gruyeresuisse

27/08/2016

Teddy Bear, clés et toupies d’Annina Roescheisen



Annina.pngAnnina Roescheisen a étudié l’histoire de l’art et la philosophie politique avant de travailler chez Sotheby’s comme spécialiste de l’art médiéval. Puis elle est partie à Paris. Elle devient d’abord agent d’artistes, ne cesse d’écrire sur l’art puis se met progressivement à créer en intégrant différents champ en devenant ce qu’elle nomme une « artiste multimédia». Son engagement - même s’il n’est pas directement perceptible – impose un point de vue sur le monde, sur la femme en intégrant différents univers (mode, photo, vidéo, sculpture, performance) et en travaillant sur des mots plus que jamais « clés »/ Fidèle aux enseignements plastiques du Moyen-âge (Bosch entre autre) l’artiste invente un langage où la sophistication est au service de la simplicité – ce qui reste toujours le plus difficile.

Annina 3.pngL’artiste est souvent sujet et objet de ses œuvres. Elle se situe des deux côtés de ses focales en utilisant aussi des objets fétiches dont la clé ou la toupie. Utilisée pour son caractère minimaliste, ludique et incertain elle symbolise pour Annina Roescheisen le sens autant de la vie que d’un destin qu’une main extérieure pourrait remettre en route. Fidèle en ce sens aux artistes médiévaux l’artiste n’est pas indifférente aux explorateurs contemporains. De Matthew Barney et Marina Abramovic à l’artiste japonais Nara et ses poupées « fêlées » ou encore Isa Barbier et son univers minimaliste. Mais la créatrice n’est pas insensible aux arts flashy et colorés et transgressifs.

Annina2.pngElle les pratique entre autre avec sa série de « Pietà » où le Christ est remplacé par un ours en peluche et Marie par l’artiste elle-même. Preuve que l’enfant en elle reste toujours vivant et que la Vierge n’est pas forcément une sainte…L’artiste affectionne l’humour et le décalage. Ces ingrédients lui permettent de regarder comme il faut : elle n’a pas tord. Poursuivant de nouvelles pistes elle cultive d’autres folies qui ne sont jamais propices aux arrêts et aux embaumements. L’art reste pour elle une fleur carnivore aux végétations variables.

Jean-Paul Gavard-Perret

  “A Love Story”, (IFFPIE), Jakarta (Indonésie),19 -30 septembre 201, “The Exit Fairytale of Suicide”, “Freunde fürs Leben”n Soho House, Berlin (Germany)n 28 septembre 2016 puis NYU University NYC at School au Social and Cultural Analysis, octobre 2016.

 

26/08/2016

Arsène Houssaye : porc épique


houssaye.jpgArsène Houssaye, « La vie rustique », Les Pives, Paulette Editrice, Lausanne, 2016 .

C’est à Arsène Houssaye que Baudelaire a dédicacé les poèmes en prose du « Spleen de Paris ». Dans sa dédicace il écrit : « Mon cher ami, je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu'il n'a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue ». Ce qui est tout autant le cas de « La vie rustique » puisque le livre est consacré au cochon et la « tortueuse fantaisie » de morceaux qui prouvent combien tout est bon dans le cochon.


Houssaye2.jpgCelui qui était fils d’agriculteurs et connut une vie de patachon avant de recevoir honneurs et gloire (administrateur de la Comédie-Française, directeur de revues) est un auteur qui osa bien des genres et des fantaisies dont cette appétissante « vie rustique ». A ceux qui prétendent que le cochon est sans cause et sans pourquoi, l’auteur propose un démenti aux poils. Tel le soldat inconnu - à peine choisi et bientôt oublié de tous - le porc offre son songe qui ne manque pas de petit salé. Il convient de vaquer dans ses auges et de s’éloigner avec lui de la prétendue pureté dont s'oignent les littératures. Houssaye par la bête arrache à l'erreur mystique des Narcisses mélancoliques qui hantent les lettres. Son langage, aujourd'hui encore, renvoie à l'affolement dont il sortit. Le cochon rappelle que ce qu'on nomme l'humanisme est souvent loin des hommes qui livrent facilement la bête aux abattoirs. Le livre permet en conséquence de quitter le rêve de l'idéalité - la seconde annihilant  toujours le premier.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/08/2016

Dada témoignage : Friedrich Glauser & Hannes Binder



Dada2.pngFriedrich Glauser - Hannes Binder, « Dada » , traduit de l'allemand par Lionel Felchlin, Editions d’en bas, Lausanne, 64 p., 10 CHF, 2016

Friedrich Glauser et Hannes Binder ne sont pas de la même génération ; la mort du premier précède de dix ans la naissance du second qui affirme néanmoins au sujet du premier qu’il reste « un compagnon à vie.» Pendant deux décennies le Zurichois a illustré les textes de Glauser et en particulier son personnage fétiche : l’inspecteur berlinois Studer dont les aventures policières ont été réunies en un volume conséquent traduit de l’allemand aux Editions d’En Bas.

Dada.pngGlauser quoique né en Autriche et mort en Italie est Suisse. Un Suisse marginal. Ancien de la Légion étrangère il a passé beaucoup de temps en prison militaire et dans les hôpitaux psychiatriques pour son addiction à la morphine. Fasciné par l’auteur Binder fut sollicité par les Editions Limmat Verlag pour réaliser les couvertures de six romans de Glauser. Et peu à peu le dessinateur a « imagé » l’œuvre. D’abord « Le Chinois » transformée en bande dessinée. L’artiste travaille selon une technique particulière : en négatif, au moyen de la carte à gratter. Il a donné une image rémanente à Jakob Studer, grand buveur de schnaps, bedonnant, moustachu, perspicace, persévérant et grand pratiquant d’une diplomatie implicite.

Dada3.pngAu moment où est fêté les 100 ans du mouvement Dada fondé au Cabaret Voltaire, le texte « Dada » est un extrait du livre « Glauser » de Hannes Binder publié́ en 2015 chez le même éditeur. Friedrich Glauser évoque les souvenirs des premières manifestations du mouvement. C’est l’époque où le futur auteur interrompt ses études de chimie et fait la connaissance de Tristan Tzara. Sans être lui-même membre fondateur du groupe, il participe à presque toutes ses soirées. Il lit ses propres textes ou ceux d’autres auteurs. Devenu ami de Hugo Ball et de Emmy Jennings, il les accompagne en juin 1917 au Tessin pour échapper à son père et aux autorités qui veulent l’interner dans une maison de santé avant que les amitiés s’effilochent. Ce texte reste un témoignage de première main du mouvement d’avant-garde le plus important du XXème siècle. Il prouve comment l'art devait rappeler la vie d'avant le jour en de nouveaux langages qui trouvèrent là un moyen à la fois de renaître ou de s'élever face aux contre façons culturelles et aux maladies de l’idéalité.

Jean-Paul Gavard-Perret