gruyeresuisse

13/12/2018

L''Action Burning" de Fateneh Baigmoradi

Baignardi.jpgDans sa série la plus récente «C’est difficile de tuer» (commencée en 2017) Fateneh Baigmoradi avait repris des photos qui montraient ses parents avant la révolution islamique de 1979 en Iran où elle a grandi. "Je suis obsédée par les nombreuses photos que nous n’avons plus" dit-elle et l'artiste en se servant des photos de famille  recompose le temps d'avant jusqu'au moment où son père, membre du parti du Front national, les élimina car elles devenaient dangereuses.

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Cette expérience se produit fréquemment dans le monde. Et par son propre travail de "pyromane" l'artiste explore l'idée "de mémoire prothétique". Mais les brûlres qu'elle impose à ses vieilles photographies de famille restent pour elle chargées néanmoins d'aura.

Baignardi 2.jpgCette "action burning" crée un déséquilibre entre deux moments d'une narration personnelle mais à valeur générale. Elle attire l’attention sur les problématques de mémoire. La photographe  montre combien l’autocensure affecte une histoire dans l'Histoire et prouve que le'"oblitéré" parle autant que ce qui était jadis à et dans l'image.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Fatemeh Baigmoradi, "GRACE: Gender-Race-Identity", Galerie Laurence Miller, New-York, du 3 janvier au 22 février 2019.

09/12/2018

Philippe Denis : le possible et après

Denis.jpgPhilippe Denis n'appartient pas au cercle des poètes qui s'attardent et délayent. Il a mieux à faire : se battre avec le temps au moyen des mots qui nous restent. Chez le poète ils ne sont pas nombreux mais il pourrait encore se contenter de moins. De peur qu'en barattant nos baratins il arrive que "Dans nos sauces mnésiques – / le temps se ravise, /la mort s’acoquine avec le premier venu." Et celui-ci nous ressemble de plus en plus. Mais, comme nos mots, nous le déguisons.

Et ceux que nous choisissons pour que nous soyons encore lucides et momentanément sauvables, Denis les coule au lieu de roucouler. Il les faudrait de plus en plus indifférents et beaux comme ces hommes blonds sans imperfection ou ces femmes aux jambes longues qui semblent ignorer tout ratés de l'existence. Bref il nous faut de tels mots afin de nous faire croire que tout s'arrange.

 

Denis 2.jpgDu moins que la probabilité de l'interaction masque le peu que nous sommes au sein   du temps qui nous reste. Dès lors que demander de plus à la poésie ? Elle ne recherche pas la théorie des intégrations téta. Il suffit que grâce à elle nous tenions encore sur ses iambes. C'est une manière comme l'écrit Denis de "substituer de l’éternité fugitive à de l’éternité tout court" et de casser notre futur mutisme en produisant un écho à notre inanité et "d’en faire resplendir la verdeur. "

Jean-Paul Gavard-Perret


Philippe Denis, "Pierres d’attente", La Ligne d’ombre, 2018, 58 p., 10 €.

08/12/2018

Les portraits suspendus de Jacqueline Devreux

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Jacqueline Devreux poursuit à travers ses peintures, dessins et photographies, la saisie d'ombres féminines. Elles clament leur "je suis". D'autres semblent leur répondre "je ne suis pas". En ce jeu d'apparitions relatives l'artiste s'adresse à la ténèbre pour en sortir ses modèles dont le silence pèse d'un poids nouveau.

 

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Existent du blême et du profond dans la remontée de l'invisible que la créatrice déchiffre. Il y a des jambes sous des bas noirs, des visages parfois partiellement aviardés entre apparitions et retraits. Jacqueline Devreux saisit, retient fait vibrer une beauté troublante plus chaude que le savoir des portraits classiques. L'a créatrice parfois en joue pour mieux les détourner.

 

 

 

Devreux 2.jpgDe telles images ferment et ouvrent à la fois. Ceux qu’on nomme voyeurs ou petits lapins de terre sont remis en quelque sorte à leur place. Au besoin la créatrice s'amuse avec leur attente. Et lorsqu’elle l'érostisme pointe (voire bien plus) Jacqueline Devreux les transforme en égarés provisoires. Ce travail rappelle que - même lorsque le désir traverse de diverses manières - les femmes n'appartiennent qu'à elles-mêmes et non à ceux qui mettent l'oeil dessus. Ce qui n'empêche pas néanmoins pour elles que l'identité reste toujours à chercher dans un monde où elles demeurent des "objets". La créatrice les transforme en sujets. Et si Babylone est entrain de brûler, dans l'espoir de doux rêves les femmes portent sur le corps et leurs visages la suie de l'incendie en cours.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Jacqueline Devreux, "Babylon’s burning", Hôte Gallery, Bruxelles, du 7 au 30 décembre 2018. "Sweet dreams", ne9enpuntne9en, Roeselare (Belgique) jusqu'au 5 janvier 2019