gruyeresuisse

27/06/2018

Claude Nori : Capri c'est pas fini

Nori Bon.jpg"Contrejour" réédite l'album de délice et de sensualité "Vacances en Italie » (épuisé depuis 30 ans mais enrichi d’inédits) de Claude Nori enrichi. L’artiste a photographié depuis 19882 Capri, Naples, Portofino, San Remo, Stromboli, Viareggio qui furent autant de décors de films que de vacances. Là comme ailleurs les Italiens ont su créer une dolce vita où les jeunes femmes font assauts de leurs charmes et les jeunes hommes montent à l’abordage.

Nori.jpgPlusieurs photographies rappellent des films de Dino Risi ("Le fanfaron"), d’Antonioni "(L’Avventura)", Zurlini ou encore des « Vacances romaines » plus américaines. Certes celles que Nori photographie ne sont pas toutes des Monica Vitti ou Claudia Cardinale. Et les hommes rarement des Vittorio Gassman ou des Marcello Mastroianni .La beauté est plus approximative et canaille.

Nori 2.jpgMais c’est ce qui fait le charme de couples provisoires pris devant des arrières plans jamais anodins. En noir et blanc ou en couleur, le photographe offre son propre cinéma néoréalisme ou en cinémascope. Il joue les observateurs amusés (mais pas que) à une époque où il était possible de photographier la rue à la volée et où les selfies n’étaient pas de mise au sein d’un auto-contentement organisé.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/06/2018

Made in Japan : Stéphane de Mesnildot

Mesnildot 2.pngChacun sait combien l’adolescente japonaise (même si elle est de plus en plus talonnée par sa consœur sud-coréenne) reste un modèle fascinant. Ce n’est pas un hasard si les créateurs du monde entier vont à Tokyo pour leur inspiration. Comme le souligne l’auteur dans son essai, cette adolescente « est un concentré de codes et de signes ». En ligne de base les jeunes filles en uniforme et portant des chaussettes montantes qu’elles collent à leurs mollets. Mais ce schéma subit bien des digressions intempestives.

Mesnildot 3.jpgDans son court essai Stéphane de Mesnildot réussit l’exploit de remonter toute l’histoire de ce qui tient d’une vision réelle mais aussi mythique ou fantasmatique : aux adolescentes de la rue se mêlent les personnages de fiction dont le Manga érotique japonais est devenu le spécialiste. Les jeunes filles en fleurs concentrent les signes des évolutions de la société japonaise. Elles illustrent la libération de la tradition ancestrale mais aussi son inscription dans la modernité et l’américanisation d’un système marchand et les systèmes de représentation.

Mesnildot.pngSoulignant les grandes composantes de la culture shôjo romantique (communauté féminine et passage à l’âge adulte), d’une certaine idée de l’amour (lesbianisme compris) et d’un « vert paradis des amours enfantines », l’auteur montre comment à partir des années 60 l’adolescente japonaise est vectrice de révolution du monde nippon : elles deviennent un modèle de libération du corps, des mœurs. Désormais au modèle aguichant de lycéennes délurées fait place un masque plus ravageur, apocalyptique. La catastrophe de Fukushima est implicitement passée sur le système de la mode pour le transformer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphane de Mesnildot, « L’adolescente japonaise », éditions du Murmure, 2018, 98 p., 9 E., 2018.

09/06/2018

Stephan Lupino : New York Delire et après

Lupino.pngStephan Lupino - personnage culte de la scène photographique new yorkaise des années 80 - est de retour. Celui qui était nommé le “down town Helmut Newton” avait installé un de ses studios dans les toilettes des femmes du club mythique de l’Area. Elles devinrent « the place to be » pour être shooté là où tout était permis.

Lupino 2.pngEn 1991 le colosse rejoint son pays (Le Croatie) pour se battre contre la Serbie. La paix revenue, il revient à la photographie mais l’abandonne pour la sculpture qui - quoique partiellement abstraite - reste marquée par l’érotisme.

Lupino 3.jpgL’artiste continue à explorer de manière particulière le corps afin de traduire  les obsessions du monde occidental et sa fascination pour le sexe. Il ne cesse d’opposer les vues idylliques et des horizons contaminés par le plaisir. Il a donc créé des profils étranges avant de s’éloigner d’un réel éphémère pour exprimer des « vérités » plus profondes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Galerija Fotografija, Ljubljana, juin 2018.