gruyeresuisse

27/10/2015

De fieffées « salopes »

 

 

salope.jpg« Salope ! et autres noms d'oiselles »,  Campus du Solbosch, , ULB Bruxelles, 13 novembre 2015 au 18 décembre 2015,

 

Sous le terme  d’infamie « Salope ! » des femmes artistes européennes mettent à nu leur statut de « barbares », d’étrangères à la civilisation et ses pouvoirs. Tamina Beausoleil, Cécile Hug, Lara Herbinia, Cécila Jauniau, Sara Relvas et quelques autres rappellent par leurs contributions qu’elles ne connaissent pas de « salopes » mais  des sœurs. Les injures des blasphémateurs sont considérées néanmoins comme « normales ». Ils accompagnent  leurs pitoyables qualificatifs d’un terrorisme de tous les jours. En cravate ou jogging les donneurs de leçons de morale sont souvent des prédateurs et il n’est pas jusqu’aux alternatifs ou libertaires de se grimer en flics face aux femmes. Contre eux les artistes femmes serrent les coudes car  la prétendue conscience du mâle reste souvent un concept flou. Et les coups des massacreurs achèvent encore trop souvent ce que leurs mots entament.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

11/08/2015

Misungui l’Ardente Actionniste

 

Misunghi 2.pngL’œuvre de Misungui  n’appartient ni au jour ni à la nuit mais à l’entre-deux mondes. Le corps  se tend, s’arque  mu par des forces invisibles, irrésistibles qui l’habitent. Elles l’exhortent  moins à la violente jouissance qu’au décisif combat pour la vie sous emprise parfois d’amour éperdu fort comme la mort. En ressac impétueux, textes et images de la créatrice accusent le désordre intérieur de l’être consumé par son feu en veines.

Misunghi.pngDe corps rassemblés parfois sous formes d’ectoplasmes ou de bondages sous portions de lumière, Misungui  déploie des chants nocturnes qui s’apparentent à un moment de danse cosmique. Celle qui se présente comme « Performeuse et Modèle, féministe queer et pro-sexe, anarcho-communiste, militante pour l'autogestion et l'auto-détermination » crée une œuvre où le corpsflotte, où le temps et l’espace s’affrontent, se confondent et où le texte fait entendre la suprême pesée de l’impondérable. Une féminité particulière s’impose dans la révélation de son existence en apothéose. Elle s’épanouit dans le mystérieux flottement et l’oscillation délicate de l’au-delà et l’en deçà, de l’en haut et l’en bas, du présent et de l’absence, de l’ animalité et de l’âme. L’œuvre sous toutes ses formes devient ce poing qui cogne contre la nuit liquide. Et si la détresse éclabousse le corps ressuscite jusque dans ce qu’il rejette parfois pour se sauver.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

En savoir plus sur : misungui.tumblr.com

 

Photos : Denis Lucas et Patrick Siboni.

 

05/06/2015

Arnaud Cohen et nos Lilith

 

 

 

Cohen bon.pngRéinvestissant à sa main  des vestiges du passé artistique, des salles historiques ( la salle synodale du Palais de Sens redessiné par Viollet-le-Duc par exemple), Arnaud Cohen convoque à travers ses mises en scènes et ses sculptures une critique de notre époque (dont un temps les bouteille de Coca-Cola découpées ou montées en colonnes furent le parangon). Dans « Rémission » l’artiste cultive deux ambitions ou espérances qu’il définit lui-même  :  « celle d’un sursaut vital et d’une rémission du cancer qui nous ronge, celle d’une rémission de nos pêchés à l’heure du jugement dernier ». Entre préoccupations physiques et métaphysiques le créateur montre en filigrane comment «  une Europe malade de ses doutes et de ses peurs roule à tombeau ouvert vers un suicide collectif ». L’œuvre est ambitieuse, profonde, habitée  mais non sans humour. Ses Lilith deviennent le théâtre de nos passions complices - voire de nos défaites individuelles et collectives à travers les éradications et les crimes de lèse-majesté qu’elles fomentent. C’est pourquoi il faut chérir (en regardeurs regardés) ces divines traîtresses et prêtresses dont la beauté impeccable semble perpétuelle puis se glisser dans coulisses de leur théâtre de majesté à la subtile cruauté.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

Arnaud Cohen, « Rémission + Rétrospection » Palais Synodal, Sens,14 juin- 20 septembre 2015, « A l’ombre d’Eros - une histoire d’amour et de mort»,   Monastère Royal de Brou, Bourg-en-Bresse, 19 juin 2015 - 4 janvier 2016.