gruyeresuisse

29/08/2016

Pudiques impudiques de Clyde Funtona

 

Clyde.pngClyde Funtona affirme la nécessité de donner au voyeurisme le coup de pied de l’âne. La photographe incarne un humour d’autant plus fort qu’il est discret et permet l’affirmation du féminin de l’être. Exit l’exhibition de l’intimité, l’artiste préfère jouer de la coquetterie et de la fantaisie en prenant par dévers tout autant les fantasmes de pureté que de la crasse de certains regards. Le gag visuel prend des tours et des détours pour redonner sa couleur au destin féminin.

Clyde2.pngLe burlesque implicite devient l’affirmation d’une insidieuse posture militante. Il s’agit de faire retrouver une paix souveraine à la femme. Elle n’est plus prise pas n’importe qui et pour n’importe quoi tout en feignant le contraire dans ses incitations au crime. L’humour de l’artiste est un remède à la communication à la mode. Et c’est à peine si un certain mépris envers l’homme se lit - mais comme hors champ. Clyde 3.jpgClyde Funtona ne cesse d’affirmer une liberté souveraine où se shunte la prétendue élégance honorable faite pour l’envoûtement des foules. Le seul viol revendiqué par la photographe est celui de la pensée.

Jean-Paul Gavard-Perret

28/08/2016

Emprises d'Angelika Markul

 

Markul bon.jpgAngelika Markul, « Excavations of the future », Galerie Laurence Bernard, Genève, du 15 septembre au 1er novembre 2016.

 

 

 

Markul.pngAngelika Markul fait jaillir des forces telluriques et les transformations opérées par les êtres. Dessins, vidéos, sculptures forment des paysages étranges entre recueillements et bouleversements. Peuvent se discerner des approches écologistes mais plus encore des méditations sur la nature et ses métamorphoses là où le spectre de la catastrophe (humaine ou naturelle) n’est jamais loin. Tout est affaire de narration là où la mémoire de l’humain se mixte avec celle du monde. « Mon rapport à la mémoire vient de mon obsession pour la mort et de mon histoire. » dit la créatrice pour expliquer la puissance de ses œuvres où semblent se discerner jusqu’aux premiers temps de l’humanité.

Markul 2.pngL’artiste se rend dans les lieux du monde où la catastrophe a sévi (Fukushima, Tchernobyl, Bagdad, etc.) afin de chercher un sens aux actions humaines. Les dessins offrent un cérémonial inquiétant mais aussi de réflexion. Les dessins cultivent une forme de complexité pour suggérer l’état du monde dont les assises sont remises en cause et s’ouvrent à diverses interprétations. Laissant une liberté au regard du public, l’artiste développe un univers unique. S’y croisent dans une atmosphère onirique diverses influences. L’artiste y explore un monde étrange où individus, objets, formes non identifiables évoluent dans des scènes abyssales. L’univers est tourmenté mais plein de poésie profondément dérangeante. Les dessins livrent des scènes inquiétantes où se mêlent douceur et violence. Cela témoigne de la part de l’artiste d’une absence d’inhibition, de peur, de préjugés et demande à ceux qui regardent le même abandon.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/08/2016

Teddy Bear, clés et toupies d’Annina Roescheisen



Annina.pngAnnina Roescheisen a étudié l’histoire de l’art et la philosophie politique avant de travailler chez Sotheby’s comme spécialiste de l’art médiéval. Puis elle est partie à Paris. Elle devient d’abord agent d’artistes, ne cesse d’écrire sur l’art puis se met progressivement à créer en intégrant différents champ en devenant ce qu’elle nomme une « artiste multimédia». Son engagement - même s’il n’est pas directement perceptible – impose un point de vue sur le monde, sur la femme en intégrant différents univers (mode, photo, vidéo, sculpture, performance) et en travaillant sur des mots plus que jamais « clés »/ Fidèle aux enseignements plastiques du Moyen-âge (Bosch entre autre) l’artiste invente un langage où la sophistication est au service de la simplicité – ce qui reste toujours le plus difficile.

Annina 3.pngL’artiste est souvent sujet et objet de ses œuvres. Elle se situe des deux côtés de ses focales en utilisant aussi des objets fétiches dont la clé ou la toupie. Utilisée pour son caractère minimaliste, ludique et incertain elle symbolise pour Annina Roescheisen le sens autant de la vie que d’un destin qu’une main extérieure pourrait remettre en route. Fidèle en ce sens aux artistes médiévaux l’artiste n’est pas indifférente aux explorateurs contemporains. De Matthew Barney et Marina Abramovic à l’artiste japonais Nara et ses poupées « fêlées » ou encore Isa Barbier et son univers minimaliste. Mais la créatrice n’est pas insensible aux arts flashy et colorés et transgressifs.

Annina2.pngElle les pratique entre autre avec sa série de « Pietà » où le Christ est remplacé par un ours en peluche et Marie par l’artiste elle-même. Preuve que l’enfant en elle reste toujours vivant et que la Vierge n’est pas forcément une sainte…L’artiste affectionne l’humour et le décalage. Ces ingrédients lui permettent de regarder comme il faut : elle n’a pas tord. Poursuivant de nouvelles pistes elle cultive d’autres folies qui ne sont jamais propices aux arrêts et aux embaumements. L’art reste pour elle une fleur carnivore aux végétations variables.

Jean-Paul Gavard-Perret

  “A Love Story”, (IFFPIE), Jakarta (Indonésie),19 -30 septembre 201, “The Exit Fairytale of Suicide”, “Freunde fürs Leben”n Soho House, Berlin (Germany)n 28 septembre 2016 puis NYU University NYC at School au Social and Cultural Analysis, octobre 2016.