gruyeresuisse

26/12/2017

Max mon amour – Vincent Flouret

Floret 3.jpgPar l’entremise de Max son toutou un rien chic et patient, Vincent Flouret a eu l’idée de rendre hommage à des photographes célèbres par leur style : Avedon, Lindbergh, Richardson, Bourdin, Jean-Loup Sieff, Pierre et Gilles, etc., sont revisités de manière farcesque et pertinente en cette « monumentation » canine.

 

 

 

 

Floret 2.jpgLa vie de chien prend une perspective libératoire là où le toutou remplace l'égérie. C'est sans doute moins érotique (sauf sans doute pour les zoophiles…) mais cela crée une manière de mettre de la distance dans le regard voyeur. Il ne peut plus être par de tels portraits en quête d'un double. Celui-ci perd son visage ou pour le moins ce n'est plus le "bon". Narcisse n'est que museau et papattes.

La forme animale garde néanmoins la capacité de devenir un lieu de l'art bien au-delà de la caricature. La stature anthropomorphe en prend pour son grade mais sans le moindre cynisme. Les porte-empreintes de nos images créent d'autres hantises : elles sont drôles. Là où soudain ce n'est plus Vénus qui est à sa proie arrachée mais le voyeur.

Flouret.jpgD’une de ses "mains" le photographe tend un miroir, de l’autre il le retire. Cette approche suscite le soupçon. Le miroir est le lieu brisé du simulacre. S’y laisse sinon la proie pour l’ange, du moins la bête pour otage. Max devient le vecteur de la vision remisée et de l’aveu contrarié. L'alliance "psyché-délice" se transforme en "psyché-délire" qui ne manque pas de chien.

Jean-Paul Gavard-Perret

Carole Carcillo Mesrobian : assomption par les gouffres

Carcillo 3.pngCarole Carcillo Mesrobian ne cherche pas à plonger dans l’inconnu pour y trouver du nouveau. Ni l’inverse. Elle a bien mieux à faire. Retournant sans le dire vers les plaies premières elle devient la primitive d’un futur qui semble se fermer. Preuve que l’écriture ne sauve pas celle ou celui qui la pratique. C’est une maladie. De l’amour, de l’existence. Et ceux qui en guérissent ne sont que des écrivains ratés.

 

 

Carcillo 2.pngNéanmoins plonger au fond des gouffres ne revient pas à y sombrer. Car sur les trottoirs de l’écriture les créateurs créent un charme. Le lecteur devient lesbien : en grec le verbe « lesbiarein » veut dire lécher. Et au cœur des grands textes il s’agir de caresser des blessures là où l’auteur se met au service de celles et ceux que, confusément, il séduit. Carole Carcillo est de ceux-là.

Carcillo.jpgElle éprouve un manque et une fragilité nés de défections premières, de chocs douloureux qui l’ont obsédée et qui l’ont rendue insaisissable à elle-même mais tout autant poreuse, hypersensible. Tout contact et expérience humaine semble chargés de douleur. Mais l’attirance pour le chaos devient une rencontre avec soi-même et qui se partage. Avec en sous-couche, un besoin de liberté par un lien vital, brûlant, créateur et intellectuel.

L’auteure ne cherche pas la paix par l’écriture. Elle y décrypte les soubassements d’un mal-être et d’un manque de confiance. Renonçant à trouver dans l’écriture une cure, elle ose inconsciemment la séduction. L’écriture en plongeant dans les gouffres ranime le désir qui croupissait sous une épaisse couche de cendres. S’y font entendre les bruits sourds d’un volcan tellurique et aérien entre aventure et passion là où le conflit de chaque être devient présence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Carole Carcillo : « A contre murailles », Editions du Littéraire, « Foulées désultoires », Editions du Cygne.

23/12/2017

Anelies Strba : reprendre, recomposer

Strba2.jpgAnelies Strba, Galerie Anton Meier, Genève, jusqu’au 3 février 2018.


A partir de la photographie, plutôt que la saisie d’une « seule » image, Anelies Strba crée une forme de décalage et de floutage : elle donne une nouvelle identité de l’image. Celle-ci ne parle que par son propre langage selon une déconstruction formelle où la forme prend son impact par la couleur. Partant de substrats littéraires la créatrice offre une réflexion sur l’art lui-même. Tout est donc conçu selon des architectures improbables, des géométries colorées.

Strba3.jpgLe travail permet une sublimation ou plutôt un dépassement du réel, des modèles, de leur scénarisation. Le travail cherche moins une transposition du monde qu’une exploration du poétique visuel. Surgit en conséquence une théâtralité des formes et une chorégraphie abstraite. L’objectif cherché n’est plus l’identification d’un sujet. Et si certains éléments peuvent être identifiables cela reste secondaire.

Strba.jpgAnelies Strba cherche moins une « réalité » seconde qu’un processus de recomposition. Points de fuite et pans se démultiplient en de nouvelles présences afin d’atteindre une sorte d’effacement ou de déperdition de la photographie originale. L’œuvre devient une sorte d’architecture utopique et improbable par laquelle l’artiste métamorphose les illusions de réalité et met à jour cette frontière où naît l’œuvre d’art dans un renouvellement de son langage.

Jean-Paul Gavard-Perret