gruyeresuisse

08/08/2018

Suspensions : Claudie Dadu

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Vus de loin - tant le « trait » est fin - les dessins de Claudie Dadu semblent des cadres vides. Il est vrai que l’artiste travaille avec un « résidu » corporel : le cheveu. Ce qui fascine est la capacité de reconstruction graphique que la créatrice en « tire ».

 

 

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Certes, et par essence, le cheveu est souple mais encore faut-il le transformer en mouvements capables de donner à Duras, Sagan et autres femmes (entre autres les fameuses « salopes » qui luttèrent pour la légalité de l’avortement) une manière de faire l’éloge de celles qui contribuèrent à la grande libération du XXème siècle car pour la première fois de l’Histoire la femme reprenait ses droits sur son propre corps.

 

 

Dadu 2.jpgCette économie de moyen crée une grâce poétique et graphique rare. Organique, la « ligne » incarne par elle-même le sens d’une telle recherche. S’y traduit - avec un détournement habile de la sensualité et de l’humour - l’aspect charnel d’un discours où le corps qui devient celui de l’art. Preuve que la création peut tenir à un cheveu selon une poésie intempestive où le réel prend pied sous l’écume des jours selon une forme d’utopie activiste. Elle permet à la dessinatrice de traiter ses louables obsessions avec détachement et par la bande.

Jean-Paul Gavard-Perret

Claudie Dadu, Litterature Mineure, Maison Dagoit 2018, 8 E..

27/07/2018

Anouck Everaere : les uns et les autres.

Anouck 2.pngLes photographies d’Anouk Everaert sont des tentatives de donner un ordre au chaos. Celui-ci est toujours sous-jacent aux paysages comme au portraits par le désordre qu’ils imposent même si la photographe est toujours à la recherche d’une harmonie plastique là où elle n’est pas toujours facile à débusquer.

Anouck.pngL’artiste illustre de la sorte et de manière subtile de nombreux rapports en jeu dans la société et les mécanismes architecturologiques du réel dont la plasticienne traque les impasses. Dans tous les cas un décalage a lieu au sein de systèmes de représentation où la mémoire garde une importance capitale. L'artiste ne cherche pas à donner une lecture platement politique de ses œuvres. Son espace est plus poétique et en dehors d'un pur travail de dénonciation.

Anouck 3.jpgDans un mixage fiévreux l'artiste interroge les conditions d’existence des femmes et des êtres en général mais aussi de l’art par une vision d’une mythologie urbaine revisitée. L'artiste inscrit des traces insidieuses faites d’images obsédantes. Tout se joue entre une masse confuse et les signes qui s’en dégagent. Une telle recherche exerce sur l’esprit et sur la perception une fascination entre chaos cité plus haut et – qui sait ? - un ordre à venir.

Jean-Paul Gavard-Perret

L'artiste est présentée en aout chez Corridor Elephant, Paris.

18/07/2018

Jacqueline Dauriac : érotique de la lumière

Dauriac.jpgJacqueline Dauriac joue de l’éros et s’en joue en tant que pure machine hallucinatoire même si néanmoins un certain désir s’en mêle. Tout dans les dispositifs et installations de l’artiste est à la fois simple et subtil : un simple rayon lumineux qui traverse l’espace métamorphose le corps d’une femme en rouge avec des talons hauts. Elle devient une fleur rare et secrète sous son voile.

 

 

 

 

Dauriac 2.jpgMais l’artiste impose une sexualisation dont le désir n’a rien d’hormonal, d’organique. Elle continue de brouiller les cartes depuis sa première rencontre avec celle qui instaura sa recherche (le travesti Marie-France). C’est une manière pour l’artiste de sortir de l’enfer pulsionnel sans malgré tout rejeter aux calendes grecques le fantasmes amoureux qu’il soit post-adolescent ou « célibataire ».

Dauriac 3.jpgMais l’artiste s’en amuse en son jeu de lévitation plus que de perversion. Le corps est certes pénétré : mais par la seule lumière. Le cannibalisme des fantasmes est contrarié là où rien n’a lieu que le lieu (aire ou erre de jeu). Existe une mise en scène de disjonction et de filtrage : la décharge de lumière empêche d’autres soulagements qui - ici- ne seraient pas les « bons ». Néanmoins et le cas échéant, l’artiste s’en amuse. Elle sait que la peinture elle-même se caresse. Mais sa jouissance diffère du bing et bang et du raccourci masturbatoire que le néant menace. A l’inverse l’art appelle la jouissance à se débarrasser de son excès anéantissant. La satisfaction change de nature là où ce n’est plus la chose mais « l’âme à tiers » (Lacan) qui - par effet de trans-fusion - peut se qualifier de réel.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jacqueline Dauriac, Exposition, Galerie Isabelle Gounod, du 1er au 27 septembre 2018, Paris.