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20/11/2016

Des montagnes et des profondeurs « clamavi » : Laurence Revey

 

 
Revey.jpgLaurence Revey, « Le blues des Alpages & Alpine blues » (livre et CD), Editions d’En Bas, Lausanne, CHF 30, 25 E.., 2016.

 


Revey 3.jpgLaurence Revey aime franchir frontières, limites et seuils afin de continuer l’incessant devenir de sa musique et de ses ponctuations textuelles. L’oeuvre maintient le néant à distance et relativise les « choses vues » en leur donnant plus de profondeur et de distance. La chanteuse valaisanne reste arrimée à sa terre tout en sachant s’imbiber des musiques foraines. Le ciel est plus gris chez elle que dans le « Deep-south », mais le blues devient une couleur une idéologie que l’artiste transpose dans les Alpes pour les nourrir d’autres racines.

Revey 2.jpgLe livre album permet d’approfondir l’essence de ce travail et de son parcours. Il est déjà long : vingt ans de bourlingue dans son pays natal et bien au-delà, initiée par Pete Brown, poète rock de « Cream » qui l’emmena vers le rock anglais. Exit «Le Creux des Fées», place aux Alpages. Mais ils ne sont qu’une partie du « paysage » entre Mississippi, fjords et savanes africaines. D’où l’originalité d’une œuvre qui ne cesse de s’émanciper de ses fondamentaux. En réaffirmant sa volonté de ne rien renier Laurence Revey crée entre finesse et tension un mélange où diverses substances musicales s’homogénéisent à la recherche d’émotions toujours plus prégnantes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

17/11/2016

X sous X


Porno 2.pngDes centaines de maris qui seraient bien rentrés chez eux mais qui risquaient d’y retrouver leur épouse décidaient parfois de faire une halte dans un cinéma X. C’est là parler d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : ils ont tout désormais sur internet et de manière plus bouchère...

Mais savoir que la vie fait de nous des figurants passifs alors qu’au cinéma porno les acteurs  sont en mouvement (pas question de regarder l’heure à la pendule du studio) ne suffisait pas à appâter le gogo. Toutefois les autorités « sanitaires » de la morale avaient le bras séculier lourd. En 1975, la loi française interdit l’usage d’images explicites sur les affiches de films pornographiques. Dès lors les distributeurs doivent multiplier les chartes graphiques et linguistiques pour répondre à la pénurie organisée.

Porno.pngDe cet important corpus « Pornographisme » propose une sélection et un historique de graphismes kitschissimes à la mode psychédélique et de titres extravagants : « Orgies au camping », « La Comtesse est une pute », « La grosse cramouille de la garagiste », « Les vieux sur la vieille » ou « Merlin l’emmancheur ». Pour un homme seul et désirant le rester ces appels étaient une bénédiction. Les stars du genre étant connues cela évitait les présentations en une époque où la pornographie devint ce qu’elle n’est pas : non une monstration mais une évocation. Grotesque ou poétique, c’est selon.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mickaël Drai & Christophe Chelmis, « Pornographisme », éditions Marque Belge, 2016.

14/11/2016

Le gai savoir de Barbara Polla


Polla érect..pngBarbara Polla propose à travers l’œuvre de Dimitris Dimitriadis une apologie d’un gai savoir. Il tourne autour de la figure du phallus moins totem que source de vie et initiateur de toutes les créations : artistiques et littéraires bien sûr mais, par delà, tout autant politiques, écologiques, architecturales bien sûr en des reprises des et du sens au sein d’une Grèce qui n’est plus seulement antique. L’objectif est aussi (sinon surtout) précise la Genevoise « de faire bander un pays ».

Polla 4.JPGCe qui évite d’emblée bien des équivoques…Et Dimitris Dimitriadis de lui emboîter le pas : « Pour moi l’érection est le contraire de la dépression. L’érection est un état intérieur général où l’on se trouve en position debout. Mais en même temps on est plein. C’est un hymne acathiste, l’érection. On n’est pas assis, on n’est pas à l’aise, on est tout en haut. Et l’image de l’érection donne cette dimension : on est prêt à éjaculer. Donc à créer ». En une telle posture non seulement l’être mais une société abattue se relèvent et s’érigent. Dont acte.

Jean-Paul Gavard-Perret


Barbara Polla, “Éloge de l’érection suivi de Lycaon, apologie du désir” de Dimitris Dimitriadis (traduction Michel Volkovitch), Editions Le Bord de l’Eau – Collection La Muette, 2016, Bruxelles.