre réalité et fiction.

Imsand 3.jpgNé en 1929, il sut toucher juste, trouver la parcelle d’éternité en chacun de ses portraits. La photographie invente avec lui un lieu où le visage se creuse habité de signes que d’autres n’ont pas su retenir. En évitant tout pittoresque ou virtuosité il a su reconstruire des émotions sans chercher à combler l’écart entre les choses et l’absolu :ce dernier n’existe pas. Sauf peut-être lorsque la photo est bonne.

Imsand.jpgSes portraits d’anonymes ou vedettes (Barbara, Maurice Béjart, Duke Ellington) mais aussi de paysages ou d’œuvres d’art (sa photo d’une sculpture de Rodin pour la fondation Gianadda devint un best-sellers) marquent son époque. Chaque œuvre d’Imsand déclenche un cinéma intérieur. Elle vient féconder en nous une germination latente, une vaporisation dont le tissu se métamorphose en gaze qui fait de chaque prise du « temps à l’état pur » (Proust)

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

12:00 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

12/11/2017

Dire Le corps : Mounir Fatmi

Fatmi BON.pngMounir Fatmi, « Union (im)possible », Galerie Analix Forever, Genève, jusqu’au 8 décembre 2017.

Dire ou montrer le corps c’est pour Mounir Fatmi encore ne rien affirmer, c’est poser des taches de postiches sur de l’obscur. Pour le faire éprouver et qu’il soit entaillé par l’image comme il faut un chemin de côté fait d’énergies renversée. L’artiste marocain est sensible à tout ce qui est l’être humain et ses blessures pour les transformer « Sans anesthésie, les nerfs à vifs. L’artiste cherche à instiller l’espoir d’un regard sensible sur la destruction perpétuelle, la mort, la disparition » écrit Barbara Polla.

Fatmi.pngFilmant la destruction des barres et des tours, le corps urbain il ouvrit les chambres à coucher où l’intimité des corps se pensait protégée. Il poursuit sa critique du monde par le reportage comme par la fiction à travers une « fantomachie » de l’amour ou ce qui lui ressemble. L’artiste ose les renversements des données du poétique et du visuel. L’image devient tout sauf l’infirmière impeccable de nos identités.

Fatmi bon 3.jpgFatmi ne cesse d’aller là où le « ça » travaille le plus laissant même aux yeux leurs couleurs, laissant à ce qui voit d’être vu. L’œuvre montre ce qui est à la fois proche et si étrange : l’implicite de l’inconscient aussi individuel que collectif. D’autant que les suites d’images mêlent divers types de sensations. Il reste à ce titre un « lanceur d’alertes » afin que la maison de l’être demeure habitable. Sur ce qu’il insémine, il y a des seuils qui signalent des voies de passages (possibles ou non) avec la volonté de résumer le visible et de secouer les idéologues sous lesquelles nous vivons.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/11/2017

Gentrification sonore de la matière : Andrea Borghi

Borghi.jpgAndrea Borghi, « Discomateria », dispositif électroacoustique - disques - matériaux. Librairie Humus, Lausanne, Samedi 18 novembre

Borghi 2.jpgLa musique généralement creuse le présent, l’altère par le choc ou la caresse qu’elle propose. C’est une rencontre mystérieuse dont seule la fréquentation assidue donne les clés. Sa réception subjective construit notre musique intérieure. Mais il existe aussi d’autres altérations sonores où notre silence sans fond est rayé par un aspect intempestif. Andrea Borghi, compositeur de musique électroacoustique et enseignant en arts basé en Toscane, expérimente la nappe sonore, dans sa série "Discomateria", à travers des surfaces (plastique, métal, verre, marbre) rendues audibles grâce à un traitement électroacoustique via une platine qu’il a construit.

Borghi 3.jpgDes copeaux narratifs sonores deviennent l’oxygène de la musique qui échappe de la matière tout en en sortant. Elle fait espérer une essence surnaturelle par des plongeons au fond d’un réel qui remonte en ondes. Preuve que le plus abstrait des arts peut passer par divers matériaux en tant que générateurs de sons. En plus d'une oeuvre sonore il en résulte aussi une oeuvre graphique et plastique. La carapace intellectuelle éclate pour laisser à vif une sonnaille de perles. La musique reste un combat avec l’impossible. Elle est déstabilisation. Chez Andrea Borghi rien n’est jamais figé. Tout dans son travail est prolongation et recommencement.

Jean-Paul Gavard-Perret