gruyeresuisse

19/02/2016

L’action photographing de Yan Morvan

 

 

YMorvan 2.jpgan MORVAN, Mondo sex, Texte de Stephan Levy-Kuentz, Editions Chez Higgins

 

 

Passant des photos du réel à celles qui deviennent son allégorie Yan Morvan est l’impitoyable gendarme de notre inconscient dont l’iconographie marketing de la culture s’impose généralement comme maître du jeu. Le photographe joue avec ce fétichisme programmé, ses fanfreluches et falbalas. Son travail devient un « action photographing » du plus haut vol. Travaillant ce qui dans l’idéologie est décadent Morvan envoie une image retournée de nous-mêmes par l’outrance de la fiction (et parfois du photoreportage).

 

Morvan 3.jpgFruit d'un corps/esprit en "entité indivisible", une véritable écriture plastique se love au cœur des symboliques sous l’aspect le plus ludique. Morvan les développe avec plus de délicatesse qu’il n’y paraît. Il révèle de manière vive et concrète, ivre, charnelle et organique les cérémoniaux qui écrasent l’intelligence. Sous la farce l’image crée la pensée en exhibant les talismans qui protègent les imbéciles. Ceux là en conséquence ne peuvent que les chérir. Il y à la le splendide rayonnement de la bêtise plus que des consolations et suppliques.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/10/2015

De fieffées « salopes »

 

 

salope.jpg« Salope ! et autres noms d'oiselles »,  Campus du Solbosch, , ULB Bruxelles, 13 novembre 2015 au 18 décembre 2015,

 

Sous le terme  d’infamie « Salope ! » des femmes artistes européennes mettent à nu leur statut de « barbares », d’étrangères à la civilisation et ses pouvoirs. Tamina Beausoleil, Cécile Hug, Lara Herbinia, Cécila Jauniau, Sara Relvas et quelques autres rappellent par leurs contributions qu’elles ne connaissent pas de « salopes » mais  des sœurs. Les injures des blasphémateurs sont considérées néanmoins comme « normales ». Ils accompagnent  leurs pitoyables qualificatifs d’un terrorisme de tous les jours. En cravate ou jogging les donneurs de leçons de morale sont souvent des prédateurs et il n’est pas jusqu’aux alternatifs ou libertaires de se grimer en flics face aux femmes. Contre eux les artistes femmes serrent les coudes car  la prétendue conscience du mâle reste souvent un concept flou. Et les coups des massacreurs achèvent encore trop souvent ce que leurs mots entament.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

11/08/2015

Misungui l’Ardente Actionniste

 

Misunghi 2.pngL’œuvre de Misungui  n’appartient ni au jour ni à la nuit mais à l’entre-deux mondes. Le corps  se tend, s’arque  mu par des forces invisibles, irrésistibles qui l’habitent. Elles l’exhortent  moins à la violente jouissance qu’au décisif combat pour la vie sous emprise parfois d’amour éperdu fort comme la mort. En ressac impétueux, textes et images de la créatrice accusent le désordre intérieur de l’être consumé par son feu en veines.

Misunghi.pngDe corps rassemblés parfois sous formes d’ectoplasmes ou de bondages sous portions de lumière, Misungui  déploie des chants nocturnes qui s’apparentent à un moment de danse cosmique. Celle qui se présente comme « Performeuse et Modèle, féministe queer et pro-sexe, anarcho-communiste, militante pour l'autogestion et l'auto-détermination » crée une œuvre où le corpsflotte, où le temps et l’espace s’affrontent, se confondent et où le texte fait entendre la suprême pesée de l’impondérable. Une féminité particulière s’impose dans la révélation de son existence en apothéose. Elle s’épanouit dans le mystérieux flottement et l’oscillation délicate de l’au-delà et l’en deçà, de l’en haut et l’en bas, du présent et de l’absence, de l’ animalité et de l’âme. L’œuvre sous toutes ses formes devient ce poing qui cogne contre la nuit liquide. Et si la détresse éclabousse le corps ressuscite jusque dans ce qu’il rejette parfois pour se sauver.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

En savoir plus sur : misungui.tumblr.com

 

Photos : Denis Lucas et Patrick Siboni.