gruyeresuisse

07/01/2019

Echos des parois : Mark Steinmetz

Steinmetz.jpgMark Steinmetz prouve que le réel pris sur le vif suppose bien autre chose que la rencontre fortuite. Toute construction est une reconstruction. Car la photographie est plus exigente que la vie pour saisir le poids de la mélancolie, le vivace de l'attente et le bel aujourd’hui souvent moins bien qu'hier du moins à ce qu'on dit (mais "on" est un con, c'est bien connu).

Steinmetz 2.jpgLe photographe américain ne prétend pas à la bonne fortune du hasard  : il le convoque pour donner au "déjà vu" néo-réaliste une sorte d’aura. C'est le moyen d’abolir l'incontrôlable pour faire passer d’une situation où tout pourrait se laisser voir à celle où l’art donne au réel une dimension poétique.

Steinmetz 3.jpgPour Steinmetz en photographie le hasard est toujours «assisté». Cet  assistanat donne à la photographie une «vérité» qu’aucun autre art ne pourrait lui disputer. La force de traversée et de résurrection la douleur comme la joie s’y trouve magnifiée par les cérémonies de scénarisation que l'artiste propose. Il est à ce titre un des plus grands portraitistes  et permet de « montrer du regard » là où la réalité se dédouble par effet de noir et blanc.

Mark Steinmetz, "united states", Fotohof, du 25 janvier au 23 mars 2019.

28/12/2018

En instance de beauté - Rankin

Rankin 2.jpgLe projet "Portrait Positive", a été conçu par Stephen Bell afin de modifier la perception de la beauté et de sa "distinction" à travers une série d’images de 16 femmes présentant des marques de "laideur" au niveau du visage et du corps. Elles ont été photographiées - habillées par le Coutirier Steven Tai - par Rankin. Un livre rassemble les prises a été édité au profit de l'association caritative "Changing Faces" . Elle vient en aide à 1,3 million d’enfants, de jeunes et d’adultes au Royaume-Uni. Ils sont victime d'une maladie ou de stigmates qui les différencient de la "norme" en les excluant des représentations de la mode et des médias.

Rankin 3.jpgC'est pour Rankin une manière de prouver qu'il existe beauté et beauté. Et comme Rimbaud il pourrait affirmer "un soir j'ai assis la Beauté sur mes genoux" mais sans la trouver amère sous prétexte qu'elle est parfois une "injure" à ce que ce mot signifie communément. Le photographe offre ainsi une distinction à qui est habituellement remisé dans l'ordre de l'invisible parce que la femme (principalement) ne correspond plus à l'esthétique de la "normalité".

Rankin.jpgChaque prise est une variation singulière qui détoure les traits de l'habituelle distinction pour les remplacer par une autre. De telles prises touchent à une ambivalence significative qui déplace les seuils d'une prétendue admissibilité. C'est en quoi l'art est nécessaire : il détruit les images attendues dans leur beauté assurée pour les remplacer par d'autres qui osent la différence et mettent en valeur celles qui sont écartées et éloignées du cours homogène des représentations. Dans le cadre de chaque portrait une porte s'ouvre. Celles qui s'exposent enfin à la lumière des soptlights touchent de leurs traits à la fois distintifs et de distinction.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/11/2018

Dewey Nicks : roue libre des froufrous

Nicks.jpgLe photographe américain Dewey Nicks a créé (pour des magazines de mode Vogue, Vanity Fair, etc) des photos énergisantes, libres, aux frontières de l'obscène mais sans les déborder. Son portfolio est riche des stars qui se sont prêtés à son jeu ; Cindy Crawford, Natalie Portman, Sofia Coppola, Patricia Arquette, Shalom Harlow et Cher entre autres.

 

 

Nicks 2.jpgRécemment il a sorti de ses archives (à savoir des boîtes à chaussures...) des centaines de polaroids qui étaient des préludes à ses travaux publicitaires ou de simples portraits de l'intime. Nicks y est donc plus libre que jamais. Il a choisi une centaine de ces oeuvres pour ce livre conçu avec son collaborateur et éditeur Ton Adler. Ces images parfois chimiquement ou techniquement imparfaites sont d'un naturel et d'une spontanéité rares.

Nicks 3.jpg

 

Il s'agit bien moins d'un mémoire du temps passé que d'un véritable "best of" du photographe. Les polaroids prouvent qu'il n'a jamais péché par excès de conformisme...Tout dans l’œuvre joue entre suspens et équilibre, renvoie le langage photographique à ses lisières. D’où la création d’une «archéologie» : l’énigme est reportée à une antériorité froufroutante. Elle confère une sorte d'innocence primitive au delà l'érotisme là où tout est rythme, jeu et fantaisie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Edité par T. Adler Books, Santa Barbara