gruyeresuisse

08/10/2016

Emmanuelle Jude : ice-cream


Jude 2.pngEmmanuelle Jude, « un après-midi à Collioure », texte de Audrey Quintane, VOIX Editions, Richard Meïer, Lausanne, 2016, 32 pages.

Au milieu des tempêtes impossibles du temps de petits plaisirs demeurent. Le soleil l’augmente. Les êtres y demeurent. Seuls, là où il y a tant de monde. Comme le précise l’artiste « Ils attendent l’heure des vacances pour vivre enfin ! » Leurs activités préférées sont très simples : manger des glaces, entre autres. Cette activité érotise son corps, suscite le désir. Déguster une glace devient donc autant un luxe à bon marché qu’un leurre de l’économie des plages.

Jude.jpgEmmanuelle Jude en donne plus qu’un reportage dans la soudure et les amas de deux « corps » dont l’un mange l’autre en un moment très bref d’éternité. Tout fonctionne plus pour le plaisir de certains qu’à la volupté du plus grand nombre. La prétendue progression de l’humanité est l’arrangement subtil du système de plaisir capable de faire prendre les vessies pour les lanternes et de faire retourner le quidam à l’enfance. S’il ne faut jamais lui faire trop honneur l’acte peut s’élever tout de même comme principe dans la passivité d’un événement éphémère mais soudain immémorial. Il est vécu dans le présent comme revenant. La vie est sans promesse mais un temps suspendu reste en jaillissement. Preuve que sommes que matière. Une crème glacée suffit à le montrer.

Jean-paul Gavard-Perret

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29/11/2014

Mathias Forbach : aliquids visuels

 

 

 

Vevey Forbach.jpgMathias Forbach, « Suite », (Rats n° 8), Collectif RATS et éditions Tsar, Vevey, 28 pages.

 

 

 

Adepte du dessin et de l’interrogation sur le sens des images Mathias Forbach surprend par ses stratégies plastiques. A un peu plus de trente ans il apparaît déjà comme un talent sûr. Rares sont en effet les jeunes artistes capables à la fois d’une réflexion  sur l’image et d’un sens aigu de l’humour le plus insidieux. Ses célébrations plastiques iconoclastes donnent le jour à des accrochages dont les rictuss des rituels sont éclatés en poétiques qui ne cessent de prendre à revers la représentation du monde et la perception du spectateur ( c’est d’ailleurs souvent le cas autour du colectif « Rats »).  Mais plus que tout autre Mathias Forbach déclassifie les normes par le dynamisme de sa création et son fonctionnement ludique, hors jeux et règles.


 

 

Fiorbach.jpgOn peut appeler cela la métaphysique du réalisme ou le réalisme de l’illusion. Genres, familles s’écroulent afin de faire jaillir des structures sous jacentes mais sans que le créateur ne cherche à les théoriser. Le dessin improvise du provisoire par sauts et gambades contre tous préjugés. D’où une spéléologie du réel, de ses apparences « décimentées » et décimées dans l’espace. Le socle de la réalité disparaît à coup d’intuitions et de démentis. L’extravagance suit son cours dans une expérimentation qui se passe de justifications, de critère causal ou d’existence. L’œuvre devient un essentialisme du réel non par substance mais structure. Au statisme fait place la fluidité pour pervertir les habitudes de voir. Il y a là ce que les philosophes nomment un « aliquid » dynamique selon différents réseaux. Ils retournent les apparences et les nébuleuses classiques des pouvoir de la représentation. L’œuvre de Forbach est à suivre. Absolument.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 


 

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