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19/03/2018

De la prostration à la volupté : Emilie Arfeuil

Arfeuil.jpgChanger de corps tient au plaisir mais aussi bien des possibilités d’angoisse. Certes il est plus facile aujourd’hui qu’hier d’oser le pas pour glisser d’un corps qui n’était pas le bon à celui qui est plus adéquat.

Arfeuil 3.jpgEmilie Arfeuil montre ces transformations, ces mutations mais de manière la plus simple qui soit. Certains trouvent dans leur mutation la manière de se fondre dans la foule d’autres à l’inverse cherchent à revendiquer une armure faite de piercings, tatouages, déguisements. Les nouvelles Protée peuvent donc avancer à leur gré et loin de leur appartenance originaire.

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La photographe présente ses prises comme autant de fenêtres de liberté sur de nouveau « domus ». Certains de ces femmes et hommes aiment qu’on les regarde car ils sont sortis du dégoût de leur vie par la conquête de leur nouveau moi. Ce qui était douleur s’est transformé en un plaisir secret ou éblouissant. La sensation de vivre est enfin possible. Quelque chose se dissout. Preuve que le masque est parfois une gratification : le corps premier quitté permet d’acquérir une âme pacifiée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Emilie Arfeuil, « Les métamorphoses de Protée » ; du 8 mars au 21 avril 2018

 

 

18/03/2018

Derrière les marches : Alison McCauley


Cauley 2.jpgA l’origine c’est par hasard qu’Alison McCauley photographie pour la première fois le Festival de Cannes. Son seul objectif : la curiosité. Celle-ci est bonne conseillère. Poussée par le désir autant de voir que de savoir, la jeune photographe découvre le dessous des cartes. Un tel évènement cinématographique demande une organisation impressionnante et tout azimut : l’artiste est très impressionnée. Elle n’est pas loin d’imaginer que si toute la France était structurée de la même façon le pays serait le plus efficace du monde…

Cauley.jpgLa photographe n’en était pas à son coup d’essai. Elle a individuellement exposé en France et en Suisse et collectivement aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Géorgie. Ses photographies ont été publiées par Al Jazeera, BBC News in Pictures, France 24, Courrier International, The Daily Mail, Houston Chronicle, The Hindu, etc. et elle contribue régulièrement à Carnet d’Art qui publie ce livre. C’est pourquoi un tel ensemble est un coup de maitre(sse).

Cauley 3.jpgAprès sa première expérience festivalière en 2013. La fête mondiale de cinéma  devient pour elle sinon un guet-apens du moins une addiction. Stimulée par l’ambiance et l’énergie de l’événement elle y revient. Désormais avec un but plus précis. Pendant cinq ans elle en capte l’atmosphère autant dans les rues, les marches du Palais que dans les hôtels, plages et lieux de fête. Elle shoote les stars, les professionnels et le vulgum pécus - les body-guards, les play-boys, les starlettes et call-girls, les fans et les vacanciers.

Cauley 4.jpgDe telles photos proposent une vision coruscante et originale. L’artiste édite des instantanés parfois surréalistes, souvent absurdes ou drôles. Elle ouvre une sorte de back stage pour montrer ce qui habituellement demeure caché. C’est d’ailleurs ce qui constitue l’originalité de toute son esthétique. Dans son précédent livre et au sein d’un lieu et d’une problématique bien différente ( "Temps d'attente - Tant de vie", sur la vie des requérants d’asile à Genève) elle montrait déjà un autre dessous des cartes. L’enchantement fragile de certaines luttes sourdes ou de certaines mises en scène spectaculaires comme la banalité commune de la vie ordinaire sont exhaussés à l’état de signes visuels afin de suggérer de divers types d’emprises.

Jean-Paul Gavard-Perret

Alison McCauley, « Another Cannes », Editions Carnet d’Art, Aix les Bains, 2018, 25 E. En prévente sur le site des éditions : http://www.carnetdart.com/

 

06/03/2018

Deborah de Robertis : « Pauvre Belgique » (Baudelaire)

Deborah.jpgLes conférences TEDx sont devenues des « places to be ». Le BOZAR de Bruxelles a sacrifié à la mode. Une star des médias était chargée le 5 mars d’animer une soirée sur le thème : "A brave new world" ("Le Meilleur des mondes") et devait présenter des intervenants haut de gamme. Se trouvaient là hommes et des femmes d'affaires, philosophes, scientifiques et l'artiste Deborah De Robertis. Et c’est là où le bat blesse…

Deborah 3.pngLa performeuse luxembourgeoise est désormais crainte pour ce que les idiots prennent pour des frasques (cf. ses interventions parisiennes aux musées du Louvre et d’Orsay). Montant sur scène pour présenter son travail et proposer une performance elle a été manu militari expulsée de la scène sous un silence ambigu : certains pensaient même que cela faisait partie de la performance. Un homme est monté sur scène pour fermer les jambes de la femme (habillée) au moment où elle était entourée de danseurs qui entreprenaient de lui couper les cheveux et que sur écran géant était expliquée sa démarche ou diffusées des « images de son vagin" (ce qui est un peu expéditif et approximatif).

Deborah 5.jpgLe présentateur a repris la parole pour expliquer que les images projetées étaient inappropriées et que l’artiste n'avait pas respecté ce qu'elle avait signé." Deborah De Robertis a été entendue par des policiers qui ont parlé « d'un désaccord entre les organisateurs et les artistes et un procès verbal a été dressé pour coups et blessures". Néanmoins un communiqué diffusé sur le site internet des conférences TEDx, précise que le geste du videur est "profondément inapproprié". Les propriétaires de la marque ont retiré à l'auteur de cet acte sa licence d'organisateur des conférences "TED" à Bruxelles.

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Deborah de Robertis prouve néanmoins combien la nudité même en observation et analyse demeure problématique. Difficile à l’artiste de distiller son discours dont le trouble n’est pas celui qu’on croit. Le fantasme n’en est pas le propos, il demeure absent. Et existe tout un détournement ou une inversion par la caméra de ce que le sexe non rend visible mais voit. Des cadavres de l’art Deborah de Robertis veut toujours extraire la lumière afin que les diables du passé soient mis devant leurs exhibitions. Pour cette conférence l’artiste se contentait pourtant de peu. Mais ce peu était encore trop. On aurait aimé de la part du public plus des réactions. Il resta abasourdi ou sonné : nul ne sait si ce fut par le propos ou par ce qui l’a suivi.

Jean-Paul Gavard-Perret