gruyeresuisse

07/08/2016

Gilles Berquet & Mirka Lugosi : gloire du féminin

 

Lugosi.pngOuvrant sur une poétique générale du temps de l’apparition, Mirka Lugosi et Gilles Berquet remontent en deçà du « mur de Planck » par leurs langages photographiques et graphiques. Ils deviennent le visage inenvisagé du monde selon un voyage temporel en un retournement de la « Théorie du ciel » kantienne afin d’explorer le temps à reculons. Surgit une danse du moment minimal de l’univers. Il rouvre aussi la poétique de l’instant d’apparition. Le monde devient celui d’éros « en blanc » bien que son contour physique soit défini par la présence de la femme en un voyage où celle-ci est aussi embellie que « monstrueuse » selon des reconstitutions mentales au milieu de paysages artificiels.

Lugosi 2.pngLa lumière s’élève mais sans aucun horizon autre que celui que peuvent créer deux artistes « voyants ». Et ce avec une précision croissante de la métaphore plus que de la narration. Celle-là se découvre comme puissance active en une anatomie redoublée en un univers illimité dans le temps. Il était mis en scène déjà par la philosophie arabe, au long des siècles passés mais une idéologie refusant la représentation humaine l’a oblitéré. Les deux artistes la fait réapparaître contre l’insomnie du néant. Leurs œuvres créent un univers stationnaire par la fiction à partir de laquelle s’explore un monde. Il se découvre parcouru par le rayonnement du féminin entre éloignement et rapprochement réciproques.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gilles Berquet, Mirka Lugosi, Doctor Seek and Mister Hide, Vasta Editions, 32 pages, 2016.

05/08/2016

Gouffres, « squelettres » et résurgences : Chloé Poizat

 

Poizat 3.pngChloé Poizat par ses dessins ne cesse de jouer de la disparition et de la transformation des êtres, des paysages et des choses. Au besoin elle en appelle aux imaginations sinon mortes du moins disparues pour activer la sienne (même si elle n’en a pas besoin). Tout devient une histoire de seuils, de voyages ovniesques, de passages, et de transfigurations. La narration, les assemblages et montages ouvrent des abîmes ou érigent d’étranges édifices.

Poizat 4.jpgIllustratrice de presse depuis une vingtaine d’années, (Le Monde, Libération, The New-York Times, La Stampa) la créatrice répond aux horreurs du monde par ses cauchemars intimes : monstres grimaçants, hybrides, cités interdites fascinent. Non seulement par leur thématique mais par la dimension graphique des œuvres. Elles font des contemplateurs des rêveurs éveillés saisis d’une délicieuse horreur par la facture du dessin et le collage/décalage de gravures et photos d’un autre temps.

Poizat2.pngTrès vite la raison se retrouve en déroute. Il n’est même plus question de se demander « que reste-t-il de nos amours ? ». La cause est entendue (perdue ou gagnée : inutile de poser le problème). Nous sommes renvoyés à une autre dimension : « enfer ou ciel qu’importe » aurait dit Baudelaire. Il se serait enivré de telles propositions où  jusqu’à l’humour s'obvie. Partageons avec le poète des Fleurs du Mal et à l’épreuve du temps le breuvage de la sorcière et suçons à ses côtés des os en marge des corps. Ce qui semble en dehors de lui  reste sans doute une des instances choisies par la créatrice afin d’halluciner le corps pour qu’il devienne « squelettre » (Boris Wolowiec).

Jean-Paul Gavard-Perret


Chloé Poizat, « Ne pas oublier », Editions Lendroit, « Cathedral Cavern », Editions Nièves.

 

Anne -Laure Lechat : Lausanne ville miroir


Lechat Bon.jpg« Landing Gardens », Adrien Rovero et Christophe Ponceau, art&fiction, Lausanne, 2016, Parution le15 septembre.


Comme toutes villes Lausanne est le lieu d'interactions sociales : les jardins y insèrent leurs partitions ludiques et leurs respirations : 29 d’entre eux y ont été revisités lors de la 5ème éditions de « Lausanne Jardins » il y a près de deux ans. La Lausannoise les a repérés avec deux autres photographes (Milo Keller et Matthieu Gafsou) au moyen d'une caméra qui n'avait rien de surveillance.

 

 

Lechat 3.jpgSans chercher les effets superfétatoires ou l’humour dont elle est capable (voir son toutou penseur…) elle a su montrer sa ville loin des sentiers battus. La cité vaudoise n’a rien d’une facticité aguicheuse ou de pure « façade ». Anne-Laure Lechat prolonge sa contemplation et le plaisir des ballades par l’intelligence en articulant l’architecture et le jardin.

Lechat2.jpgElle prouve que les deux sont réactifs et « métabolistes ». Leur jonction respire parfaitement et suggère l’idée d’innovation et de paix. L’imaginaire de la créatrice a su franchir avec discrétion des seuils. Ils restent au service d’harmonies complexes. Plis et ruptures, jeux de couleurs font que la ville et ses jardins se regardent et se complètent. Par le passage d’un lieu à l’autre, d’un moment à l’autre l’espace y devient temps. Et l’évocation de l’évènement festif diffère de la simple prise d’un moment.

Jean-Paul Gavard-Perret