gruyeresuisse

20/11/2018

Dewey Nicks : roue libre des froufrous

Nicks.jpgLe photographe américain Dewey Nicks a créé (pour des magazines de mode Vogue, Vanity Fair, etc) des photos énergisantes, libres, aux frontières de l'obscène mais sans les déborder. Son portfolio est riche des stars qui se sont prêtés à son jeu ; Cindy Crawford, Natalie Portman, Sofia Coppola, Patricia Arquette, Shalom Harlow et Cher entre autres.

 

 

Nicks 2.jpgRécemment il a sorti de ses archives (à savoir des boîtes à chaussures...) des centaines de polaroids qui étaient des préludes à ses travaux publicitaires ou de simples portraits de l'intime. Nicks y est donc plus libre que jamais. Il a choisi une centaine de ces oeuvres pour ce livre conçu avec son collaborateur et éditeur Ton Adler. Ces images parfois chimiquement ou techniquement imparfaites sont d'un naturel et d'une spontanéité rares.

Nicks 3.jpg

 

Il s'agit bien moins d'un mémoire du temps passé que d'un véritable "best of" du photographe. Les polaroids prouvent qu'il n'a jamais péché par excès de conformisme...Tout dans l’œuvre joue entre suspens et équilibre, renvoie le langage photographique à ses lisières. D’où la création d’une «archéologie» : l’énigme est reportée à une antériorité froufroutante. Elle confère une sorte d'innocence primitive au delà l'érotisme là où tout est rythme, jeu et fantaisie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Edité par T. Adler Books, Santa Barbara

12/11/2018

Rankin : femmes sans influences

Rankin 3.jpgC’est au début des années 90 que Rankin se fait remarquer au sein du néo swinging London : il réalise à la manière de David Bailey des portraits de la jeunesse musicale londonienne. Il participe à une série sur les clubs pour les teenagers intitulée «Blow up». L’artiste saisit une mode qui i- issue des années 60 - est reprise par les grands couturiers britanniques comme par les fouineurs désargentés pratiquant des braderies du samedi.

Rankin.jpgCelui qui a toujours voulu diriger le système de la mode à travers les photos qu’il en proposait a fait bouger les lignes en accomplissant progressivement un pas au-delà. Il s’est éloigné du contenant pour le « contenu » selon une démarche agressive, libertaire et propre à désenclaver une certaine idée de la femme et de la beauté.

Rankin bon.jpgElle n’est plus engluée ou empapaoutée dans des normes. Peu importe que les femmes soient âgées. Et pour faire concurrence aux photographes de mode du début des années 1990 il a produit des séries au cours de « séances concept » où le modèle sort des standards : « Ghost, Hungry?, Blouse de Big Girl, Sad Lad, Animal Fashion. L’artiste a donc réinventé toute une vision non seulement de la mode mais de la femme. Il ne pratique toujours avec son magazine « Hunger » dans lesquels toute image doit sortir du « cliché » et exister pour elle-même en affichant une liberté – qu’importe si elle peut choquer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Rankin, « Unfashionable », Rizzoli, 2018

 

04/11/2018

Stephanie Pfriender Stylander et les opiacées

Pfriender 2.jpg"The Untamed Eye" est d'abord une monographie du travail de Stephanie Pfriender Stylander (MW editions). Elle se prolonge par cette exposition. S'y découvre la plus célèbre série de la photographe : celle de "la brindille" (Kate Moss) qui débarquent à New York "'illumine" la ville. Mais tous les portraits de stars et de mode créent une ambiance très particulière comme si certaines "saintes" entraient dans un bordel. Les portraits deviennent des fleurs folles dont parfois les rires hélicoïdaux transpercent le ciel. Ils ne leur restent pour preuve de leur puissance ce que la photographe en retient.

Pfriender 3.jpgPersonne ne les quitte des yeux. Ils les suivent comme leur ombre. L’érotisme se tient face à l’impossible en une pureté de l’obscène, la réversibilité a-théologique de la sainteté et de l’abaissement. De leurs dents de telles égéries sectionnent d’une seule morsure les aortes des divinités masculines obsolètes.

 

Pfriender.jpgLa créatrice les transforment en prophétesse du temps d’au-delà des prophéties. Elles martyrisent le réel eunuque en allant au bout d’une extase particulière. Elles "corrompent" l’excès par l’illimité, le repos par le mouvement. Là où la nudité est appelée tout se soustrait au jeu social et soulage du néant par l’ivresse de la beauté scénarisée. La photographe et ses modèles brisent le cercle de la passivité, chacune d'elle devient la Toute-Regardée dans les nuits de fêtes sans qu'elles n’aient besoin d’être prises sous la sueur des mâles en leur sale prière.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stephanie Pfriender Stylander, "The Untamed Eye", Galerie de l'Instant, Pareis, Novembre 2018.