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24/08/2016

Roman Signer : gels et dégels

 

Rompan Signe 24.jpgRoman Signer, « Le Temps Gelé / Die Gerfrorene Zeit » du 16 septembre au 13 novembre 2016, Centre de la Photographie de Genève.

 

 

 

Roman Signer3.jpgAux fameuses « paroles gelées » de Rabelais qui éclataient dès qu’elles passaient en des climats plus tièdes, fait écho le « temps gelé » de Roman Signer. L’artiste de Saint Gall est connu pour ses performances et ses installations basées sur des processus de transformation de matières à travers l’épreuve du temps : elles donnent lieux à l’enregistrement photographique et vidéographique pour une réception ultérieure. L’exposition de Genève permet de montrer l’aspect proprement photographique de son œuvre. Le titre rappelle l’expression d’une immatérialité au sein de l’image : puissance invisible du vent sur des transats, traces d’écoulements « solidifiés ».

Roman Signer 2.jpgLa photographie fait le vide mais donne une « corporéité » à ce qui n’en a pas. Elle éclaire néanmoins l’esprit par la sensation qu’elle provoque. Existent à la fois une moquerie mais aussi l’évidence de la fixité. Surgit négation et évidence de ce qui émane en "résurgence". D’où l'appel et le mirage d'une vraie langue qui émerge malgré tout. Preuve en quelque sorte qu’une « bonne » photographie n’est pas une image simple.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/08/2016

Le minimalisme ironique de René Zach

 

zach.jpgRené Zäch, « passepartouts », Galerie Mark Muller, Zurich, 27 aout - 25 octobre2016.

René Zach reste un des plus étonnants minimalistes. Refusant le vaquer en pays conquis il bifurque vers l'absence de rapport et dans l'absence des objets du moins en leur capacité utilitaire. Clouant le bel à l’impressionnisme par ses opérations réductrices l’artiste propose une accession à un point que Beckett rêve d'atteindre. L’œuvre possède le mérite rare de ne pas conférer de stabilité "concrète" elle est, à l'inverse, hantée par la difficulté d'obtenir quelque chose de solide. L’artiste reste donc un des rares à rechercher la représentation de l'impossibilité et les situations graphiques sans issue pour éviter la tentation nostalgique d'avoir été sous un ciel inoubliable.

Zach2.pngZack 3.pngLa figuration de l'infigurable se fait néanmoins selon une ironie et dans le "blanchissement" cher à la rhétorique poétique. Il s’agit de faire reculer sans cesse l’idée que l'objet de la représentation résiste toujours à la représentation. Zack désapprend à voir pour que l'invisible apparaisse et pour arracher du visible quand le visible s'arrache à nous. Reste toutefois une ambiguïté capitale que rappelle Michaux dans "Origine de la peinture" lorsqu’il déclare :"Ainsi fut établi parmi les hommes combien l'image des choses est délectable". Et chez l’artiste c’est bien ce qui se passe. Faisant le vide son œuvre n’a pas fonction de disparaître. Mais c’est là toute sa force paradoxale.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:08 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

21/08/2016

Les mikados d’Anouchka Perez

 

AAAPerez.jpgAnouchka Perez, « Sens dessus dessous », Musée Alexis Forel, Morges, 25 août au 2 octobre 2016.

Fascinée par l ‘image pour son expressivité et la structure pour sa dimension physique Anouchka Perez combine les deux. Surgit une effraction par laquelle monte contre l’obscur des myriades de formes légères, vivantes et denses. L’œuvre de l’artiste reste plus que jamais paroxystique. Elle témoigne d’une énergie dont les formes représentent les courants et les flux. Surgissent des mikados géants, des tourbillons de formes exaltées et instables. A côté les marines tourmentées de Winslow Homer, les tempêtes de Turner ne sont rien.

AAAPerez2.jpgLes formes constituées d’éléments rigides volent. Mélusine s’en donne à cœur joie. Le monde s’architecture et s’architexture en cages de Faraday d’un nouveau style. Il existe une sorte de cérémonial mais aussi de facétie. Les éléments gesticulent et dansent la gigue selon un désordre ordonné en grande largeur, en hauteur idoine et en tours de passe-passe. Le monde est bâti fou : il batifole aussi incontrôlable qu’impassible. Un tel chantier ne craint pas la démolition. Tout s’emberlificote dans un mouvement qui déplace lignes. Surgit la jubilation d'un parcours initiatique. Il provoque un ravissement au sein d’une confusion organisée de pièces rapportées. Feinte d'incarnation « réaliste », la sculpture devient le lieu où le visible transfiguré est livré au vertige.

Jean-Paul Gavard-Perret