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27/04/2017

Pop’art made in Switzerland

Swiss 4.jpg« Swiss Pop Art Formes et tendances du Pop Art en Suisse », Aargauer Kunsthaus, Aarau, du 7 mai au 1er octobre 2017.

Paradoxalement dans la suite de la grande époque de l’abstraction zurichoise, le Pop’art trouva une production artistique capitale chez les artistes suisse des années 1960 et du début des années 1970. L'exposition de l’Aargauer en propose pour la première fois un large aperçu à travers les œuvres de Susi et Ueli Berger, Fernando Bordoni, Carl Bucher, Emilienne Farny, Bendicht Fivian, Franz Gertsch, Margrit Jäggli, Urs Lüthi, Markus Müller, Markus Raetz ou Peter Stämpfli. La plupart d’entre eux sont d’ailleurs devenus des artistes internationaux.

Swiss 2.jpgSi l’art pop est par définition un antihumanisme puisque son sujet n’est pas l’homme mais l’objet, les artistes en offrent parfois une dissidence par un retour de son refoulé. Urs Lutti ou Margrit Jäggli par exemple reconstruisent une sorte phénoménologique à travers certaines errances volontaires. Le pop’art suisse a donc créé l’émergence devant un chaos d’ennuis et de conditionnements.

Swiss.jpgPlus qu’aux USA et au Royaume-Uni, des œuvres helvétiques ont jailli des agglutinements intempestifs, des textures et des sarabandes capables de réinterpréter le monde. Dans le « Pop » made in Switzerland demeure une suite de discontinuités, d’éboulis, d’interférences L’exposition permet d’en reprécise les codes et en monte les codex. Elle prouve que sous ce mot demeurent des corpus à voir autrement qu’à l’état de simples reliques.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

26/04/2017

Lauren Greenfield : douteuses exhibitions


Greenfield P. DE C..jpg"Generation Wealth" est la première monographie sur la photographe et réalisatrice américaine Lauren Greenfield, primée au festival de Sundance en 2012 pour « The Queen of Versailles ». Magnifique et cruel, le film illustre l’existence de Jackie et David Siegel, propriétaire de la chaîne « Westgate Resorts » et de la plus grande et plus chère maison des Etats-Unis qu’ils ont modestement nommée « Versailles »... Lauren Greenfield est toujours fascinée par l’obsession pathologique pour la richesse. Les espoirs de beauté, de fortune et de notoriété sont les résultantes d’un consumérisme de plus en plus ravageur dont la photographe souligne les stigmates.

Greenfield  3.pngDans ce but elle a « monté » sa monographie sous forme de narrations de 650 photographies aux couleurs saturées et aux figures baroques. Elles répondent à 150 interviews des personnages photographiées. D’où une chronique délirante de la société du nouveau millénaire telle qu’elle se découvre principalement sur les côtes Est et Ouest des Etats-Unis. Mais ce matérialisme cavaleur, ce besoin de célébrité sont devenus les parangons d’une société mondialiste dont les repères  et valeurs sont l’argent et son ostentation. Greenfield.pngSe découvrent les coulisses des pitoyables concours de beauté, les maisons des oligarques russes et des nouveaux riches chinois. Ils se prennent pour une élite parce qu’ils croulent sous des biens aussi laids que rococos. Au passage l’artiste n’oublie pas de faire état de certains projets pharaoniques qui - faillites aidant - sont réduits au rang de ruines. Ce qui, somme toute, est (presque) rassurant.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lauren Greenfield, « Generation Wealth », Phaidon Editions, 2017, 70 E., 504 p.

25/04/2017

Balthus à Genève

Balthus.jpgBalthus, Rétrospective, Gagosian, Genève, 25 mai - 29 juillet 2017.

Entre 1936 et 1939, Balthus réalisa les célèbres séries de portraits de Thérèse Blanchard, sa jeune voisine à Paris. Elle y posait souvent seule ou avec son chat. En Suisse il substitua l'austère décor parisien par des intérieurs colorés dans lesquels des nymphettes s'adonnaient à leur rêverie. Il devint un maitre par l'art de saisir toute l'ambivalence contenue dans l’être et plus particulièrement chez la femme encore adolescente ou enfant.

Balthus 2.pngJusqu’à sa mort Balthus poursuivit cette « chronique » picturale à cheval sur deux mondes. Son art aiguise les esprits les plus sagaces mais semble à la portée du premier imbécile venu. Il a trouvé les images pour suggérer un sentiment exogène en « imageant » des vies qui sans se confondre avec l'existence intime de l'artiste crée un songe - une mythologie. Elle pose la question de la peinture et son enracinement et semble mettre en communion avec le modèle, non pas banalement et au hasard, mais dans une feinte d’indifférente. La ressemblance semble familière et intime mais ce travail plastiquement riche reste ténébreux

Balthus 3.jpgBalthus s’est même amusé à transformer le fier étalon mâle en chat pour casser la psychologie picturale. Cette métamorphose accentue la fiction narrative des toiles. Le chat démultiplie le masculin dans un fantastique jeu de miroir. Il introduit un rire alimenté par la transgression et une imagerie de contes enfantins. La nudité féminine offerte à ceux qui ne pense qu’à « chat » ne s'oppose pas à leur volonté affichée mais la double d'un "malin" plaisir. Celles qui se laissent regarder provoquent à la fois le trouble et le rire selon des rackets figuratifs loin de l’érotisme de façade.

Jean-Paul Gavard-Perret