gruyeresuisse

19/08/2017

Jochen Raiss : s’envoyer en l’air

Jochen Raiss.jpgJochen Raiss, « More women in trees », 122 p., 15 E.- 20 CHF, Haje Cantz, Berlin, 2017.

Après le succès de « Frauen auf Bäumen / Women in Trees » chez le même éditeur, celui-ci propose une suite à ces prises insolites de femmes en fleurs ou aux fruits murs perchés dans les arbres. Découverts et recueillis par Jochen Raiss sur les marchés aux puces pendant quelques vingt ans, ces clichés sont aussi ludiques qu’insidieusement érotiques. Les fruits y sont défendus (ou non) dans leur condition d’envol en variances. Par l’emprunt, l’artiste compose une approche aussi naturelle qu’interdite. La proie n’est pas d’ombre mais elle retourne ses armes contre le voyeur, là où sans le savoir les photographes amateurs ont capté l’insaisissable liberté et une entente tacite avec du désir.

Jochen Raiss 2.jpgImpossible de ne pas croire qu’entre les « artistes » et leurs modèles ne s’insinue un échange de pouvoir au sein de l’illusion vitale saisie là où l’existence se veut insouciante et s’arrache aux vicissitudes du quotidien. Le corps exprime des sensations profondes que l’absence de souci à proprement parler artistique laisse intactes. Reste une plongée ou plutôt une montée sur un bien-être : preuve que le premier rapport à l’image n’est ni mental ou intellectuel. Il demeure d’abord naturel, immédiat, physiologique.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/08/2017

Katia Gehrung : Vers où ? Pour qui ?

Gherung 2.jpgEn noir et blanc ou en couleur les photographies de Katia Gehrung, en une forme de minimalisme baroque, créent les émergences impressionnistes du doute. La femme devient un signe calligraphique à forte puissance poétique ou représente une trace mélancolique parfois drôle, parfois inquiétante.

L’artiste souligne des gouffres de présences implicites. Le cliché devient un noyau à partir duquel se déploie une chorégraphie en plans fixes au sein d’une expérience parfois proche d’une puissance abstractive. Elle devient la source d’une plasticité fragile et puissante vers un espace où tout se perd mais où subsiste l’ordre d’une pure émergence.

Gherung.jpgLe corps suinte du silence au moment où le néant pourrait bien le toucher sur les méandres d’une route ou sur le sentier des solitudes. Entre rêves et ténèbres là où tout peut encore se passer, en touches de lumière, le corps semble épouser l’asphalte ou la terre à la rencontre du rien enseveli. Il reste néanmoins l’astre qui refuse de mourir.

Entre le tumulte des formes et leurs rétentions chaque prise est une énigme, une histoire sans parole créatrice d’une extase plastique. Sa narration devient celle du langage de l’image. Le modelage formel finit par avoir raison de tout. N’est-ce pas ainsi que l'art trouve sa plénitude ?

Jean-Paul Gavard-Perret

Giacomo Santiago Rogado : la peinture et l'espace

Muller.jpgGiacomo Santiago Rogado, «Growing together through emotions over time», Galerie Mark Müller, Zurich, du 26 aout au 14 octobre 2017.

Giacomo Santiago Rogado fait sauter les verrous de l'obscur passé à coup d’épures, pour éviter une paralysie ou l'occlusion intestine au nom de l'historicité de la peinture. Bref il ouvre des interstices afin de développer un mouvement dans l’intervention réciproque de la peinture, du support comme de la scénographie d’exposition.

Muller 3.jpgLa peinture ne recouvre pas tout forcément l’espace, elle le fragilise afin de lui donner une autre peau par pigments, délaiements en un état présent et renaissant par effet de transparence et de ponctuation de formes, de couleurs. Une telle oeuvre se suffit à elle-même mais le créateur est spécialiste de dialogues avec les lieux. Le graphisme quel qu'en soit le registre ne trace pas simplement : il s’ouvre à une autre dimension au cœur d'une démarche abstraite et poétique.

Muller 2.jpgGiacomo Santiago Rogado offre donc de multiples discours non “ sur ” mais “ de ” la peinture et de ce qu'elle « honore » en s’engageant dans l’espace. Défaisant le trop construit et maîtrisé, l’œuvre prend une dimension nouvelle et un autre relief. Le créateur met en branle la mise à bas des "robes" d'apparat : la valeur de l'espace de l'imaginaire est en éclats à travers des impossibles invariants auxquels la peinture accorde une diaphanéité.

Jean-Paul Gavard-Perret

08:20 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)