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07/07/2018

Sébastien Kohler et Sébastien Théraulaz : Plastic World

Kohler 2.jpgSébastien Kohler et Sébastien Théraulaz, « Souvenirs du VIIe Continent » la galerie EEEEH!, Nyon, du 30 août au 15 septembre 2018.


Depuis quelques décennies et progressivement un nouveau continent est né. Il est le fruit des déchets que le monde produit, consomme et rejette. Des milliards de tonnes de nos détritus finissent dans les océans devenus dépotoirs et créent un monde dans le monde. Il est toujours plus immense. Le chancre inhabitable de la « Plastic City » devient la plus immense des mégalopoles.

Kohler 3.jpgElle dérive loin des regards mais se massifie sous la puissance des vortex marins. Sébastien Théraulaz et Sébastien Kohler ont matérialisé son fantôme bien réel pour en faire prendre conscience de manière non seulement intéressante mais puissante par la poésie étrange qu’ils offrent au regard.

Kohler.jpgCe travail prouve qu’il ne s’agit pas d’un continent ovniesque. Il bat les océans. Et les photographes recréent les éléments de ce chaos apocalyptique - dont Trump s’amuse - sous forme d’univers fascinant. Les deux artistes proposent par leur expressionnisme et impressionniste la nécessaire vision du monstre. Il prend d’assaut du vieil équilibre de notre planète. C’est aussi nocturne que dérangeant.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

04/07/2018

"L'âme à tiers" : Jocelyn Lee

Lee 2.jpgLa transgression et la subversion sont des concepts qui peuvent paraître désormais inopérants. Il suffit de contempler les photos de Jocelyn Lee afin de prouver qu'il existe encore beaucoup à montrer et à dire sur ce plan. De fait tout son travail est là pour rappeler l'injonction de Beckett "imagination morte, imaginez, imaginez encore" à ceux qui se contentent de l’exposition supposée brûlante de la nudité uniquement lorsqu'elle est considérée comme "belle".

Lee 3.jpgL'artiste introduit du leurre dans ce leurre et elle ouvre les choses .Car pour elle leur apparence n'est pas forcément dessus mais dedans. Transgresser devient la manière d'enfreindre une loi de la beauté imposée pour en proposer une autre plus sauvage et incarnée dans la matière et où "l'âme à tiers" (Lacan) prend des formes grasses mais non sans grâce.

 

 

Lee.jpgDès lors "Appearance of Things » avec ses natures mortes, portraits et paysages, prouve comment ces genres fusionnent: le corps devient un paysage, la nature morte un portrait, le paysage un être. Et la monstration du « monstre » n'est plus considérée comme une nudité coupable (" nuditas criminalis ") mais esthétique et hédoniste. Néanmoins elle se laisse aborder qu’après avoir affronté jusqu’au bout la nudité d’un langage qui peut entreprendre ce " renversement "tel que les mystiques l’entendaient tout comme Sade ou encore Oshima de « L’empire des sens ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Jocelyn Lee, “The Appearance of Things”, Center for Maine Contemporary Art, Rockland, du 16 juin au 14 octobre 2018

30/06/2018

Gregor Sailer : fake architectures

Sailer 2.jpgGregor Sailer, « The Potemkin Village », Cloître Saint-Trophime, Arles, du 2 juillet au 23 septembre 2018.

Le CPG pour son déplacement au festival d’Arles propose une exposition de Gregor Sailer sous la curation de Joerg Bader. Son titre « The Potemkin Village » remonte au temps du Prince Grigory Aleksandrovich Potemkine. Ce ministre russe - pour cacher la misère des visages russes lors de la visite de l’Impératrice Catherine II en Crimée- aurait fait construire des villages faits de façades en carton-pâte.

Sailer.jpgGregor Sailer a repris ce phénomène architectural en découvrant et photographiant des villages Potemkine sophistiqués de notre temps : centres d’exercice militaire aux États-Unis et en Europe, fac-simile de villes européennes en Chine, pistes d’essais de véhicules en Suède, rues scénarisées pour la visite de personnalités politiques en Russie.

De telles images poursuivent deux objectifs : une réflexion sur le sens de l’architecture et une seconde sur la falsification du réel. Le tout en une vision en deux moments. Coté face : des murs d’images qui reproduisent des façades. Côté pile de plus petits tirages qui dévoilent l’envers du décor et détruisent la comédie des pouvoirs.

Jean-Paul Gavard-Perret