gruyeresuisse

01/01/2018

Les merveilleux « nuages » d’Elizabeth Prouvost

Prouvost bonbonbon.jpgElizabeth Prouvost prolonge par son iconographie nocturne les cérémonies secrètes que fomente la femme interdite de Bataille, prêtresse activiste de la satisfaction de l’excès des mâles. Elle permet de comprendre comment les chercheurs du stupre et de la fornication peuvent se transformer en officiant d’une messe où l’hostie devient le con sacré.

 

 

 

 

 

Prouvost bon.jpgLa photographe ne l’exhibe pas. Elle laisse en cela parler Bataille dont l’Edwarda - montrant le lieu intime un ordre « tu dois regarder, regarde car il est dieu ». Les amateurs mateurs n’auront d’yeux que pour ça, que pour celles qui comme Marie-Madeleine et Eve sont traitées de pécheresses mais à travers lesquelles, dans leur mélancolie ; les hommes insomniaques rêveurs tentent la recherche du mystère insondable de la nuit sexuelle chère à Quignard.

Prouvost 2.jpgMaîtresse du jeu érotique Elizabeth Prouvost révèle une part du monde auquel à l’exception d’auteurs phares (Laure, Bataille, Louis-Combet, Véronique Bergen et quelques autres dont la photographe elle-même) le langage tourne le dos. Dévêtant ses personnages de tout ce qui les soustrait à la nudité, la créatrice par ses lumières noires –aborde la terre du désir absolu. Elle fait éprouver quelque chose de perdu et d’hallucinatoire.

Prouvost.jpgCe n’est plus chez elle le sexe qui est exhibé, mais l’étreinte mystique qu’elle suppose. L’image devient la fumée noire de l’opium des corps. Du feu d'artifice des nerfs qui consume n’est visible que les nuages, les merveilleux nuages. Elizabeth Prouvost montre que Jouir c'est rejoindre le monde des ombres. Cette nuit est le monde. N'étant plus sexuelle elle serait néant.

Jean-Paul Gavard-Perret

Entre autres : « EDWARDA », 33 photographies d'Elizabeth Prouvost inspirées de Georges Bataille, Jean Pierre Faur Éditeur.

31/12/2017

Mandla Reuter : enveloppes et (en)voyeur

Reuter Bon.jpgMandla Reuter, Galerie Mezzanin, Genève, du 18 janvier au 17 mars 2018.

Mandla Reuter (né en Afrique du Sud et travaillant à Berlin) s’est fait connaître avec « Atlantis » (2016), sculpture composée d’un grand ballon gonflable utilisé par les archéologues-plongeurs pour ramener à la surface le résultat de leurs fouilles. Ce ballon possède une valeur poétique afin de signifier que toute œuvre d’art a pour fonction de ramener au jour ce qui est caché, perdu, oublié. Reuter 2.pngTelle une baleine échouée l’œuvre peut accoucher d’un Jonas riche d’un obscur passé. Auparavant il avait présenté à la Kunsthalle de Bâle, « The Shell » projection en boucle d’un plan fixe sur une sculpture en coquillage - élément de la fontaine de Trevi. Pour « Fountain » il fit le choix transporter 5000 litres d’eau provenant de la véritable fontaine romaine afin de proposer métaphoriquement et de manière aporique la puissance d’un rêve de monument, d’architecture, d’histoire et de cinéma. Et ce dans la forme minimale d’un contenant industriel…

Reuter.pngL’aspect spectaculaire de l’éclat et de l’évidence est donc toujours diffracté. Mandla Reuter préfère par ses montages proposer de traces d’un lieu dont l’existence reste incertaine. D’où le sentiment de vide programmé non sans humour et selon l’étude ou le montage de divers système. Ils sont propres à créer des doutes et des incertitudes en des interrogations qui demeurent toujours à plusieurs entrées. La notion d’enveloppe y est souvent traitée de diverses manières car elle est le symbole de ce qu’elle induit mais qu’elle cache encore. C’est ce secret que l’artiste développe paradoxalement en un processus de dématérialisation de ce qui nous entoure là où tout oscille entre document et fiction

Jean-Paul Gavard-Perret

30/12/2017

Anouck Everaere : territoires, cartes et "clandestinées"

 Qui.jpg« Là d’où tu viens » est une série où Anouck Everaere part à sa propre recherche. C'est l'impossible qui lui fait mal et elle tente de retrouver temps et lieux à travers ce qui fuit. D’où sa recherche des autres : ceux qui la touchent auxquels elle pose - pour la scénariser - la question générique de la série. Leur réponse est donnée par leur « territoire » ou ses traces. L’artiste offre ce qu’elle nomme une « carte anthropomorphique » à travers des corps anonymes en des lieux banaux et dans lesquels leur visage devient une cartographie en marge. Les photographies argentiques couleurs sont scannées pour mettre inventer des montages drôles ou de drôles de montage entre quotidien et poésie.

Qui 3.jpgPrise de nombreux coins de France, de Belgique, d’Ecosse et d’ailleurs chaque photographie illustre combien plus l’artiste avance dans sa démarche plus elle se sent en vie. L'urgence la dépêche. Si elle veut la lenteur c'est pour demain. Elle crée toujours pour les mêmes causes et les mêmes raisons. Le regardeur voyage vers l'intérieur de ce questionnement. Le visage ouvre sa « clandestinée » par un tel montage où l’absurdité apparente devient effet de vérité au-delà du réel.

Qui 2.jpgL’œuvre se transforme en tendre matrice et chaudron de sorcière entre accords et désaccords par ce chantier en perpétuelle gestation. Il viole l'indicible, se moque des chastetés intelligibles. Les inserts « figuraux » remontent comme autant d’aveu. Leurs sous-jacences emportent dans leurs remous. La photographie ne mûrit pas les fantasmes, elle fait mieux. Elle les métamorphose dans des propositions phosphorescentes afin de nous faire aller plus loin par delà l’obscur là où le masque devient signe.

Jean-Paul Gavard-Perret