gruyeresuisse

15/02/2018

Les études de cas de Makita (Angela Marzullo)

Marzullo bon.jpgAngela Marzullo, « Homeschooling », cinema Dynamo, CNP Genève, du 20 février au 14 mars.

« Makita » connut sa première révolte féministe à 12 ans lorsqu’elle ne put s’inscrire à un club de football. Elle surprit les bonnes âmes avec ses photos « Makita Pissoff » où elle s’immortalisa en plusieurs époques de sa vie, accroupie pour un besoin naturel, tantôt pantalon baissé sur les cuisses, tantôt dans la position d’une statue de fontaine triomphante projetant un puissant jet d’eau afin d'inscrire une réflexion sur le territoire.

Marzullo.jpgAngela Marzullo poursuit sa route intempestive pour mettre à mal les souverains poncifs masculins et les injustices faites aux femmes. Ici 4 courts métrages incisifs et/ou délurés énoncent un Pas de pitiés pour les couillus. « Taranta », « Concettina », « Education for Autonomy »et « Let’s spit on Hegel », remettent en quelque sorte leur pendule à l’heure en revisitant mythes, lois et règles.

Les deux derniers sont les plus drôles et incisifs : dans un zoo est surpris un dialogue de fillettes sur l’éducation face à un bouquetin qui peut-être serait plus capable d’en faire bon usage que les mâles eux même. Le second parle d’un certain séparatisme féminin/masculin dans l’art et ses cérémonies de célébration.

Marzullo 2.jpgComme toujours l’artiste zurichoise installée à Genève lutte contre pudibonderies et impostures. Elle utilise pour cela autant une révision des vieux corpus philosophiques, moraux et didactiques, que la scénarisation astucieuse de ses propos. Performances, films poursuivent cet « enseignement » toujours réinvesti, mis à jour, réinventé de production en production et aux collisions souvent hilarantes mais jamais gratuites. Avec un sens de l’image parfait se poursuit une chanson de gestes transgressive, radicale et jouissive

Jean-Paul Gavard-Perret

04/02/2018

Marcelo Brodsky : Souvenirs des/illusions

Brodsky 1.jpgMarcelo Brodsky, « 1968 : El fuego de las ideas», Kinoallee Kosmos Zurich, du 6 février au 15 mai 2018.

L’artiste argentin Marcelo Brodsky propose un travail plastique sur les idées de l’année 1968. Cette période a permis de réviser les relations au pouvoir et l’idée « d’interdire l’interdit ». Ce fut aussi l’ouverture de la liberté sexuelle. En 1968 l’Argentin n’avait que 13 ans et vivait en Argentine. Mais son père était à Paris en mai 1968 et l’artiste s’est intéressé plus tard à cette époque, en lisant des livres sur un mouvement global. Pour l’artiste celui-ci a marqué plusieurs générations et, 50 ans après,  reste novateur.

Brodsky 3.jpgIl a donc décidé de procéder un travail de compilation et de recherche d’archives de 68 partout dans le monde. Il a retenu 40 images de 28 pays différents d’Australie en Argentine, de France à l’Angleterre et aux Etats-Unis par exemple. L’artiste n’a pas récupéré des images sur Internet : il les a demandées aux photographes ou leurs agents. En haute résolution elles permettent « d’avoir du détail et dans le détail ». S’y découvre un flot d’informations qui évoque une histoire collective. Brodksy modifie les images en noir et blanc en ajoutant des couleurs et les centrant sur ce qui l’intéresse le plus. Il souligne des phrases des pancartes et parfois en rajoute. Le tout afin que chaque image devienne une œuvre d’art au sens plein du terme.

Brodsky 2.jpgL’artiste ouvre là une année de commémoration. Tient-elle de la nostalgie? Sans doute. Mais pour Brodsky ce travail est nécessaire. D’autant - qu’à tord ou à raison - il estime que « la photographie est indépendante par rapport au temps. Je laisse le choix au spectateur de décider lui-même si ces photos ont 50 ans ou si elles sont toujours actuelles ». Certes les problématiques n’ont peut-être guère changé mais reste à se demander si de telles images revisitées parlent encore. Et de quoi ?

Jean-Paul Gavard-Perret

 

19/11/2017

Censure européenne d’Egon Schiele - tout n’est pas bon dans le cochon

Schiele 2.pngEn 2018 va voir lieu la célébration de la mort du peintre autrichien Egon Schiele dont les œuvres de nudité fascinent, interrogent. Mais on ne se doutait pas à ce point… Le Leopold Museum pour lancer l’évènement présente « Egon Schiele, Expression and Lyricism » et une campagne de publicité a été organisée dans toute l’Europe entre autres dans les espaces publics de Londres ainsi qu’en Allemagne, montrant plusieurs nus célèbres du dessinateur viennois.
De telles reproductions dans les espaces publics (abris bus, métro, etc.) n’ont pas été du goût des édiles.

Schiele.pngL’anglicanisme, le protestantisme voire les religions foraines ont créées un retour du refoulé. Les nus ont été reculottés de bannières pour couvrir les appendices prohibés. Les attributs barrées des bannières blanches et noires, expliquent : « DÉSOLÉ, vieux de cent ans et pourtant encore trop osé pour aujourd’hui ! » La censure se teinte donc d’humour. Il se peut même que, relayée sur les réseaux sociaux, elle donnera à l’événement une aura inattendue. Preuve que la censure peut se mordre la queue.

Schiele 3.pngNéanmoins l’ordre voit toujours dans le sexe le désordre et a vite fait de qualifier de pornographique une œuvre pourtant incontournable. La maladie de la spiritualité et de ses illusionnistes a la vie dure. Ceux-là aiment tellement briller qu’ils mangeraient du cirage. Traces (de l’âme?), trous (du corps?), volupté inquiète et impudique méritent donc l’interdiction plutôt que la sidération. Le désir se masque. Certains bords des étangs de nos misérables carcasses doivent restées introuvables. D’autant qu’à tous les ambitieux du pouvoir la censure fait lit – mais pas celui du stupre et de la fornication. Leur morale prouve qu'apparemment tout n’est pas bon dans le cochon. Même lorsque le charcutier se nomme Egon Schiele….

Jean-Paul Gavard-Perret