gruyeresuisse

16/01/2018

Magali Latil : anéantissement et exaltation

Latil.jpgMagali Latil crée une recherche picturale dans laquelle sont éliminés les surcharges rhétoriques et effets de métaphores par l'utilisation d'une série d'ellipses, de soustractions, de mouvements et de lignes contradictoires. Tout joue entre exaltation et anéantissement. Le regardeur n’a plus l'impression de se situer devant la toile ou les calques mais "au-dedans", au milieu de ces traits qui pénètrent la surface sans jamais la conquérir.

Latil 2.jpgUne forme d’effacement exprime moins du  négatif qu'elle ne dégage simplement l'exprimable pur en une sorte d’évaporation jusqu'à la transparence où rien ne peut être réel que le presque rien. Pour Magali Latil les images doivent être autre chose que la possession carnassière des apparences, autre chose que cette mimesis en laquelle, depuis la Renaissance italienne, elles se sont fourvoyées dont le prétendu réalisme est la forme la plus détestable.

 

 

 

 

Latil 3.jpgLe dessin permet à l’art de devenir abstracteur de quintessence en éliminant tout wagnérisme pictural. La seule peinture est celle qui ouvre sur un vide qu’il s’agit de cerner. L'Imaginaire pictural trouve la puissance paradoxale de creuser le monde. L'oeuvre se démet de tout chaînon expansif : un énoncé pictural est presque dissout dans la plénitude lacunaire de ses blancs, comme si la matrice pesait de tout son poids sur les lignes et leurs effets de trames dans l’émergence d’un « à peine, à peine » cher à Beckett.

Jean-Paul Gavard-Perret

Magali Latil, « La couture du blanc » ; Editions Remarque

15/01/2018

Mélusine et son compère : Ella & Pitr

Ella et Pitr.jpgElla & Pitr créent une œuvre poétique complexe, techniquement détaillée, ou composée de traits simples, bruts. Ils scénarisent souvent leur famille, leurs amis sont souvent représentés mais il existe aussi d’autres présences issues de leurs souvenirs ou de leur imagination débordante ou de celle de leurs enfants.

Entre complexité et naïveté se dévoilent des situations intimes dans lesquelles chacun peut se retrouver entre tendresse ou exclusion dans un mélange de réalisme et de magie. Il donne à l’œuvre un caractère fascinant mais difficilement « identifiable ». Les compositions jouent toujours sur les équilibres et les déséquilibres.

Ella et Pitr 2.jpgL’enchantement est là mais pour rappeler son aspect toujours provisoire. Le naturalisme est mis à l’écart même si apparemment le réel est bien représenté. Son espace est dé-spatialisé afin d'accéder au statut d'expérience. Les lieux et les images acquièrent la troublante souveraineté ou l'efficacité d'un lieu de mémoire. L'histoire de l'œuvre est donc l'histoire d'une accession au monde par l'intermédiaire de son décalage. Le mythe shakespearien s'y cache au besoin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ella & Pitr, « Comme des fourmis », La Galerie Le Feuvre, du 20 janvier au 17 février 2018. Monographie aux Éditions Alternatives (Gallimard), 248 pages, 35 E.

14/01/2018

Jean Rault et le Japon

rault 3.jpgJean Rault saisit un Japon méconnu. Toute une “ mémoire mouvante ” résulte de ce travail de représentation kaléidoscopique. Il entre en collision avec l'esthétique main street ou "adulescente". Le monde est sombre mais en jaillit une magie particulière peu éloignée de la destruction comme du "burlesque".

rault 2.jpg« Portraits du monde flottant » rassemblent des créatures de la nuit saisies en des lieux luxueux et privés, des Sumos à l'entraînement près de Tokyo, des paraplégiques lors de courses en fauteuils roulants à Kyoto etc.. Perdure néanmoins une sorte de joie salvatrice qui lutte contre l'atrophie, l'immobilisation.

rault.jpgC'est là sans doute la force insubmersible et subversive de l’œuvre de Rault. Son «rire » mord le monde. Il permet au regard de supporter les situations limites. Le dispositif choisi par l'artiste est lui-même « nu » mais les techniques sont sophistiquées : " je tiens à ce qu’elles soient transparentes, qu'elles s'effacent et atteignent le dépouillement, la sobriété" écrit l’artiste.

Jean-Paul Gavard-Perret