gruyeresuisse

11/06/2016

L’arbre de vie et ses fruits verts



arbre.pngJochen Raiss, « Frauen auf Bäumen / Women in Trees », Haje Cantz, Berlin, 2016, 112 p., 15 E., 20 CHF.

 

« Je ne sais qui ne pourrait pas être heureux à la vue d’un arbre » affirme l’Idiot de Dostoïevski. C’est dire le sentiment qui peut s’emparer du lecteur/promeneur lorsque, sur les arbres, poussent des fruits à cueillir verts plus que mûrs…

arbre2.pngDans les années 50 ce genre de prise connu beaucoup de succès en Allemagne et en Suisse. Jochen Raiss s’en est aperçu lors de ses ballades dans les marchés aux puces. Il y découvrit dans des bacs un grand nombre de photographies en noir et blanc sur ce thème. Il y consacra sa quête pendant vint cinq ans.

On se gardera d’explications justificatives psychanalytiques d’un tel thème. Les femmes jouent du double et du séparé. Mais sans le savoir : d’autant qu’elles furent sans doute scénarisées par des hommes en une sorte de retour du refoulé où l’arbre devient un substitut métaphorique.

arbre3.pngIl suffira, comme ces belles inconnues, ces Jane de Tarzan voyeurs, de s’accrocher aux branches pour en savourer le charme discrètement et innocemment érotique. De telles poses étaient annonciatrices moins d’exploits athlétiques que de l’exploitation (d’abord forestière) du corps féminin.

La photographie populaire prouve que n'est profond que ce qu'on tait mais qui se montre loin de la corvée de l’argumentation. Surgit le renoncement à une forme de sagesse au profit d’un paradoxal dérèglement des sens.

Jean-Paul Gavard-Perret

Franz Erhard Walther : les sensations avortées


Walther bon 2.jpgFranz Erhard Walther, Manifesta11, Zurich, Skopia, 11 juin – 18 septembre 2016.


Franz Erhard Walther prouve comment il faut aller chercher chaque fois un peu plus loin l’image. A savoir selon des paradigmes complexes et ludiques. Le masque et un ensemble de parties non montées en sont parties prenantes. Le plasticien se plait à considérer l’art comme une expérience métaphysique avortée. Le créateur se doit d’être blasé afin de prouver que l'être et le non être sont les deux faces d’un même Janus.


Walther bon.jpgIl prouve aussi que l'ignorance est le fondement de tout : elle permet de rendre réel ce qui ne l'est pas. Le savoir est une gigantesque méprise qui sert de socle à tous mensonges : l’art doit en guérir. Seul il évite à la réflexion de ne pas se limiter à une flexion et à l’artiste de ne pas finir par ressembler à ceux qu'il méprise.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:55 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

10/06/2016

Thomas Adank : farces et attrapes

 

Adank.jpgThomas Adank, « Merimat », Collectif « Rats », Les Mouettes, Place de l’Ancien Port, Vevey, 11 juin – 10 juillet 2016.

 

Souvent l’univers de Thomas Adank semble hors réalité – ou presque. L’artiste se joue du paradoxe. Son univers semble froid et inhumain mais riche pourtant d’émotions et de bribes de réel. L’homme semble avoir disparu mais en des cadrages minutieux et une recherche subtile de la lumière, Adank invente des architectures flottantes et poétiques. Il prouve que l’art ignore le chaos même s’il le jouxte. Le monde devient une abstraction parce qu'il est inséparable de ce que Deleuze nomma "le crible" qui en fait sortir quelque chose.

Adank 2.jpg

 

 

Une construction (au besoin déconstruite) devient l’épreuve d’une singularité que l’artiste se plait, en d’autres approches, à « dévoyer » à travers un réalisme décalé et plein d’humour. L'art s’érige en une machine sinon contre la nature du moins contre les images « socialisantes » pour le plaisir là où la distorsion devient le discours plastique de la méthode.

Jean-Paul Gavard-Perret

13:41 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)