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01/07/2019

Louidgi Beltrame : friches, terroirs, territoires,fictions

Beltrame.jpgLouidgi Beltrame, "Curanderos, Lagunas y Huaqueros", Circuit, Lausanne, jusqu'au 7 juillet 2019.

Le travail de Louidgi Beltrame se développe autour d’une documentation des modes d’organisations humaines au XXème siècle. Il se rend sur des sites "définis par une relation paradigmatique à la modernité" : Hiroshima, Rio de Janeiro, Brasilia, Chandigarh, Tchernobyl, colonie minière de Gunkanjima au large de Nagasaki par exemple.

Beltrame 2.jpgS'ils reposent sur l’enregistrement du réel et constituent des archives ses films deviennent des fictions afin d’envisager l’Histoire autrement. Plus récemment ses projets l’ont amené sur des sites archéologiques du désert côtier péruvien. Il les a "rapproché" l’histoire du cinéma de la "Nouvelle Vague" française, du "cinema nuovo" brésilien et du Land-art américain, le tout en collaboration avec un chamane afin d'approfondir sa connaissance des lieux.

Beltrame 3.jpgSon travail a acquis par son essence même un retentissement international. Ses films sont au programme de bien des manifestations : du Centre d’Art Contemporain Circuit (Lausanne, 2019), au Palais de Tokyo (Paris), au Kunstverein de Langenhagen (Allemagne). Un tel parcours est celui de la narration du monde par pans et bribes fécondants et fécondés. Existe un retournement du monde par des vidéos et installations qui en deviennent des miroirs inversés par une multiplication d'indices diffractés de perception sensorielles.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/06/2019

Les bas-fonds de Rong-Rong

Rong Rong.jpgRongRong est né en 1968 dans la province du Fujian en Chine. Membre majeur du Groupe "Beijing East Village", il a expérimenté la photographie pour documenter les performances des autres artistes du clan au début des années 1990. Ses œuvres sont devenues mythiques dans l’art expérimental chinois contemporain. Elles sont exposées dans le monde entier et figurent dans les collections du Moma de New York, du Getty Museum de Los Angeles par exemple.

Rong Rong 2.jpgParmi les œuvres les plus connues de RongRong figurent bien sur les séries "Ruin" et "East Village". Avec plus de 120 images celle-ci est accompagnée du journal de Rong Rong. L'artiste met en valeur la vie quotidienne dans le village de Beijing et attire l’attention  sur les performances. L’interaction du livre entre les images et les textes  crée une narration personnelle et captivante. 

Rong Rong 3.jpgLe créateur explore avec sa compagne Inri artiste elle-même la beauté du corps humain et l’environnement urbain. Les écrits fournissent des informations essentielles sur les performances lors de leur conceptualisation et de leur réalisation. " Je suis le seul photographe. Tout le monde a quitté sa ville natale et cherche des rêves ici de loin. Nous sommes tous des enfants qui avons quitté la maison, ce qui nous donne constamment faim" écrit RongRong et ses oeuvres ouvrent l'appétit d'images neuves.

 

"RongRong and the Beijing East Village",The Walther Collection Project Space, New York, du14 juin – 12 octobre 2019

22/06/2019

Corinne Lovera Vitali met le paquet

Lovera bon.pngCorinne Lovera Vitali, Ronette et Modine, éditions Abrüpt, Zürich, 2019, 72 pages, 7,50 €.

 

 

 

Lovera.jpgLibre, indomptable, imprévisible et véloce Corinne Lovera Vitali dit son fait à la pensée phallique. Ecrit en "fronçais toutàtrac" son livre dépote et met devant leurs méfaits aux "grands hommes" du XIXème siècle, artistes ou écrivains (Hugo, Rodin et bien d'autres). Et soudain tout vacille : "Abrupt le mot se disperse dans l’obscur, et il ne nous reste plus que des / livres à jeter au monde pour / pour manifester rêves et hurlements." Nous voici soumis à la pression de textes qui s’agitent et se révoltent dans un trafic où le verbe anticipe le réel sans doute espéré.

Lovera 3.jpgLes "cons sacrés de la fronce", les machistes qui étouffent femmes, concubines notoires ou non et maîtresses du même tabac dans leurs vies de mâles dominants en prennent pour leur grade : d'où la présence des Hugo, Rodin, Manet et l'attention portée à leurs victimes Camille Doncieux, Alice Hoschedé, Camille Claudel. Mais et c'est bien là le problème rien n'a véritablement changé. En dépit de la lutte des femmes tout suit son cours que bien, que mal.

Lovera bon 2.pngL'histoire de l'auteure en témoigne dans ses labyrinthes et son langage volontairement inadéquat : « je ne sais plus quand ni comment ça a commencé la contre pèterie la con traction la psus qui s’est déshinibée dans ma bouche qui parle comme qui écrit et elle embrasse aussi avec sa manière à elle de tout téter ». Dans tous les cas il s’agit de réenchanter la solitude et partager quelques gouttes de rosée. En ce but, Corinne Lovera Vitali poursuit son nécessaire jeu de massacre entre dématérialisation, négation  mais aussi saturation du jeu de nécessaires pulsions entre vibrations aiguës et graves, "gorge nouée mais chemisier entr’ouvert" (pour un usage privatif).

Jean-Paul Gavard-Perret