gruyeresuisse

09/06/2018

Stephan Lupino : New York Delire et après

Lupino.pngStephan Lupino - personnage culte de la scène photographique new yorkaise des années 80 - est de retour. Celui qui était nommé le “down town Helmut Newton” avait installé un de ses studios dans les toilettes des femmes du club mythique de l’Area. Elles devinrent « the place to be » pour être shooté là où tout était permis.

Lupino 2.pngEn 1991 le colosse rejoint son pays (Le Croatie) pour se battre contre la Serbie. La paix revenue, il revient à la photographie mais l’abandonne pour la sculpture qui - quoique partiellement abstraite - reste marquée par l’érotisme.

Lupino 3.jpgL’artiste continue à explorer de manière particulière le corps afin de traduire  les obsessions du monde occidental et sa fascination pour le sexe. Il ne cesse d’opposer les vues idylliques et des horizons contaminés par le plaisir. Il a donc créé des profils étranges avant de s’éloigner d’un réel éphémère pour exprimer des « vérités » plus profondes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Galerija Fotografija, Ljubljana, juin 2018.

16/05/2018

Mathias Steinkraus dans l’abri des nocturnes

Steinkraus bon.jpgS’interrogeant sur l’espace urbain pour en déchiffrer les conditions et les structures Mathias Steinkraus est resté 6 ans dans un appartement de la « Kottbusser Tor » près d’un grand carrefour de Berlin et son légendaire et « infâme » pub ouvert 24 heures sur 24 le « Rote Rose » nommé aussi « red rose ».

Steinkraus 2.jpgIl a photographié les clients du bar et les résidents du « New Kreuzberg Center », ensemble de 367 appartements sur 12 étages épicentre de ce quartier de Berlin. Le photographe en symbiose avec ces espaces montre comment ils deviennent le modèle de lieux identiques dans toutes les cités occidentales. En ces espaces les perdants plus ou moins magnifiques se retrouvent même s’ils sont de moins en moins acceptés par la société libérale qui tente d’annexer ces quartiers.

Steinkraus 3.jpgL’artiste saisit habitants et lieux en des portraits, des atmosphères et des paysages pour donner de la ville une image particulière et spécialement de nuit. Ces images numériques et analogiques deviennent la première monographie de l’artiste. Fond et forme sont astucieusement agencés là où des êtres dorment dans des vêtements de fourrure, vident des bouteilles et sont les représentants d’un melting-pot derrière des façades de l’architecture « post war ». Cette faune humaine est de plus en plus cachée ou rejetée au nom de la « gentrification » d’un espace qui induit le déplacement de populations non désirées. Elles vivent comme en parallèle du développement urbain. Le « Rote Rose » reste encore leur abri de fortune que le photographe contribue à sortir de l’ombre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mathias Steinkraus, « Rote Rose », Hatje Cantz, Berlin, 2018, 35 E..

09/05/2018

Simon Roberts : tours et détours d’Italie

Roberts 4.pngSimon Roberts, « New Vedute », Galerie Heinzer Reszler, Lausanne, du 15 mai au 16 juin 2018.

Fidèle à sa démarche Simon Roberts témoigne d’un intérêt constant pour les rituels sociaux. Utilisant toujours le même protocole, le plasticien scanne des images pour les insérer en un travail de surimpressions en des sortes de constellations ou d’apparitions selon diverses métaphores et pour porter la lumière sur l’ordre ou le désordre des représentations du monde.

Roberts.jpgL’anglais les capte par une perception ironique et foisonnante. Ici le voyage se fait à rebours dans son puzzle: plutôt que d’assembler les pièces, il les mêle. Et avec « New Vedute » Simon Roberts s’est servi de cartes postales touristiques italiennes trouvées dans des marchés aux puces. Toutes ont été écrites, oblitérées et envoyées au Royaume Uni.

Roberts 3.pngPiégeant une image dans une autre le créateur mixe des vues idéales de ruines, de monuments historiques, de plages en incluant des photos de vacances de son père ou ses propres photographies. Une telle série rappelle une plus ancienne « The Last Moment » et ses effets de translucidités. Ce mélange crée une tension et n’est pas sans donner une vision sociale et économique de l’impact touristique. Elle présente aussi une réflexion sur le sens des images sans que l’artiste ne renonce à jouer avec sa propre vision de l’Italie comme il l’avait fait pour son pays.

Jean-Paul Gavard-Perret