gruyeresuisse

04/05/2020

Sylvie Léget et les épaisseurs de la solitude - Exile on main streets

Leget 3.jpgSaisir est difficile : la photographie réclame une attention, un abandon et une intelligence secrète. Sylvie Léget les possède : chacune de ses œuvres "frappe" juste, va à l’essentiel en un point d’équilibre que l’artiste sait toujours atteindre. Son travail demeure pourtant encore trop méconnu. Or, ses images font jaillir des lieux de silence où tout se fragmente et  (parfois^) se reconstruit.

Leget.pngBasée à Genève Sylvie Léget fait de son art un document sur la société saisie autant dans des prises de rues que dans des intérieurs. Elle capte  des moments de maternité et ceux des solitudes inhérentes aux grandes cités. Les situations sociales de celles qui doivent lutter sans que la société ne les remarque ou s'en soucie sont donc mises à nu.

Leget 2.jpgLa photographe multiplie un regard nécessaire par la vision des plus lonesome cow-girls du monde moderne. Elle repère des brèches qui permettent d'entrer dans leur intimité. La Genevoise reste poreuse aux êtres vulnérables  dans leurs exils "on main street" puis dans les asiles ou reprendre espoir. De telles photos sont pertubantes par leur force et leur conscience civile. Chaque cliché conduit en bordure des ravins de l'urbain.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/04/2020

Disparition du Magicien Markus Raetz

Razra 3.pngUn des plus grands artistes suisses vient de nous quitter. A cet instant on se souvient d'une de ses œuvres emblématiques "Zeemannsblik" -plaque de zinc ondulée pour marquer une ligne d’horizon, non peinte, qui selon la lumièreet la distance renvoie des effets de paysages très différents Elle donne tout l'ampleur de ce créateur majeur. Il s'intéressa aussi aux relations entre l'image mobile et immobile par exemple au moyen de 1525 dessins de visages qui tourne sur une roue qui pour donner naissance à un dessin animé ("Eben"). "Drehungen" est une autre œuvre majeure de l’artiste : 16 photographies noir et blanc suggèrent le mouvement d’une tête présentée dans un espace spécialement construit pour ce travail.

Raetrz R.pngLes polaroïds en tant que "faux" documents permirent souvent à Raetz de créer un moment de l’exploration du fixe et de l’animé, plaçant le spectateur dans la triple position de l’observateur, du voyeur, du découvreur. Il suffit parfois de trois branches d’arbres, idéalement disposées, celle du milieu se fendant en deux dessinant ainsi un triangle, pour former de belles courbes féminines ("Eva"). Le buste d'une jeune fille au cou de cygne se transforme en l’espace de quelques pas en solide colonne phallique ("Brustbild").

Raets.pngFormant, déformant, transformant le réel, Markus Raetz métamorphose le monde au sein d’une réflexion sur le «devant-être» des choses mais aussi sur le moment si important de l’entre-deux pendant lequel une forme n’a pas encore les qualités qu’on attend d’elle. L'artiste a toujours considéré ses expositions comme de grandes installations permettannt de mettre en évidence divers aspects de distorsions et d'anamorphoses. Rartes sont de tels créateurs capable de leurrer les habitudes de notre regard et de se faire le magicien de l'illusion pour que l'image ne soit plus représentation mais interjection.

Jean-Paul Gavard-Perret

14/07/2019

Steve Davis pom-pom girls et orchidées vagabondes

Davis bon.jpg"Pride in America" est une série réalisée entre le milieu des années 1970 et celui des années 1980 en Idaho par un photographe en herbe soucieux de créer une libre chronique de sa jeunesse. S'estimant "à tord ou à raison" comme il le dit lui-même "pionniers du punk de l’Idaho", le photographe précise que "l’impulsion initiale de cette série n’était pas autre chose que de partager certains des sujets abordés" et d'ajouter : j’espère que d’autres pourront se rapporter au peuple et à l’époque que je présente dans cet ouvrage".

Davis 2.jpgApparemment le photographe voulait créer une ode à son pays. Mais le photographe est doué : si bien que son témoignage et éloge connaît un "twist" (comme on dit aujourd'hui) ou un tour particulier. Les filles des paroisses ne sont pas forcément angéliques et les coeurs et les corps s'enflamment sous des enjoliveurs qui ne protègent pas forcément les roux de divers tourments.

Davis 3.jpgLes fleurs vivaces jaillissent et éclatent des bourgeons qui n'ont rien de mélancoliques. En se mêlant des affaires de ses ami(e)s Steve Davis plonge au plus profond de la vie telle qu'elle était. Les éclats nous poursuivent par delà les années. Et l'aspect vintage reste tout compte fait secondaire dans ce que le photographe a saisi d'éternel - ou presque.

Jean-Paul Gavard-Perret

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