gruyeresuisse

31/07/2016

Bruno Walpoth et la condition humaine


AAAAWALPOTH.jpegBruno Walpoth crée des sculptures d’humains en bois. Leur réalisme est surprenant. On en oublie parfois la matière lorsque le sculpteur utilise la peinture semi-translucide pour faire porter l'attention à un hyperréalisme particulier. Peu à peu l’artiste brouille les cartes du genre et de son hérésie fidèle au désir de ne rien négliger ce qui peut contribuer à le discréditer.

 

 

 

 

 

AAAAWalpoth3.jpegLa sculpture sur bois s’éloigne de la dimension artisanale. Les êtres semblent seuls au monde. Chacun semble perdu n’en comprenant ni la moitié, ni le quart. La statuaire devient déconcertante par sa force non à retracer le corps mais à faire ressentir la profondeur de l’être avant que, de bois, il retourne en cendres.

 

 

 

 

 

 

 

AAAAWALPOTH1.jpgIl semble une nature morte dont surgit un abîme là où néanmoins un érotisme demeure présent même s’il égare toute signification possible, et ne rassemble plus les êtres. Réduits au silence ils sont proches de ce qu’émettait Beckett dans « Esquisses radiophoniques» «: D'accord, la respiration, je ne sais pas..." Ne serait-ce pas là une ultime hypothèse ou  un ultime traquenard tendu par Walpoth afin de laisser croire à un semblant d'existence mais qui ramène l’être à la simple condition d’être « ça » ?


Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

14:05 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

30/07/2016

Felice Varini : machine à voir


Varini 2.jpgFelice Varini, « À ciel ouvert », MAMO, Centre d'art de la Cité Radieuse, Marseille, du 7 juillet u 2 octobre 2016.

Partant du réel Felice Varini transforme la peinture en un spatialisme. Son possible devient vrai dans la réalité. Les partitions indépendantes du créateur suisse ouvrent à une connaissance loin des effets de description par « incrustations » spatiales. Fidèle au Corbusier selon lequel "la maison est une machine à habiter", Varini fait de la peinture une "machine à voir".

Varini 3.jpgPar delà l'imagination et l'entendement l'artiste offre un concevable physique comme une métaphysique. Ecartant les lois duales de l'abstraction et de la figuration surgit un géométrisme conceptuel. Il introduit dans le monde des perceptions des intuitions formelles capables de déplacer le regard.

Varini.jpgLa peinture devient le fruit de la découverte empirique et de la réflexion. Elle crée un langage soumis à ses propres logiques. Son "apesanteur" répond à la lourdeur du monde qu'elle réoriente, reconstruit dans une vision communicable à qui ne passe pas outre ou ne se contente pas d'un regard distrait, réductionniste, chercheur de consensus normatif hâtif. Soudain le têtard distrait devient grenouille contemplative.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/07/2016

Jacqueline Veuve la vagabonde

 

veuve.pngSensible aux choses de la vie, reconnue très tôt par Jean Rouch, la Vaudoise (installée à Payerne) Jacqueline Veuve a redonné de la Suisse une vision ouverte. Sans doute parce que la documentariste était elle-même sensibles= aux diverses cultures rhizomatiques - ouvrières ou bourgeoises - du pays « objets » implicites de son œuvre .

veuve3.pngElle a créé plus de 60 films. Ils interrogent souvent les exploités - loin de toute idéologie ou engagement fléché. La documentariste est sensible à la vie telle qu’elle est. Remplaçant les ethnologues trop bavards elle a su filmer son pays : « être Suisse n’est pas simple, c’est même assez lourd » dit-elle mais, face à un ostracisme diffus (façon « coucou et chocolat »), elle montre un terroir éloigné du paradis comme de l’enfer. Elle exclut le «spectaculaire» au profit de l’évocation de communautés locales dont la culture disparaît. L’empathie est toujours là. Fidèle à Rouch, Jacqueline Veuve ne démontre jamais : elle montre.

veuve 2.pngPartant d’enquêtes de terrain elle y revient pour construire avec précision maniaque et obsession chaque film. Le rythme lent crée une poésie contemplative pleined’émotions, de sensualité. Souvent productrice de ses réalisations elle préserve sa liberté de choix et reste - tout en s’en défendant - une réalisatrice féministe. Elle a ouvert bien des voies même si elle fut exclu du « nouveau cinéma suisse » tant lui fut reproché son « apolitisme » - il l’a soustraite toutefois à bien des errances.

Jean-Paul Gavard-Perret