gruyeresuisse

15/10/2018

Hantises des corps et des lieux – Valérie Jouve

Jouve 2.jpgValérie Jouve – principalement à travers des portraits de femmes - entame un dialogue avec les œuvres de la collection du Petit Palais (Paris) et avec le monde tel qu’il est. Elle y interroge la mémoire, l’identité, l’appartenance en des situations et lieux frontière (palestino-isréalienne par exemple)/ Les femmes deviennent fantômes que fantômes. Elles sont pourtant bien vivante.

Jouve.jpgLeurs silhouettes font masses ardentes et fragiles là où l'art et le documentaire, le politique et le poétique s’imbriquent superbement. S’y affirme une résistance passive - mais résistance tout de même – aux normalisations idéologiques, sociales, urbaines en ce qui tient de scènes de rues ou de lieux interlopes. Au sein de ses confrontations entre l’art d’hier et d’aujourd’hui comme entre la photographie et le monde regardeur découvre un voyage au cœur des dédales du réel.

Jouve 3.jpgCorps et lieux sont comme fixés dans un temps sans temps, un temps à l’état pur. Si les photos sont prises dans les territoires palestiniens, ces derniers ne sont pas forcément désignés et fléchés comme tels. Valérie Jouve met de la distance entre ce qu’elle choisit de montrer et ce que les images de reportages médiatiques exhibent habituellement. Pour elle en effet témoigner ne suffit plus même si la photographie ne peut rien sinon à soulever des utopies douteuses de l’humanisme.

Jean-Paul Gavard-Perret

Valérie Jouve, exposition, Petit Palais, Musée des Beaux Arts de la Ville de Paris, du 13 octobre 2018 au13 janvier 2019.

 

10/10/2018

Perrypatétisme britannique

Perry.jpgLe parcours de certaines libérations de l’être ne sont pas une partie de plaisir. Grayson Perry le montre en des images insolites et drôles. Elles brouillent les genres selon divers techniques et matières. Qui pourra les surtaxer d’irréel ? Ce serait mépriser la vie de celui qui plonge en apnée dans la réalité tout en gardant un imaginaire propre à grimper aux rideaux. 

Perry 2.jpgMais à la vénération classique l’artiste propose une autre sidération. Il sait que dans le mot vénérer il y a Vénus. A de telles sœurs factices et attendues il préfère les Méduses transformées en Gorgones hilares. Certes l’artiste reste une maître d’Eros : par ses images les femmes sortent des songes du sommeil éternel que les Adam des religions et politiques induisent. Avec des sirènes et des sphinges imprévues les chambres à coucher ne deviennent pas que des chambres à dormir mais y sont renversés les rôles et les positions bibliques.

Perry 3.jpgA Paris l’artiste continue à couvrir ses céramiques de dessins réalisés avec la technique du sgraffite, de textes manuscrits et de pochoirs, de transferts photographiques et d’émaux. Elles lui permettre de faire passer ses opinions. Il le fait tout autant avec ses tapisseries et des bronzes aux  mille ladies.  Que les amateurs de pudibonderie passent outre de telles pérégrinations. L'artiste impose de nombreux défis à la masculinité traditionnelle et ses prébendes séculaires. Ce qu’il développa il y a deux ans dans son livre «The Descent of Man» (2016), il le développe en un lieu où le lien entre la pratique de l’artiste et le savoir-faire des artisans de la Monnaie de Paris est concrétisé par la création d’une nouvelle médaille signée par l’artiste et réalisée dans les ateliers de l’institution.

Jean-Paul Gavard-Perret


Grayson Perry, "Vanité, Identité, Sexualité", Première rétrospective en France de l'artiste britannique Grayson Perry, du 19 àctobre 2018 au 3 février 2019.

09/10/2018

Mathernité

Mathern.jpgMaîtresse femme et artiste Stéphanie-Lucie Mathern poursuit son travail iconoclaste fondé sur une dérision souvent impitoyable. Dans les jeux d'oppositions entre absolu et désenchantement l'artiste fait éclater les formes et les couleurs au moment où son invité cultive plutôt cinquante nuances de gris. A chacun sa manière à la fois d'évoquer une tristesse voire une détresse mais aussi de s'en moquer.

Mathern 2.jpgLes deux créateurs ouvrent des fondrières où la lumière noire s’évade plutôt que s’amenuiser. Ils ne cherchent pas forcément l’éclaircissement mais témoignent de la complexité de l’existence. Leur « Cosa » est aussi mentale qu’affective. Reste un plein de matière émotive qui secoue forcément en divers états vibratoires et un vertige. L'image tranche ce que les mots ont souvent du mal à séparer (sauf lorsque Stéphanie-Lucie Mathern) s'en empare.

Mathern 3.jpgAfin de suggérer le gachis, les deux artistes parfois accélèrent le temps, parfois le ralentissent. Ils restituent ce qui dans le mouvement est généralement imperceptible - un peu à la manière de ce qu'un Pol Bury proposait. Les deux créateurs ouvrent le chaos du monde mais de manière savamment agencée afin qu'il "parle". C'est là une des manières de structurer l'informe et le figurer de manière saisissante et ludique (comme le titre de l'exposition l'indique).

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphanie-Lucie Mathern, « Je me prostituerai pour la postérité » (avec Alex Sanson en invité), Galerie Bertrand Gillig, Strasbourg, octobre 2018.