gruyeresuisse

20/09/2018

Muriel Valat-b : Naissance de la lumière

Valart 2.jpgIl existe dans les dessins de Muriel Valat-b de la place pour une pluie de lumière dont les halos s’interpénètrent dans l’alternance des lignes. Le tout non sans douceur.Les zébrures viennent de partout, ça s’entrecroisent, ça flue en sarabandes et ritournelles du jour. Existent des séries d’aperçus. L’épaisseur des choses se dilue et les poèmes choisis par la créatrice rentrent en césure avec le dessin.

Valat.jpgElle propose des stases contemplatives qui permettent une liberté d’interprétation. Nous pouvons regarder et respirer dans de telles surfaces où tout circule avec à peine quelques références réalistes ou architecturales. Dans une fixité inhérente au dessin tout se déplace et dépayse pour mettre à nu l’évidence de la lumière. A mesure que l’artiste lui lâche la bride, le chant des lignes a lieu.

Valat 3.gifNul habillement ou décoration : juste ce qui est nécessaire afin de créer l’esprit de la clarté que les « filets » n’entravent pas mais soulignent. Leur profusion ressource l’épicentre du jour dès la déambulation matinale qu’un tel livre instaure. Il semble avoir une sensation d’avance sur nous. Nous étions endormis : il nous réveille par la fée des secrets qui devient « incicatrice » et instigatrice : bref, le jour est ce qu’il est et ce qu’il devient.

Jean-Paul Gavard-Perret

Muriel Valat-b, « La nuit est usée », Voix Editions - Richard Meier, Elne, 2018.

19/09/2018

Leonhard Hurzlmeier : révision des clichés

Hurzlmeier.jpg

 

 

Le jeune peintre Leonhard Hurzlmeier revisite la tradition de nu féminin à travers l’humour qui casse les clichés sociaux et plastiques. Il crée des perspectives surprenantes, fantaisistes mais plus profondes qu’il n’y paraît. Au“ C’est tout » du nu répond un moyen de le faire résonner autrement et de perdre le voyeur dans le lieu de sa voyance. La femme n’est ni sainte, ni prédatrice elle vit sa vit, se moque de ce qu’on attend d’elle.

 

 

Hurzlmeier 2.jpgSans doute la question du sexe hante l'art mais Hurzlmeier introduit l'inadéquation fondamentale de la peinture aux images classiques du féminin. L’érotisme se montre en divers écarts là où la femme semble s'offrir presque toute entière. Le corps soudain redevient le lieu du paroxysme, de la ré-énumération et non de la rémunération attendue. La femme n'est plus enclose pour n’être que le « pauvre » jouet du mâle, elle redevient magique et foudroie. Il n’existe pas des noces érotiques mais se précise une remise en jeu le désir. La femme pénètre le voyeur qui ne la pénètrera jamais. L’intime n’est qu’extime vibrionnant et enjoué.

Jean-Paul Gavard-Perret

Leonhard Hurzlmeier, « Neue Fraulen », Hatje Cantz, Berlin, 2018.

18/09/2018

Yannick Bonvin-Rey : une histoire de soupirs

Yannick Bonvin-Rey, "Peinture et encre", Galerie Marianne Brand, Carouge, du 20 septembre au 18 octobre 2018.

Bonvin.pngYannick Bonvin-Rey, à travers ses différentes techniques, crée des images qui ne sont pas que surfaces ou peaux. L’artiste entame une desquamation et un tatouage loin de toute posture psychologisante. L’abstraction tend moins vers le ciel que la terre.

Bonvin 2.pngLa créatrice y souffle le froid et le chaud. Le souffre n’y est plus mortel. Et si les images et les techniques sont choisies par souci d'économie sémantique, elles le sont aussi pour la rythmique qu’elles génèrent et les opérations qu’elles permettent.

 

 

Bonvin 3.pngSe méfiant des effets de décor dans lesquels ceux qui se prétendent des envoûteurs croupissent, Yannick Bonvin-Rey est à la fois plus humble et plus profonde. Elle tire des sépulcres  des formes en résurrection. Par souffles obscurs elles reviennent à la lumière en sortant des bouches d’ombres.


Jean-Paul Gavard-Perret