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08/09/2016

Niels Ackermann photographe suisse de l'année

 

Ackerman.jpgNé en 1987, Niels Ackermann travaille comme photojournaliste pour la presse suisse et internationale depuis 2007. Pour son reportage à Slavutytch, il a été élu photographe suisse de l’année. Il a reçu le Swiss Press Photo 2016 dans la catégorie Étranger et le Swiss Photo Award 2016 dans la catégorie Reportage. Il vit à Kiev depuis février 2015. Il est membre cofondateur de l'agence Lundi13. Plutôt que de proposer une vision misérabiliste et passéiste de la catastrophe l’artiste précise son propos : « j’ai choisi de me tourner vers l’avenir en suivant trois ans la jeunesse de Slavutych : la ville la plus jeune d’Ukraine, la ville née de cette catastrophe. »

Ackerman 2.jpgLa ville située à trente kilomètres de la centrale de Tchernobyl a été construite immédiatement après la catastrophe de 1986, à la lisière de la zone contaminée, afin de loger les liquidateurs et le personnel affecté à l’entretien des réacteurs. Elle compte désormais 25000 habitants. Une nouvelle génération y avance et le photographe est parti à sa rencontre entre autres grâce à Ioulia, une adolescente qui lui présente ses amis et lui montre les différentes facettes de la ville.

Ackerman Bon.jpgMais au fil des séjours Ackermann constate combien « L’Ange blanc » perd ses rêves et se voit confrontée à la réalité. La photographie ose néanmoins une forme d'ironie afin d'éloigner tout sentiment tragique de la vie. Certes l'artiste ne se fait pas trop d'illusion : il parie cependant sur l'avenir. Le malaise perdure au sein des jeux d’oppositions entre l’enfance et l’âge adulte, l'espoir et la défaite. L'œuvre repose la place de l’humain dans une nature et un monde en déliquescence. Mais ce travail reste une leçon de vie plus qu'une leçon de chose. Le poète mêle le rugueux au lissé, la surface à la profondeur en une rigueur impressionniste. Le disparate plus qu’esquissé signifie la revendication à l'émerveillement sans lequel la vie dans un tel lieu ne serait qu'un suicide programmé.

Jean-Paul Gavard-Perret


Niels Ackermann, « L’Ange blanc », Texte de Gaetan Vannay, Editions Noir et Blanc, 2016.

08:37 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

07/09/2016

Les Visitations de Griselidis Réal

 

Griselidis 4.jpgJehane Zouyene, « Grisélidis Réal, peintre - catalogue raisonné », Editions HumuS, Lausanne, 2016

L’histoire de l’art suisse et internationale restera redevable à Jehane Zouyene d’un superbe travail. Celui de la mise en exergue de l’œuvre plastique de Grisélidis Réal. C’est sans doute l’aspect le plus méconnu de celle qui ne put se livrer à son art que lors d’épisodes imprévus (la prison) et à quelques moments dits « perdus » mais qui ne le furent pas pour l’art. La « péripatéticienne » qui fit du stylo à bille l’outil majeur de ses œuvres et pensa pouvoir vivre de son art développa dans son œuvre le goût pour les monstres et les thèmes récurrents à son engagement : l’éros. Il devient aussi ornemental que fantastique.

Griselidis.pngL’artiste reste encore effacée sous l’activiste meneuse de la « Révolution des prostituées » à Paris avant d’importer son combat à Genève. Revendiquant le rôle social de la prostitution en tant qu’aide à la misère humaine, elle considéra son activité comme « un Art, un Humanisme et une Science » selon une éthique qu’elle résuma ainsi : « Que vaut-il mieux prostituer: son cul ou son âme? Le cul, bien entendu. C'est plus pénible physiquement, mais c'est plus propre ».

Griselidis 3.jpgCelle qui est enterrée au cimetière des Rois à Genève avec comme épitaphe «Ecrivain, peintre, prostituée » prend grâce à Jehane Zouyene une nouvelle dimension. Le corps dans l’œuvre plastique est magnifié de manière parfois mystique et fort éloignée de toute idée de faute ou de péché. Si la vie n’est souvent pour un créateur que le reste le plus perdu de son écriture et de son art, ce ne fut pas le cas pour Grisélidis Réal. Dans son œuvre de plasticienne elle consomme les extases d'un éternel retour. Et rien ne définit mieux ce travail plastique que le mot Visitation d’un corps qui retrouve une majesté dolente et royale à la fois.

griselidis 5.pngIl devient une suite d’autoportraits dans une paradoxale opération d’amour qui porte jusqu’à la transparence l’expression d’une mémoire à travers le bouquet des formes et des couleurs. La femme y prend la place de Dieu. Elle sert d’appel non sans humour à la tendresse afin de tempérer les convulsions de la vie en l’approche de l'unité qui associe la Femme au cosmos au sein d’une mélancolie chargée d'émotions archaïques de toute une histoire de l’art (en particulier germanique) ferment d'une douleur et d’une rêverie inépuisables.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/09/2016

Comme un larron en foire : Florian Javet

 

AAAJavetBON.jpgFlorian Javet, « La mer, la pampa, un lac », Ateliers de Bellevaux - Entrebois 27, Lausanne, du 7 au 11 septembre 2016.

Florian Javet fait mentir la fameuse sentence du Paul Klee dans son Journal : « dans le pays helvétique le peuple devrait franchement proscrire l’art par la loi » (Grasset, p.197). Il est vrai que le peintre attaquait moins les artistes que ceux dont le métier était de les défendre. Toujours est-il que Javet - comme l’on dit de manière familière - « fait le boulot ». « La mer, la pampa, un lac » lui offrent trois unités d’élection de lieux et d’action où, comme il le précise, il reste possible de « composer des scènes sous la contrainte ».

AAAJavet 3.jpgA partir de références hétéroclites le plasticien propose des rapprochements improbables chers aux « cadavres exquis surréalistes pour combiner objets, figures, animaux et lieux en procédant par tirage au sort ». Le jeu en vaut la chandelle : les images aléatoires et leurs symboles (idem) ramènent à l’histoire de l’art, au western, au film d’aventure, à la psychanalyse et autres plaisanteries du même type selon des dérives et des digressions jouissives où la vie se retrouve à l’envers.

AAAJavet2.gifL’artiste comprime et étend les lieux et leur « nature » par effet de surface ou de profondeurs cachées et imprévues. Tout est aussi lourd qu’aérien, inquiétant que drôle. Surgissent des cérémonies plus orphelines que sacrificielles au sein d’une énergie qui joue de la perte des repères et ouvre à l'insaisissable dont l’artiste sublime la rage, le romantisme ou la farce.

Jean-Paul Gavard-Perret

20:43 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)