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12/07/2017

Céleste Boursier-Mougenot : avec le temps


boursier 1.jpgCéleste Boursier-Mougenot, « Temps suspendu », CACY Yverdon, 15 juillet - 24 septembre 2017

Céleste Boursier-Mougenot présente à la fois une intervention extra muros au village de Vercorin dans les alpes valaisannes, et intra muros, à Yverdon-les-Bains. L’artiste y poursuit l’exploration - à la fois muséale comme en action et in situ - de sa recherche sur le mouvement et couleur. Au moyen de filtres de couleurs sur les vitres des cabines, il prouve qu’un téléphérique ou un télécabine est non seulement un véhicule mais « belvédère en mouvement » propre à la rêverie.

L’artiste s’interroge sur les conditions de connaissance et les types de regards qui peuvent se porter sur la montagne d’aujourd’hui et au moment où elle est devenue un territoire marqué par une forte colonisation architecturale et technologique. Mais il a le mérite d’échapper au format documentaire classique. Il modifie la perception du paysage par son parti-pris formel ambitieux. Et ce avant une autre « exposition organique » dont nous parlerons plus tard.

Jean-Paul Gavard-Perret

14:12 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

11/07/2017

Niele Toroni et le lapin


Toroni.jpgLe Tessinois Niele Toroni reste un prestigieux faux plaisantin de l’art. Tout théoriquement est fait dans son œuvre - depuis l’époque où il fut cofondateur du groupe BMPT avec Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier – pour dégommer son art. Toutefois ce n’est qu’une apparence. Résolument placé entre l'art conceptuel et minimaliste, Niele Toroni, est resté sur les mêmes fondamentaux en revendiquant un degré zéro de la peinture. Refusant les items inhérents à l’art il demeure fidèle à l’injonction première du groupe « NOUS NE SOMMES PAS PEINTRES ! ».

Voire… En donnant un coup de pinceau No50 tous les trente centimètres sur son support blanc il a peu à peu construit une œuvre d’envergure. A sa manière la fable de « Lapin Tur » - écrite en 1976 et à nouveau disponible - signe la fausse mort de la peinture. Toroni se moque du décès programmé. L’artiste a su renouveler les fondamentaux de l’art par ses accords et désaccords des couleurs, la transformation des règles de la composition, le refus de l’imagination, de la valorisation du geste et de l’ego de l’artiste, de son intériorité plus ou moins profonde ou creuse.

Toroni 2.jpgLa fable est aussi occasion de multiplier les plaisanteries et les jeux de mots de derrière les fagots de l’exilé à Paris. Manière de prouver que la peinture sans « l’esthétisme, des fleurs, des femmes, de l’érotisme, de l’environnement quotidien, de l’art, de dada, de la psychanalyse » a encore beaucoup à dire. Et surtout à montrer. Le lapin a la vie dure et il peu conjuguer des mondes dont la syntaxe s’étend. Il sonde le monde en lui donnant plus d’œil et d’oreilles possibles.

Jean-Paul Gavard-Perret

Niele Toroni; «L'histoire de Lapin Tur», Editions Allia, Paris, 2017, 48 pages.

 

Cathy Bion : entrée dans le lieu par la couleur

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Avec la force de la couleur et ce que Cathy Bion nomme son « instinct » l’aventure du paysage recommence. L’œil s’y étonne de ne pas y retrouver forcément ses marques. L’étendue que l’image déploie est soumise au risque de la force chromatique pour un surcroît de regard par abstraction réelle de la ressemblance. Il s’agit d’entrer dans le lieu par les couleurs. L’opératrice travaille sur l’apparence, touche des mises au point pour que les chromatismes deviennent une zone qui redonne une force au monde.

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Les horizons les épousent. Elles sont déposées selon une vision souvent panoramique. Le traitement de la sensation est ainsi renouvelé. La narration devient la complicité native avec les données primaires. La ressemblance devient étrange et belle en de telles osmoses. Cathy Bion possède ainsi une façon particulière de cueillir l’apparence, d’aimer l’espace et d’en embrayer les instants de suspens, d’errance. Chaque fois une couleur y braque sa lampe en ce que la photographie « fait » au paysage.

Jean-Paul Gavard-Perret

Cathy Bion, "L'instinct de la couleur" à la galerie French Arts Factory, Paris du 11 juillet au 23 septembre 2017.