gruyeresuisse

29/07/2016

Jacqueline Veuve la vagabonde

 

veuve.pngSensible aux choses de la vie, reconnue très tôt par Jean Rouch, la Vaudoise (installée à Payerne) Jacqueline Veuve a redonné de la Suisse une vision ouverte. Sans doute parce que la documentariste était elle-même sensibles= aux diverses cultures rhizomatiques - ouvrières ou bourgeoises - du pays « objets » implicites de son œuvre .

veuve3.pngElle a créé plus de 60 films. Ils interrogent souvent les exploités - loin de toute idéologie ou engagement fléché. La documentariste est sensible à la vie telle qu’elle est. Remplaçant les ethnologues trop bavards elle a su filmer son pays : « être Suisse n’est pas simple, c’est même assez lourd » dit-elle mais, face à un ostracisme diffus (façon « coucou et chocolat »), elle montre un terroir éloigné du paradis comme de l’enfer. Elle exclut le «spectaculaire» au profit de l’évocation de communautés locales dont la culture disparaît. L’empathie est toujours là. Fidèle à Rouch, Jacqueline Veuve ne démontre jamais : elle montre.

veuve 2.pngPartant d’enquêtes de terrain elle y revient pour construire avec précision maniaque et obsession chaque film. Le rythme lent crée une poésie contemplative pleined’émotions, de sensualité. Souvent productrice de ses réalisations elle préserve sa liberté de choix et reste - tout en s’en défendant - une réalisatrice féministe. Elle a ouvert bien des voies même si elle fut exclu du « nouveau cinéma suisse » tant lui fut reproché son « apolitisme » - il l’a soustraite toutefois à bien des errances.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/07/2016

Natasha Kertes : la peau douce

 

Natasha Kertes.jpgNatasha Kertes aime jouer avec le feu pour en garder les flammes. Les femmes en sortent afin de donner raison à la folie de l’éros : il clame l'absolu. Les photographies produisent le chemin « dans ». Mais ce qui est dessous n'a pas forcément de « dans » pour le voyeur. Existe néanmoins un trajet physique. Le corps est en métamorphose pour que vive une autre individualité que celle du quotidien.

 

 

 

 

Natasha Kertes3.jpgLa photographie devient un change, une poussée : les femmes sont des totems, elles ont tout à conquérir. Natasha Kertes en souligne leur charme, s’amuse de leurs désirs en créant des élans sous le linteau du temps sans étiage ou limite. Il s’agit de s’absorber dans des lointains inaccessibles en un monde de l’illusion caché dans les plis d’une robe, d’une jupe duveteuse. Parfois les genres s’y confondent.

 

Natasha Kertes 2.pngLes mains qui en jaillissent ne sont pas là pour la dévotion. Les aubes des femmes s’offrent à la pâmoison de la nuit des sens. Peau douce, soie sucée mais juste ce qu'il faut. Et plus vraies peut-être dans les photos que dans la réalité. Les muses sont-elles vraiment telles qu’elles se contemplent ? Elles semblent prêtes à glisser au voyeur quelques mots : mais il entend et voit toujours plus qu’il ne voit Et la photographie ne mène pas forcément où l’on pense accoster.

Jean-Paul Gavard-Perret

L’artiste a été exposée à la Basel Art Fair, Miami.

23/07/2016

Véronique Hubert : Godard et après

Hypnosa.png

 

 

 

 

 

 

 

Véronique Hubert, "cinéma n'est pas un prénom féminin", https://vimeo.com/175409044



Hubert bon.jpgSouvent les jambes des femmes deviennent les cavernes du cerveau du mâle. C’est pourquoi en les « invoquant » - ainsi que d’autres « pièces » anatomiques - Véronique Hubert pense à leur sujet non au développement photographique mais au développement géométrique de l’espace. Elle permet - par images et en mots - de visualiser le regard portée sur les guérisseuses de l’âme (du moins ce qu’il en reste) et du corps masculins.

Hubert bon 2.pngDans ses vidéos le présent n’est pas décliné de manière narrative mais en « cuts », alternances et inserts. Digne héritière de Jean-Luc Godard (dont elle partage un même sens inné de l’image) elle rend l’absence visible et l’évidence invisible. L’abandon est fait de tension afin que se perçoivent des zones inconnues de dérive. Si bien que l’engourdissement du demi-sommeil de voyeur se transforme en transes extra-lucides.

Hubert 2.pngExiste là tout un travail d’intelligence selon des « farces » (décentes) dont le procédé de structure original crée jusque dans ses coupures une unité mélodique. Elle fait du cinéma le plus abstrait des arts au moment où il puise pourtant dans la réalité. Le but - même dans des vidéos courtes - est de créer ce que Godard nomme un « ensemble afin de se voir dans le miroir des autres ».


Jean-Paul Gavard-Perret