gruyeresuisse

20/01/2018

Pol Kurucz : délivrances

Kurucz bon.jpgPol Kurucz avec « Glam Jail » invente un conte fantaisiste et glamour à travers onze détenues excentriques. Le parloir de la prison devient une cabine de mode colorée et à l'esthétique pop. Le photographe se moque des normes sociales et raciales. Réalisées au Studio Offen à Sao Paulo en août 2017 la série mets en scènes modèles et célébrités locales et des vêtements réalisés par les couturiers de la ville.

 

 

Kurucz bon 3.jpgL’impertinence est ludique. Les réseaux de prostitution et les méfaits des prisonnières sont tournés en ridicules là où l’incarcération prend un aspect psychédélique. L’œuvre crée une sorte de délivrance. Le regardeur laisse les bagages de sa conscience sur le quai des rationalités. Une liberté physique mange les murs lépreux des geôles transformés en cabinet de curiosités érotiques plus engagé qu'il n'y paraît.

 

 

Kurucz bon 2.jpgLes limites de la mise sous dépôts sont donc transformées. L’artiste donne un passage à un lieu où un réel désir n’est plus en sommeil. Affleure une lumière montante et sans frontière qui tord le cou à des situations où les femmes sont habituellement réduites à la détresse. Jaillit une flambée d'ivresse où se perçoit toujours une source de sérénité « présentielle » en dépit des règles imposées par la société et ses décisions.

Jean-Paul Gavard-Perret

10/01/2018

Arvida Byström : fées florettes et réseaux sociaux

Avida.jpgAddict aux selfies depuis sa préadolescence Arvida Byström trouva dans l’Internet « une fenêtre ouverte sur la chambre étroite de la dépression adolescente (…) Je pouvais être en ligne et rencontrer des gens même si je me sentais comme une merde». Un peu plus tard sur « tumblr » elle découvre les sous cultures du web, ce qui lui permet de développer une œuvre kitsch, féminine, féministe engagée et drôle. Ce qu'apparemment beaucoup de ses détracteurs ne perçoivent pas.

Avida 2.jpgCréatrice de l'esthétique " body positive" Arvida Byström assume ce qui ne saurait se voir ( les poils, la liberté sexuelle, les règles, le sang, les boutons, bourrelets, cellulite, bref la sensualité telle qu'elle est au naturel) afin de casser les stéréotypes de la féminité sur papier glacé et en espace mental aseptisé. Repérée très jeune par la revue « Vice » dans « There Will Be Blood » elle photographie des femmes avec le sang de leurs règles. Modèle depuis ses 13 ans en Suède elle refuse de se raser (pour une pub Adidas) et est rejetée eu égard à une taille trop large… Elle quitte son pays pour Londres, rejoint l’« Anti Agency » qui refuse de se plier aux lois traditionnelles du mannequinat avant de rejoindre Los Angeles.

Avida 3.JPGAstucieuse et piégeuse l'artiste joue néanmoins de poses lascives au rose bonbon affriolant. Mais, en résistante, elle a publié, il y a un an, le livre « Pics or it didn’t happen » avec Molly Soda où elle rassemble 250 photos censurées pour non-respect des « lois » sur la nudité par FaceBook et Instagram. Leurs logiciels contrôlent des images et les arrachent à celles et ceux à qui elles appartiennent. En 2015, par exemple, fut censurée une photo de l’artiste tirée de sa performance « Selfie Stick Aerobic » où la forme de sa vulve s’esquissait à travers son survêtement…Preuve que les réseaux sociaux - moins prescripteurs que censeurs - décident tout bonnement de l’état de l'art. Mais Arvida Byström continue son combat afin d’interroger les possibilités de transgressions en un contexte face auquel il convient d’inventer des manières de tordre le cou aux normes dominantes de la féminité. Le tout avec l’impertinence de l'éphémère et la permanence du mystère. Au -delà du cercle des vipères, la jeune artiste opte pour celui des aveux contrariés, et au-delà du cercle des normes abusives pour celui d’un imaginaire non frelaté.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/12/2017

Laetitia Corbomecanik ou les ailes noires du désir

Laetitia.jpgL’homme face à aux univers érotiques des images standards est réduit à un peine à jouir, un prédateur aux semelles et devient la victime de sa propre embrouille libidinale. La solitude et la gêne règnent bien plus que le partage fût-il facturé. Il n’existe là nulle célébration. C’est pourquoi Laetitia Da Beca (aka Corbomecanik) en propose une. Mais hors des sentiers battus par ses photographies, dessins, performances, mises en scène.

Laetia bon 2.jpgElle interroge le sens des images, leurs errances, leurs pièges. La créatrice se moque des souverains poncifs de la photo dite de charme et la remplace par d’autres figurations du désir. Le ludique n’est jamais oublié au cœur même de la gravité. La performeuse en ses autoportraits comme avec ses figurines de latex en profite pour présenter des variations sur la pulsion amoureuse. Laetia bon.jpgLe corps photographié est sans doute désirable mais l’artiste le floute, le remplace ou le farde avec diverses références du hard-core comme au film noir. Il y a là l’objectivation du factice, la théâtralité d’une société intime « du spectacle » propre à ravir Debord.

Laetitia 2.jpgLe désir dans sa métaphore opératoire révèle nécessairement un objet : mais ici parfois il n’est pas le bon. Et lorsqu’il l’est, le regard qui se porte sur lui n’est plus celui d'une béatitude mais d’un empêchement. Il ramène à une « nuit sexuelle » sans doute moins première que celle dont parle Quignard. Le désir que l'œuvre propose n’a donc rien de consommable. D’autant que l’artiste prend soin de ménager divers types de trompes-faim parodiques, de miroirs brisé du simulacre. En une vision remisée et un aveu contrarié, tel un fantôme, tout en s'offrant la femme poursuit sa fuite.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://www.corbomecanik.com/