gruyeresuisse

06/07/2018

Cave Canem - Vincent Flouret

Flouret 2.jpgVincent Flouret avait habitué à mieux. Son « Maxdonna » se veut gaguesque en manifestant un certain fun avec comme objectif de créer une critique d’un certain érotisme de façade. Mais par la reprise des codes par lesquelles Madonna fut scénarisée (entre autre par Jean-Paul Gaultier), l’animalité n’en sort pas grandie et l’aspect corrosif demeure dérisoire.

 

 

 

Flouret.jpgMais, et de plus, n’est-ce pas - sans le vouloir et sous forme de diversion - faire preuve d’un machisme plus que d’iconoclastie ? La transformation de l’héroïne originale en chien ne crée pas l’insolence promise mais offre un exemple de parfait mauvais goût. La vidange d’un certain paraître reste pure parade. Elle manque en dépit du modèle canin totalement de chien. Crucifier Madonna comme Flouret le propose reste une farce grotesque de la prostitution au moment où il croit la dénoncer.

Flouret 3.jpgReste en effet une offense aux femmes et aux chiens. Faire porter à Max les oripeaux de Madonna est plus pitoyable qu’efficient. Cela tient d’un acharnement où la bêtise la plus crasse triomphe et où de la raison critique ne reste que le cadavre. Se perd toute valeur d’émancipation dans la conjugalité implicite entre l’icône et l’animal. A une soumission des codes répond une autre aux sphères tout aussi douteuses.

Jean-Paul Gavard-Perret

Vincent Flouret, « MAXDONNA», L’agence Arlésienne, Arles, jusqu’au 15 aout 2018.

27/06/2018

Claude Nori : Capri c'est pas fini

Nori Bon.jpg"Contrejour" réédite l'album de délice et de sensualité "Vacances en Italie » (épuisé depuis 30 ans mais enrichi d’inédits) de Claude Nori enrichi. L’artiste a photographié depuis 19882 Capri, Naples, Portofino, San Remo, Stromboli, Viareggio qui furent autant de décors de films que de vacances. Là comme ailleurs les Italiens ont su créer une dolce vita où les jeunes femmes font assauts de leurs charmes et les jeunes hommes montent à l’abordage.

Nori.jpgPlusieurs photographies rappellent des films de Dino Risi ("Le fanfaron"), d’Antonioni "(L’Avventura)", Zurlini ou encore des « Vacances romaines » plus américaines. Certes celles que Nori photographie ne sont pas toutes des Monica Vitti ou Claudia Cardinale. Et les hommes rarement des Vittorio Gassman ou des Marcello Mastroianni .La beauté est plus approximative et canaille.

Nori 2.jpgMais c’est ce qui fait le charme de couples provisoires pris devant des arrières plans jamais anodins. En noir et blanc ou en couleur, le photographe offre son propre cinéma néoréalisme ou en cinémascope. Il joue les observateurs amusés (mais pas que) à une époque où il était possible de photographier la rue à la volée et où les selfies n’étaient pas de mise au sein d’un auto-contentement organisé.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/06/2018

Made in Japan : Stéphane de Mesnildot

Mesnildot 2.pngChacun sait combien l’adolescente japonaise (même si elle est de plus en plus talonnée par sa consœur sud-coréenne) reste un modèle fascinant. Ce n’est pas un hasard si les créateurs du monde entier vont à Tokyo pour leur inspiration. Comme le souligne l’auteur dans son essai, cette adolescente « est un concentré de codes et de signes ». En ligne de base les jeunes filles en uniforme et portant des chaussettes montantes qu’elles collent à leurs mollets. Mais ce schéma subit bien des digressions intempestives.

Mesnildot 3.jpgDans son court essai Stéphane de Mesnildot réussit l’exploit de remonter toute l’histoire de ce qui tient d’une vision réelle mais aussi mythique ou fantasmatique : aux adolescentes de la rue se mêlent les personnages de fiction dont le Manga érotique japonais est devenu le spécialiste. Les jeunes filles en fleurs concentrent les signes des évolutions de la société japonaise. Elles illustrent la libération de la tradition ancestrale mais aussi son inscription dans la modernité et l’américanisation d’un système marchand et les systèmes de représentation.

Mesnildot.pngSoulignant les grandes composantes de la culture shôjo romantique (communauté féminine et passage à l’âge adulte), d’une certaine idée de l’amour (lesbianisme compris) et d’un « vert paradis des amours enfantines », l’auteur montre comment à partir des années 60 l’adolescente japonaise est vectrice de révolution du monde nippon : elles deviennent un modèle de libération du corps, des mœurs. Désormais au modèle aguichant de lycéennes délurées fait place un masque plus ravageur, apocalyptique. La catastrophe de Fukushima est implicitement passée sur le système de la mode pour le transformer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphane de Mesnildot, « L’adolescente japonaise », éditions du Murmure, 2018, 98 p., 9 E., 2018.