gruyeresuisse

16/07/2018

Quand la possibilité de réel ramène à l’imaginaire – Phoebe Kiely

Kiely.jpgInversant le jeu du retour, Phoebe Kiely crée par ses photographies à la fois une poésie et une philosophie du réel et de sa matière. La question du portrait ou du paysage passe au second plan pour constituer une nouvelle substance et consistance.

La contrainte sur ce chemin du retour échappe au passé. L’affirmation du caractère objectif de la représentation n’implique pas une référence « juste » au réel mais passe par juste un peu de réel dans un contexte qui n’a rien de kantien ou de transcendantal.

Kiely 2.jpgLes conditions matérielles des existences et des lieux permettent néanmoins de distinguer un Réel de l’Imaginaire parce que l’image ne cherche pas à tourner autour d’un passé mais le déplace dans une forme d’atemporalité que suggère ce qui existe de plus ténu dans le réel.

Jean-Paul Gavard-Perret

Phoebe Kiely, « They Were My Lansdcape », Mack, Londres, 30 E..

07/07/2018

Sébastien Kohler et Sébastien Théraulaz : Plastic World

Kohler 2.jpgSébastien Kohler et Sébastien Théraulaz, « Souvenirs du VIIe Continent » la galerie EEEEH!, Nyon, du 30 août au 15 septembre 2018.


Depuis quelques décennies et progressivement un nouveau continent est né. Il est le fruit des déchets que le monde produit, consomme et rejette. Des milliards de tonnes de nos détritus finissent dans les océans devenus dépotoirs et créent un monde dans le monde. Il est toujours plus immense. Le chancre inhabitable de la « Plastic City » devient la plus immense des mégalopoles.

Kohler 3.jpgElle dérive loin des regards mais se massifie sous la puissance des vortex marins. Sébastien Théraulaz et Sébastien Kohler ont matérialisé son fantôme bien réel pour en faire prendre conscience de manière non seulement intéressante mais puissante par la poésie étrange qu’ils offrent au regard.

Kohler.jpgCe travail prouve qu’il ne s’agit pas d’un continent ovniesque. Il bat les océans. Et les photographes recréent les éléments de ce chaos apocalyptique - dont Trump s’amuse - sous forme d’univers fascinant. Les deux artistes proposent par leur expressionnisme et impressionniste la nécessaire vision du monstre. Il prend d’assaut du vieil équilibre de notre planète. C’est aussi nocturne que dérangeant.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

04/07/2018

"L'âme à tiers" : Jocelyn Lee

Lee 2.jpgLa transgression et la subversion sont des concepts qui peuvent paraître désormais inopérants. Il suffit de contempler les photos de Jocelyn Lee afin de prouver qu'il existe encore beaucoup à montrer et à dire sur ce plan. De fait tout son travail est là pour rappeler l'injonction de Beckett "imagination morte, imaginez, imaginez encore" à ceux qui se contentent de l’exposition supposée brûlante de la nudité uniquement lorsqu'elle est considérée comme "belle".

Lee 3.jpgL'artiste introduit du leurre dans ce leurre et elle ouvre les choses .Car pour elle leur apparence n'est pas forcément dessus mais dedans. Transgresser devient la manière d'enfreindre une loi de la beauté imposée pour en proposer une autre plus sauvage et incarnée dans la matière et où "l'âme à tiers" (Lacan) prend des formes grasses mais non sans grâce.

 

 

Lee.jpgDès lors "Appearance of Things » avec ses natures mortes, portraits et paysages, prouve comment ces genres fusionnent: le corps devient un paysage, la nature morte un portrait, le paysage un être. Et la monstration du « monstre » n'est plus considérée comme une nudité coupable (" nuditas criminalis ") mais esthétique et hédoniste. Néanmoins elle se laisse aborder qu’après avoir affronté jusqu’au bout la nudité d’un langage qui peut entreprendre ce " renversement "tel que les mystiques l’entendaient tout comme Sade ou encore Oshima de « L’empire des sens ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Jocelyn Lee, “The Appearance of Things”, Center for Maine Contemporary Art, Rockland, du 16 juin au 14 octobre 2018