gruyeresuisse

19/03/2019

Céline Masson : masques

Masson.pngCéline Masson, "Toison", Le Flon, Lausanne, du 29 mars au 27 avril 2019.

 

Par ses effets de surface Céline Masson ne cherche jamais à épater au moyen d’images fausses, frelatées et éphémères - ce qui paraît pourtant souvent le plus original aux yeux des gogos. Elle attire l’attention par ses jeux de superpositions pour transformer le trivial en des sortes de "tableaux vivants" qui ne recyclent jamais de vieilles formules.

Masson 2.jpgPas de compromis avec le fantasme mais les noces de l'audace et de l'impertinence. Elles portent en elles une vérité à la fois d'apparence et d'apparentement. C'est habile et drôle. Le corps est tissé mais s'y ouvre des poches d’ombre en aplomb du chaos. Jaillissent l’énergie hallucinante et les effets d'une sorte de cinéma où l'artiste mêle à sa manière Louise Bourgeois et Charlie Chaplin.

Céline Masson ne veut pas diminuer l'obscurité mais augmente la lumière. Chaque fois en filigrane il existe une différence inattendue. Le corps change sa "'viande". Voire son âme. Celle-ci semble parfois sous éteignoir : une bouche se tord, une farce prend forme. Et ce pour souligner qu'en chacun de nous demeure un "monstre" caché qui fait tout notre mystère. L'artiste le rapproche moins du voir que de l'entrevoir - ce qui est bien plus intéressant.

Jean-Paul Gavard-Perret

18/03/2019

André Carrara et le sens du rite

Carrara.jpgLa photographie de mode est devenue un genre noble. Mais elle peut-être dangereuse pour les artistes qui brûlent leur créativité en sacrifiant leur "âme" aux demandes des responsables marketing. André Carrara leur résiste. Chez lui le corps devient une présence silencieuse. Il se dérobe, se refuse puis s'abandonne à l’obscurité et la lumière. L’objectif de l’appareil ne saisit pas un corps, mais  sa part de mystère.

 

 

Carrara 2.jpgLe photographe ne s'est donc pas laissé piéger par les statégies préformatées. Entre ses clichés de création et commerciaux l'écart est des plus minces. Avec lui qu'importe le vêtement : la femme s'étire, s'enroule, se love, se lève. Et l'artiste tient son image hors de l’image attendue. L'intimité semble jaillir du néant.

 

 

 

 

Carrara 3.jpg« Si j’ôte mon chemisier que ferais-je de lui ?" semble demander les modèles au photographe. Son attention la rassure. Parfois dans les épreuves, l'égérie semble absente. Si proche mais si lointaine. Comme encore non révélée jusqu'à ce que l'appareil la saisisse : soudain elle se transforme dans le noir qui fascine et blanc qui tue. Métaphoriquement bien sûr.

Jean-Paul Gavard-Perret

Patrick Lambertz : suspendus au cou de l'hiver

Lambertz.jpgPatrick Lambertz, "Châlets de Suisse", Breitenhof, Altendorf, du15 au 24 mars 2019

 

Patrick Lambertz représente la Suisse à travers un de ses poncifs. Ce n'est pas ici le pays du chocolat, de l'horlogerie de luxe, des banques ou du fromage mais celui des chalets. Le créateur les photographie de manière frontale et quasi décontextualisée en relevant ses prises de quelques couleurs spartiates.

Lambertz 3.jpgPatrick Lambertz utilise volontairement ce cliché afin de prouver la diversité d'une telle "maison de l'être". L'artiste d'origine allemande a passé plusieurs saisons hivernales pour les saisir selon une vision "très éloignée du monde glamour de l’image idéalisée" tant de tels chalets sont parfois sinon abandonnés du moins laissés en désuétude.

Lambertz 2.jpgà une problématique qui remonte aux travaux de l’école de photographie de Düsseldorf et du mouvement «New Objectivity», des séries réalisées par Bernd et Hilla Becher et de l’art photographique formel de Karl Blossfeldt, Lambertz fidèle à ces traditions a choisi une vision minimaliste, quasi "abstraite" mais poétique. Elle donne au paysage suisse un caractère austère mais prégnant. Manière d'insérer du leurre dans le leurre et transformer une représentation classique par celle où le chalet semble suspendu au cou de l'hiver.

Jean-Paul Gavard-Perret