gruyeresuisse

29/04/2018

Christophe Rey le flâneur des dérives

 

Rey bon 2.jpgChristophe Rey, « D’un touriste », Centre de la Photographie de Genève, du 23 mai au 19 aout 2018.

L’artiste genevois présente des images extraites d’un immense corpus de plus de 11000 photographies entamé dès 2008 lors d’un voyage au Sud-ouest des États-Unis. Elles ont été prises là-bas mais aussi à Londres, dans le Nord-est et le Sud de la France, à Kyoto et Osaka, à Naples et Venise et dans les Alpes suisses. Toutes ont été créées en analogique avec le même appareil et des pellicules identiques.

Rey.pngS’intéressant aux lieux touristiques et aux activités des touristes il les a photographiés in situ. Se découvrent des architectures célèbres mais tout autant des badauds dans les magasins, les rues ou en voiture. Existent aussi fleurs et déchets, figures plus ou moins effrayantes, diverses inscriptions textuelles. Pour autant ce travail refuse tout cynisme ou ironie. Chacun peut être un jour ou l’autre touriste : et le Suisse ne méprise personne.

Rey bon bon.jpgSous forme de frise l’exposition propose un voyage au sein de motifs récurrents. De cet assemblage et autour de la présence de divers types d’exotisme s’organise une promesse. S’agit-il de ramener dans et par la photographie quelque chose qui serait enfoui ? Sans doute. D’une part parce que l’œuvre reste difficilement extirpable des lieux et d’autre part parce qu’il ne s’agit pas de faire de l’art une simple clé qui permettrait d’atteindre une placidité irrécusable. Elle donne sens mais se poursuit en une présence « in abstentia » et un memento mori qui dépassent la simple photo dite de souvenirs de voyages.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

28/04/2018

Gil Rigoulet : cet après-midi j’ai piscine

rigoulet.jpgConnu pour ses images de rockers normands dans les années 1970, Gil Rigoulet présente une série inédite de sirènes Leur vision n’a rien de classique. Aficionados des bains de mers, arpenteur zélé des piscines l’auteur arpente leurs lieux depuis plus de trente ans. Et c’est un bain de jouvence où, tel un abbé, Rigoulet sourit dans un pari excitant là où par effets aquatiques le réel pourrait sembler sans prise.

rigoulet 3.jpgLes histoires d’eau commencèrent à la piscine d’Evreux à l’aide du « Baroudeur » amphibie de Fugica. Le photographe en est aujourd’hui au cinquième appareil du même type… Pour autant Rigoulet n’est pas un voyeur compulsif : s’il prend les naïades par surprise c’est que désormais les photos sont interdites dans les piscines. Mais il a inventé un inventaire unique en noir et blanc de tels lieu et leurs nageuses aux intrigants attraits.

rigoulet 2.jpgCette série s’insère dans une recherche sociologique et esthétique sur le thème « Le corps et l’eau ». De l’originalité des prises, de la sublimité des femmes et du bonheur de l’abandon se dégage le jeu des formes et de la lumière. Des femmes osent une nudité appuyée et tout devient tendrement drôle et beau. Il suffit que s’identife la forme d’un corps, que se perçoive son signal et c’en est fait. La liberté est là. La vie quasi « primitive » tout autant.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gil Rigoulet, Le corps et l’eau, Galerie Hegoa, Paris.

27/04/2018

Katharina Mayer : familles je vous aime - enfin presque

Mayer 3.jpgKatharina Mayer, “Familienbande”, Fotohof, Salzburg, 151 p., 2018.

Katharina Mayer cultive une appétence pour les grandes familles. Elle ne cesse de les présenter en groupes et sur une ligne subtile entre document et photo d’art. La frontière est volontairement floue. Il existe là un humour corrosif sous l’apparente impeccabilité. Positions, postures, perspectives sont inhabituelles. Et la présence du décor et des accessoires n’a rien d’anodine.

Mayer 2.jpgChaque cliché devient une mise en scène aussi réaliste qu’énigmatique voire parfois surréaliste. Enracinées mais voulant se priver de re-pères et de mère glaise ces photos dans leur fixité troublent l’espace « officiel » afin de prouver combien il « ment ». Elles nous font de l’œil en nous transformant un voyeur de ce qui échappe à des modèles consentants apparemment fiers et rassurés (ou complices) d’être ainsi exhibés.

Mayer.jpgChaque portrait propose des routes innombrables là où sous le manteau la photographe semble dire : « Famille je vous ai, famille je vous hais ». Les corps en témoignent. L’homme est là, phallique ou en embuscade. La femme doit remonter à l’air libre pour n’être plus noyée. Katharina Mayer saisit le suspens de telles théâtralités. Elle y introduit le doute par ce qu’elle colonise en sa recomposition et sa narration.

Jean-Paul Gavard-Perret