gruyeresuisse

28/02/2019

Doris l'exploratrice

Staufer 1.jpgDoris Stauffer, "Je peux faire disparaître un lion", Centre Culturel Suisse (CCS),¨Paris, du 31 mars au 10 mai 2°19.

Doris Stauffer a crée pendant toute sa vie une oeuvre militante, féministe, poétique, plastique. L’exposition aborde, au delà de l'art, son rôle d'exploratrice  dans les nouvelles méthodes d’enseignement de l’art  et son engagement dans la lutte pour l’égalité des femmes. A côté de Valie Export ou Carole Schneemann, Doris Stauffer reste une figure majeure de l’activisme féministe dans les années 1970.

Staufer 3.jpgSon travail - même si aujourd’hui les choses ont évolué dans divers registres - reste un point de référence d'autant qu'il est sans compromis et plein d'humour. Dès les années 1950 à Zurich puis au-delà une telle oeuvre fit bouger les lignes.  Provocatrice et ailée l'artiste a toujours suivi sa lutte pacifique qui se rapprocha par l’esprit des actionnistes viennois: performances, écrits corsaires et diverses procédures sont devenues  désormais des expérimentations fortes en énergie, ironie et en questionnement.

Staufer 2.jpgL’exposition présente un corpus de dessins, photographies, vidéos, installations et des documents d’archives de la collection de la Ville de Zurich, du musée Aargauer Kunsthaus et de collections privées. S'y distingue comment Doris Stauffer tenta d’éclairer le monde contemporain par des visions hirsutes, agressives ou drôles.

 

Staufer 4.jpgLa création fait masse et s’ancre dans l’ordre de la sensation et de l'intelligence au sein de narrations intempestives. Il ne s’agissait plus de conceptualiser mais de trouver ce qui peut à la fois soulever l'inanité du monde et réveiller l'art. Les oeuvres prouvent combien des mécaniques de recomposition  originales pour l'époque lui donnèrent un profil particulier.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/02/2019

François Burland : rétrospectives dystopiques

Burland.jpgFrançois Burland, André Ourednik, "Atomik Submarine", art&fiction, Lausanne, 2019, 92 CHF.

Atomik Logbook est composé de 21 planches en risographie reproduisant les collages de François Burland crées pour Atomik Submarine qui font suite à son "Atomic Bazar". Il revisite l'imagerie communiste, ses armes, ses affiches, ses slogans en les détournant. Si bien qu’ils ne sont plus au service de la pseudo révolution bolchévique mais pour une remise en cause du système capitaliste tel qu'il devient désormais. Existe donc une reprise et un renversement

buurland bon.jpgLa gravure propose une esthétique originale dans ses détournements et transferts. L'apparent bricolage de certaines sculptures de l'artiste est transformé en de superbes collages. Ils offrent une dystopie paradoxale. L’anticipation joue de divers temps et François Burland "s'affiche" toujours comme un agitateur. Au jeu abstrait d’intrigues, de pouvoir et de manipulation il oppose ses farces et attrapes pour provoquer un trouble.

 

 

Burland bon 2.jpgCe qui se laisse voir n'est plus un pur reflet du réel. Une autre réalité se découvre grâce à une série de choix techniques et esthétiques spécifiques. La représentation devient l'effondrement de l’apparence d’hier comme d’aujourd’hui. Surtout d'aujourd'hui et de lendemains qui à l'inverse des fariboles marxistes ignorent le grand soir. Mais dans tous les cas les nuits restent noires.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

17/02/2019

Le canular du Un - Bernard Noël

PNoel.jpgour Bernard Noël "Le corps sans moi" n'est pas l’exclusion de la vie. Du moins pas en totalité. Elle est comparable à la bouche sans lèvres qui permet de parler. Mais dans cette volonté de chasser l’intime -ce qui n'est qu'une vue de l'esprit - celui-ci se répand encore Il devient comme une énorme goutte d'un liquide forcément « quelconque » eu égard à l’œuvre du créateur. Certes demeure toujours la volonté du saisissement de la sensation mais "et à l’endroit où tu la sentais, il n’y a plus rien." Sinon à un mal profond, un émiettement de soi-même.

Arrivé en bout de course (mais le chemin demeure) Noël ne l'envisage pas distinctement et psychologiquement mais d'une manière diffuse, impalpable. La masse est modelée par la volonté du « je » dont l'espace est plus ou moins informe. Et ce dans l’espoir de se faire à un sommeil d’épuisé avec d’autant de satisfaction que le mouvement à lui seul constitue une espèce d’anesthésie.

Noël 2.jpgAjoutons bien sûr l'essentiel : cette schize permet au discours de se poursuivre. Après tout cette négation ou cette absence évite des symptômes physiques terrifiants et morbides. D'où la présence paradoxale d'une possible formulation future  qui rend tolérable le métier de rester vivant.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Bernard Noël, "Mon corps sans moi", Dessins de Damien Daufresne, Editions Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2019, 48 p., 12 E..