gruyeresuisse

23/11/2017

Michael Wolf : dans les villes de grandes solitudes

wolf.jpgMichael Wolf, “Life in Cities”, Galerie Christophe Guye,Zurich,

La mégalopole reste le sujet de prédilection de l’artiste installé au centre de l’une d’elles : Hong Kong. Il transforme ce qu’il nomme « l’architecture de la densité » en surfaces quasi plates et abstractions stylisées pour suggérer l’architecture des buildings de Chicago (« Transparent City ») comme des toits de Paris ("Paris Rooftops"). Le photographe souligne la problématique urbaine, les solitudes encagées mais aussi une forme de beauté. Mais c’est « Tokyo Compression » qui donne la plus forte dimension de l’être humain en son rapport aux « immondes cités » (Baudelaire).

wolf 2.jpgPeut s’imaginer en off la musique de Schoenberg et celle de Kraftwerk. La ville et ses structures sont moins des abris qu’un monde de l’entassement mais aussi de l'envoûtement. Par effet étrange l’image pivote sur elle-même afin de glisser de la surface au fond. Elle rend impossible la parole, là où l'envie d’être en vie se distingue par la vision d’une femme collée à sa fenêtre et qui semble se perdre dans un songe primitif.

 

wolf 3.jpgMichael Wolf multiple les vertiges. Le groin de nuit surgit à travers les lumières des cités par additions de lieux à corps perdu où les êtres semblent à peine réels. Les bâtiments sont à la fois épais et fluide afin que l’existence devienne plus apprivoisée que rebelle. Par plans, tout entraîne à la fois en avant, en arrière dans cet exercice de lenteur. Une telle « harmonie » à la fois vomit le néant et le nourrit.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/11/2017

Physionomie du futur : Robert Montgomery et atelier AMI

Perama.pngRobert Montgomery et AMI, « Nous la Grèce », Atelier AMI - Art & Partage, Genève à partir du 19 novembre 2017

 

« Nous la Grèce » est la première étape d’un projet pour Pérama par l’Atelier AMI - Art & Partage avec Robert Montgomery. Pérama est une cité de la banlieue d’Athènes qui dans les années 1960 était une quasi bidonville. Georgios Dimitriadis eut un rôle clé dans sa métamorphose en transformant le quotidien des habitants et l’architecture avant que les colonels prennent le pouvoir en Grèce l’emprisonne. A Genève, l’exposition de l’Atelier AMI crée par Barbara Polla réunit des œuvres d’AMI, de Nikos Damianakis, et d’artistes grecs contemporains dont Pavlos Nikolakopoulos et ses pièces métalliques immaculées. Les ensembles de poèmes lumineux de Robert Montgomery ouvre l’exposition. L’artiste voudrait les montrer in situ en Grèce.

Perama 3.png

Perama 2.pngS’inspirant toujours de l’histoire d’un lieu, il crée des rapports entre les difficultés de la Grèce d’aujourd’hui et l’espace d’un avenir chargé d’espérance. Montgomery - par la richesse d’une langue qui à la fois brille et « boîte » volontairement - propose un paysage dans le paysage au sein du jeu de l’abstraction en appel de la figuration. Les mots deviennent les balises d’une utopie en marche pour prêter au lieu et à une mère nourricière et première, berceau de la civilisation. Le ruban lumineux des mots appelle à une restructuration. Ceux-là ne se veulent pas consolation de la pensée mais espérance, l’abstraction du signe est élan. Chaque poème devient une boîte à ouvrir, en proposant la réflexion en lieu et place d’une réponse toute prête. C’est la une promesse d’allégresse effleurant sur le front de chaque image pour un pays et une communauté en mal d’espérance.

Jean-Paul Gavard-Perret

15/11/2017

Karlheinz Weinberger et les mauvais garçons (enfin presque)

Weinberger.jpegLongtemps méconnu la Suissesse Karlheinz Weinberger est désormais célèbre par ses portraits des « Halbstarke », blousons noirs zurichois que le temps rend moins mythiques qu’inoffensifs. Ces portraits intitulés « Intimate Stranger » ont été exposés dans une certaine indifférence 1980 au Klubschule Migros avant d’être repérés 20 ans plus tard au Swiss Institute de New York et au Museum für Gegenwartskunst de Bâle.

Weinberger 2.jpegLes clones maladroits de James Dean, Gene Vincent ou Vince Taylor (qui finira sa vie à Lausanne) attendaient la photographe comme le messie afin qu’elle donne corps à leur révolte adolescente. Mais les marges d’alors sont celles des fêtes foraines. Les « rebels without a cause » de la classe ouvrière y zonent et posent pour effrayer les badauds. Manière pour eux d’exister en exhibant signes et symboles d’une rébellion fantasmée plus que réelle. Avec le temps ils sont plus touchants qu’effrayants voire presque dérisoires.

Weinberger 3.jpegIl n’empêche : Karlheinz Weinberger saisit les instances de cette signalétique avec attention : ceinturons, chaînes, boucles, blousons reprennent l’imaginaire d’une identité des « barrières » en gestation. Les bandes et leurs armoiries traduisent les signes d’une dissidence encore bien fluctuante et qui copie celle de l’Angleterre pré thatchérienne. L’âge d’or de l’après-guerre et ses années de richesse règne encore. Ce ne sera qu’au moment de la crise pétrolière et ses incidences sur l’économie occidentale que la jeunesse des classes laissées pour compte va quitter un déguisement en fac-simile pour revêtir des armures plus signifiantes et opérationnelles. Pour l’heure la colère était naïve et les « méchants » candides.

Jean-Paul Gavard-Perret