gruyeresuisse

10/08/2016

Marcel Miracle & Line Marquis : les dynamiteurs



Miracle bon.jpgMarcel Miracle et Line Marquis, « Ars & sens », Espace Culturel Assens, du 22 aout au 2 octobre 2016. De Marcel Miracle "Nuit d'émeute sur la piste" (éditions art&fiction, Lausanne)

Face aux artistes prétentieux et mystificateurs de l'absolu qui prennent les regardeurs dans les filets de leurs fades représentations, Line Marquis et Marcel Miracle proposent des interventions ludiques et iconoclastes. Ils forgent au besoin le faux pour casser artifices et artefact plastiques. Peintures dessins et autre interventions cultivent une liberté afin de garantir au regard des moments de plaisirs que seuls les imbéciles estimeront parfaitement inutiles.

Miracle bon 2.jpgLine Marquis dont les yeux font mourir d’amour et Marcel buveur de thé au Sahara sont des intrépides. Ils transgressent tout édit de nostalgie et pensées crépusculaires. L’ironie et la dérision mettent à mal tout snobisme et l’art sort de ses abris et qu’importe s’il passionne si peu les hommes qu'ils n'en finissent pas de s'inventer d'autres activités.

Les deux artistes indiquent des voies cavalières. Les couleurs crépitent et les formes rejoignent des galaxies galopines. Leur création est un voyage dont le parcours est un accroissement de nulles parts. Le reste - si reste il y a - possède l’épaisseur d’une hallucination. Les œuvres transcendent les évidences et sont des travaux réfractaires à toutes dissimulations. Plus questions de confondre le réel avec ses représentations.

Contre le simple retour massif de l'illusion expressive, contre l'évènement en tant que symptôme, Line Marquis et Marcel Miracle développent un long et raisonné processus d'approfondissement. Le réel se met à suinter à travers leurs machineries infernales. Les deux modeleurs restent des mécaniciens d’un genre particulier : lignes et couleurs leur servent à jouer à la fois dans mais aussi contre l'excès. Pour eux la création est une histoire de formes qu'il faut assumer et faire jouer de manière implosive et jouissive.

Jean-Paul Gavard-Perret.

10:56 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

08/08/2016

Matt Mignanelli : une certaine idée du paysage…


Mignanelli.jpg« Pop up ! », Dubner Project Lugano, du 2 Septembre au 29 Octobre 2016. (Dubner Moderne, Lausanne).

 

 

 

 

 

Mignanelli 2.jpgPar indices géométriques parfois résolument abstraits mais parfois plus « véristes » Matt Mignanelli crée une béance oculaire face au paysage. Le « fictionnant » presque jusqu’à la parodie il traverse des façades pour atteindre des lieux à la fois proches et lointains. L’hyperréalisme se mêle à la fantasmagorie. L’artiste sait que franchir la frontière du réel, modifier les manifestations visibles, transformer leur perception restent un plaisir qui fascine. Les hybridations cassent les frustrations : peuvent surgir des phosphorescences mystérieuses où - sur les ruines du réel - se redessine une architecture admirable nourrie de clarté.

Mignanelli 3.pngLe jeu des lignes crée une distance plus complexe que certaines prophéties le suggèrent. Matt Mignanelli anticipe donc ce qui tend à modifier nos paysages. Il propose aussi la possibilité d’atteindre des environnements sensoriels inédits à travers des mises en scène et en jouant sur les couleurs, les formes, les lumières. Le paysage prend une valeur hypnotique. Il agit sur la perception sans emprunter le détour de la symbolisation. L’artiste préfère jouer d’une « monumentation » particulière entre le flou et le précis. Le réel redevient habitable même si l’individu est absent des images. Il pourra pourtant y trouver une matrice dynamique et « avènementielle » loin de ce que l’architecture classique a monté, tout en s’appuyant sur elle.

Jean-Paul Gavard-Perret

12:09 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

07/08/2016

Gilles Berquet & Mirka Lugosi : gloire du féminin

 

Lugosi.pngOuvrant sur une poétique générale du temps de l’apparition, Mirka Lugosi et Gilles Berquet remontent en deçà du « mur de Planck » par leurs langages photographiques et graphiques. Ils deviennent le visage inenvisagé du monde selon un voyage temporel en un retournement de la « Théorie du ciel » kantienne afin d’explorer le temps à reculons. Surgit une danse du moment minimal de l’univers. Il rouvre aussi la poétique de l’instant d’apparition. Le monde devient celui d’éros « en blanc » bien que son contour physique soit défini par la présence de la femme en un voyage où celle-ci est aussi embellie que « monstrueuse » selon des reconstitutions mentales au milieu de paysages artificiels.

Lugosi 2.pngLa lumière s’élève mais sans aucun horizon autre que celui que peuvent créer deux artistes « voyants ». Et ce avec une précision croissante de la métaphore plus que de la narration. Celle-là se découvre comme puissance active en une anatomie redoublée en un univers illimité dans le temps. Il était mis en scène déjà par la philosophie arabe, au long des siècles passés mais une idéologie refusant la représentation humaine l’a oblitéré. Les deux artistes la fait réapparaître contre l’insomnie du néant. Leurs œuvres créent un univers stationnaire par la fiction à partir de laquelle s’explore un monde. Il se découvre parcouru par le rayonnement du féminin entre éloignement et rapprochement réciproques.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gilles Berquet, Mirka Lugosi, Doctor Seek and Mister Hide, Vasta Editions, 32 pages, 2016.