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25/05/2016

Les implosions de Vincent Kohler

 

Kohler.jpgFabienne Radi et Vincent Kohler, « Préau », collège du Censuy, Renens. Vincent Kohler, « Pavillon Tribschenhorn », Lucerne, 27-29 mars 2016.

 

En solo ou avec Fabienne Radi, Vincent Kohler ouvre un Imaginaire de conquête très particulier : il n'est pas contaminable par ses objets. L’œuvre crée une consistance sans consistance. Elle prend une forme parfois par ensevelissement ou simple trace. Dans le préau du collège du Censuy à Renens des mots peints au sol s’entrecroisent pour former un labyrinthe : les élèves déambulent à travers onomatopées, palindromes et mots à sonorités répétées. A Lucerne l’œuvre reste volontairement « en cours » et signifie par le vide qu’elle ouvre.

Kohler 2.jpgElèves d’un côté, visiteurs de l’autre trouvent là un détachement suprême de ce « semblant » d'œuvre qui répond au semblant de monde mais dans un contresens de l'acception ordinaire du "chaotique", dont l'ordre fluctue sans cesse et dont le désordre est jamais imaginable. Le langage n'est plus seulement une langue étrangère dans la langue mais tout le langage passe dans une œuvre qui reste une fugue en devenir.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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24/05/2016

Claude Luezior : le moi et ses étreintes

 

AAALUEZIO.jpgClaude Luezior, « Ces douleurs mises à feu », Coll. Florilège, Editions Les Presses Littéraires, 56 p., 10 E..


Le Fribourgeois Claude Luezior sait que ce qui se passe dans le domaine de l’écriture est dénué de valeur si cela reste “ esthétique ”, anodin. L’écriture n’existe que si joue en elle sinon une menace du moins une angoisse. Elle confère une réalité humaine à la poésie et lui évite de tomber dans les grâces vaines de ballerine.

Luezior sait que toute vie étant un naufrage, il faut pourtant faire avec l’écume des vagues qui prélude à son arrivée et tenir tant que faire se peut. Et lorsqu’on est encore sur la terre et sa forêt plus ou moins vierge, « traquer ses serpents, survivre aux morsures ».

AAALUEZIO 2.jpgLe poète ne nous donne plus de quoi « nous défiler » devant le péril de la traversée. Mais, d’une certaine manière, c’est rassurant. S’y inscrivent des gerbes divergentes en une proximité communicante - presque communiante. Nous en devenons partie prenante. Dans les méandres du dehors et du dedans, le livre signale le passage de la jouissance à la souffrance. Captif de ses forces et de ses faiblesses, « heureusement » (si l’on peut dire) l’être est inconséquent, il « absorbe sa honte » et sait au besoin remettre à demain sa dignité…

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Dessin de l'auteur par Jeanne Champel-Grenier.

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22/05/2016

Métamorphoses des poncifs paysagers –-Sarah Hildebrand


Hildebrand.pngSarah Hildebrand, « Murmures », photographies & nouvelles, 44 pages, Mai 2016, « L'éloge du vide », Mali Genest, Sarah Hildebrand & Silvia Niederhäusern, 29 mai -26 juin 2016, Ferme de la Chapelle, Grand-Lancy

 

Hildebrand 2.pngSarah Hildebrand permet d’atteindre ou de pénétrer ce qu’il en est du paysage et de son "creux". La simplicité préside à la sophistication. Mais l'inverse est vrai aussi. Par moments provocatrice (toujours subtilement et de manière aporique) l'artiste sacralise le paysage tout en lui conférant un caractère quasiment nul et non avenu. Et ce en un désir de l’approcher au plus près avec humour implicite. Sarah Hildebrand aime en effet faire œuvre de discrétion et d’impertinence.


Jouant sur des formes complexes, elle propose des suites de variations avec supplément d'image d'un côté, supplément de réalité de l'autre : il s'agit d'une appropriation où divers thématiques se croisent et où le plein fait le jeu du vide en se renversant l’un dans l’autre.


Hildebrand 3.pngLes marques du débordement, du franchissement du "cadre" (parfois dédoublé dans l'image par celui d'une fenêtre) prouvent que les photographies de la plasticienne ne sont pas là pour décliner du réel mais le décaler. De telles approches reviennent à décrire et surtout dé-écrire non seulement "du" paysage mais un regard, une pensée. Une filature, à partir d'un point, permet de filer le monde, de soulever ses images, leurs couleurs. L'objectif est d'introduire non le mais du motif dans un langage photographique qui ne cesse de le creuser. L'artiste reste sur le fil du rasoir entre la littéralité la plus forte possible et le nécessaire transfert réflexif qu'installe son approche littéraire et plastique.


Jean-Paul Gavard-Perret